Légalisation du cannabis: un départ foudroyant et des étagères dégarnies

Bon an mal an, cela fait déjà un mois que l’on peut consommer du cannabis de façon récréative en toute légalité à travers le pays. Une aventure qui a connu un départ foudroyant, mais non dépourvue de fausses notes.

Ce premier mois a été marqué, notamment, par l’enthousiasme des consommateurs qui ont littéralement pris d’assaut les 22 succursales de Cannabis NB ainsi que sa boutique en ligne.

En contrepartie, difficile de passer sous silence les problèmes récurrents d’approvisionnement. À preuve, la semaine dernière, la moitié des succursales ont dû fermer leurs portes afin de pouvoir regarnir leurs étagères.

Directrice générale de Cannabis NB, Lara Wood brosse néanmoins un bilan positif de ce premier mois, et ce, en dépit des ratées liées à la pénurie de produits.
«Dans l’ensemble, nous sommes satisfaits du lancement et de la performance de nos magasins et de notre équipe», indique-t-elle.

«Les commentaires de la plupart de nos clients ont été très positifs et nous sommes ravis que l’accent mis sur la formation de notre équipe ait porté fruit. Nous sommes également fiers du professionnalisme et de la débrouillardise de celle-ci quant aux problèmes d’approvisionnement inattendus», poursuit Mme Wood.

Étant un nouveau secteur de vente au détail, elle admet que des problèmes de logistique étaient pressentis.

«Il est difficile de prévoir quand l’approvisionnement se stabilisera complètement, mais nous travaillons en étroite collaboration avec nos fournisseurs afin de fournir la meilleure expérience possible à nos clients et nous savons que la situation continuera de s’améliorer», souligne-t-elle.

Bon départ selon Organigram

Directeur commercial du producteur Organigram de Moncton, Ray Gracewood estime que la transition vers la légalisation s’est effectuée avec succès, et ce, à tous les niveaux, des législateurs aux producteurs, en passant par les détaillants.

«C’est aussi le cas pour la population. Je crois que les Néo-Brunswickois – tout comme le reste des Canadiens – ont très bien accueilli la légalisation. La preuve en est que la demande est là et que nous faisons même face à des pénuries. Je crois qu’on peut sans se tromper dire que la légalisation a connu dans son ensemble un bon départ», indique ce dernier.

Cela dit, personne dans l’industrie – lui y compris – ne s’attendait à ce qu’une aventure aussi gigantesque que la légalisation se produise sans quelques pépins.

«On a nous-mêmes vécu quelques surprises au cours de ce premier mois, mais on savait que nous aurions des défis à surmonter en raison des échéanciers serrés. On a essuyé notre lot de critiques quant à l’approvisionnement et à l’emballage de nos produits», exprime M. Gracewood.

Il n’est par ailleurs pas surpris outre mesure de l’ampleur de la demande et croit que l’effet de nouveauté y est pour beaucoup.

Zenabis poursuit sa croissance

Chez le producteur Zenabis, on qualifie également de succès ce premier mois de fonctionnement depuis la légalisation.

«C’est très excitant de vivre cette expérience, et surtout de pouvoir enfin avoir du feedback des clients face à nos produits. Et la majorité des commentaires que nous avons reçus jusqu’à présent sont constructifs et positifs», explique la porte-parole de l’entreprise, May Nazair.

En fait, les ventes vont tellement bien depuis la légalisation, que Zenabis n’a pas ralenti la cadence quant aux agrandissements. La phase deux de l’usine étant terminée et fonctionnelle depuis quelques semaines, on vient d’enclencher la phase trois. Cette nouvelle aire de travail pourrait même entrer en activité dès le printemps 2019.

«Les choses vont si bien que ça nous pousse à croître. On a commencé en marchant et là on court», souligne Mme Nazair.

Une demande soutenue pour les joints préroulés

Pour Ray Gracewood d’Organigram, il est encore tôt pour voir quelles tendances se dégagent des ventes de leurs produits, soit lesquels sont les préférées des consommateurs.

«Pour le moment, on doit prendre ces données avec un grain de sel, car avec les problèmes d’approvisionnement, les gens ont davantage tendance à acheter ce qu’il y a de disponible et non pas nécessairement ce qu’ils voudraient. Les données sont donc un peu faussées», indique-t-il.

Même son de cloche du côté de May Nazair.

«On est en rupture de stock partout, c’est donc difficile de déterminer vraiment ce qui plaît moins ou davantage aux consommateurs», note la porte-parole.
Cela dit, M. Gracewood soutient tout de même que les données actuelles constituent une base intéressante sur laquelle l’entreprise mise beaucoup pour son développement.

Il avance cependant avoir remarqué une demande soutenue pour certains types de produits, notamment pour les joints préroulés.

«Ça connaît un véritable succès auprès des clients, surtout auprès des consommateurs moins expérimentés. Ils aiment leur côté convivial, prêt à consommer et sans effort», explique-t-il.

Les extraits ont également la cote.

«C’est une avenue pour ceux qui aiment la discrétion, qui n’apprécient pas – par exemple – l’odeur du cannabis ou le fait de devoir le fumer. Et ce qui est intéressant, c’est la forte demande pour l’huile de CBD, reconnue pour ses effets bénéfiques sur le corps (notamment le contrôle de la douleur) sans les effets euphoriques. Ça, c’est une belle surprise et nous allons certainement mettre beaucoup d’efforts à ce niveau», dit-il.

Chez Zenabis, on ne vend pour le moment que des fleurs séchées.

«On a commencé à produire des dérivés (huiles), mais elles ne sont pas encore prêtes pour le marché. «Mais ça s’en vient», précise Mme Nazair.