Nouveau Costco de Moncton: un effet domino sur le prix de l’essence

Avec ses 24 pompes d’essence, le nouveau Costco de Moncton pourrait bouleverser le marché du sans-plomb dans la région.

Les postes d’essence de Costco affichent pratiquement toujours des prix moins élevés que les stations-service des environs. On n’a qu’à examiner la liste des prix de l’essence au Nouveau-Brunswick de Gasbuddy: le seul vendeur d’essence de marque Kirkland de la province, à Fredericton, occupe depuis des années le premier rang des prix les plus bas.

Mardi après-midi, par exemple, le prix de l’essence au Costco de Fredericton est 108,9 cents le litre. Le deuxième rang appartient à deux postes d’essence de Sackville, à 110,3 cents le litre. Dans le Grand Moncton, le prix le plus bas est dans une succursale de Wilson’s, qui vend l’essence à 112,4 cents le litre aux clients payant en argent comptant.

Le prix moyen dans la province est 116,1 cents le litre.

Danny Wilson, copropriétaire de la succursale de Race Trac, situé sur le chemin Mountain à Moncton, croit que l’essence de Costco aura un effet domino dans la région.

«Le marché sur la promenade Elmwood va bouger en raison du prix du Costco, ce qui va forcer le marché de Dieppe à la baisse. Si Dieppe baisse, le chemin Mountain baisse, etc. C’est ça la plus grande inquiétude que nous avons ici.»

M. Wilson calcule qu’il établira un prix d’environ 3 cents plus élevé que celui du Costco. Il estime qu’à cet écart, ses clients jugeront qu’il est plus profitable de faire le plein chez lui que de conduire une dizaine de minutes pour se rendre au Costco.

«Les gens du chemin Mountain vont-ils conduire au Costco juste pour faire le plein? Je ne pense pas. À 3 cents le litre, si la personne moyenne achète 50 litres d’essence, on parle de 1,50$. Si on compare 1,50$ au temps et au coût pour se déplacer là bas et revenir… Je crois que l’impact ne sera pas trop important sur notre volume.»

Le copropriétaire de Race Trac n’est pas aussi optimiste pour les postes d’essence situées plus près de Costco.

«Pour les stations de la promenade Elmwood, d’Irishtown et de Dieppe… Je pense que ça va être difficile pour ces marchés.»

M. Wilson est pour l’instauration d’un prix minimum de l’essence, tel qu’il existe en Nouvelle-Écosse. Selon lui, cela protégerait les petits joueurs des grandes entreprises capables de forcer les prix à la baisse en réduisant leur marge de profit.

L’Association des dépanneurs des provinces atlantiques, qui a dénoncé l’absence d’un prix minimum de l’essence au Nouveau-Brunswick dans le passé, a refusé d’émettre un commentaire dans le cadre de ce reportage. Le président de l’organisme, Mike Hammoud, n’a pas offert de raison pour le refus.

«À la suite d’une révision, nous avons décidé de ne pas commenter cette histoire», s’est-il contenté d’affirmer par courriel.

Pas besoin d’intervention

Rod Hill, professeur en économie de University of New Brunswick, croit que le gouvernement provincial n’a pas à intervenir dans le dossier du prix de l’essence dans le Grand Moncton.

«C’est un peu comme quand un Walmart ouvre dans une communauté. Ça va avoir un impact sur les petites entreprises. Mais on doit se demander quand les fonctionnaires du gouvernement doivent intervenir, et quand on doit simplement laisser le marché s’adapter tout seul.»

«Dans ce cas particulier, ma première réaction est que je ne vois pas une argumentation forte pour l’intervention.»

M. Hill affirme que plusieurs stations-service ont un volume de ventes d’essence très faible, mais réussissent à survivre en offrant d’autres services à leurs clients.

Le professeur nuance cependant ses propos, reconnaissant que le gouvernement a un rôle à jouer dans les cas où les répercussions sociales d’une entreprise sont trop importantes. Il mentionne par exemple les cas d’automatisation et de robotisation qui provoquent une hausse importante du chômage dans une région donnée.

«On peut avancer que les impacts sociaux seront tellement importants qu’on doit implanter des règles. Je ne dis pas qu’on doit simplement laisser le marché libre s’occuper des choses. On doit évaluer chaque situation cas par cas. Mais dans ce cas en particulier, je ne crois pas qu’on doit intervenir.»