Un hiver qui arrive beaucoup trop tôt pour les sans-abris

À 56 ans, Roger LeBlanc ne pensait pas un jour devoir utiliser les services d’un refuge pour sans-abris. Après avoir travaillé dur toute sa vie, des problèmes de dos l’empêchent d’occuper un emploi. Il est l’une des 57 personnes qui passeront la nuit au Harvest House de Moncton,  jeudi soir.

S’appuyant sur sa canne de bois, le quinquagénaire se tient debout dans la salle commune du refuge pour itinérants de la rue High, au centre-ville. Il n’y a pratiquement plus de chaises disponibles alors qu’on prépare le dîner dans la cuisine adjacente.

Au fond de la salle, des dizaines de matelas sont empilés les uns sur les autres. Il n’y a plus assez de lits pour accommoder toutes les personnes présentes. L’établissement a une capacité de 32 résidents.

«Ce qu’il faut savoir, c’est qu’on ne refuse personne au refuge. S’ils viennent ce soir, ils auront une place pour la nuit, ils auront de la nourriture et ils pourront faire leur lavage», affirme le directeur général de la Harvest House, Cal Maskery.

Le soir venu, les matelas sont étendus sur le sol de salle commune, près de la cuisine. Ils y seront 25 à y passer la nuit. Les autres partageront des chambres au deuxième étage. Ils sont huit par chambre. Pour Roger LeBlanc, un lit ou un matelas dans un endroit chaud, alors que la température ressentie peut atteindre les -22 degrés à l’extérieur ces jours-ci, c’est mieux que rien.

«C’est parfait. Ils sont vraiment bons icitte», dit-il.

L’Acadien espère que sa situation sera temporaire. Il a récemment perdu son appartement en raison d’un malentendu, dit-il, en plus d’avoir été victime d’un accident il y a quelques semaines.

«Je me suis fait frapper par un char trois semaines passées. C’est pour ça que je marche avec une canne. J’espère me trouver un appartement quand ça ira mieux», a confié M. LeBlanc.

La tâche ne sera pas facile. Le montant mensuel qu’il reçoit du gouvernement est loin de lui permettre de joindre les deux bouts.

«Je ne travaillerai jamais de nouveau, j’en suis incapable. J’essaie de me trouver une place à rester. Whatever que je peux trouver, mais avec 500$ par mois, tu ne peux pas trouver grand-chose. Le loyer pour une chambre est de 350 $ à 450 $. Qu’est-ce que tu peux faire avec les 100$ restants?»

«Je n’aurais jamais pensé être sûr le bien-être. Never! C’est à cause de mon dos. Des années à travailler et à travailler, il est magané. J’ai toujours travaillé dur, toute ma vie. Dans la construction, ce sont des jobs durs.»

Plusieurs facteurs

Cal Maskery remarque déjà une augmentation de l’achalandage de 10% à 15% cette année à son refuge. Il attribue cette hausse à plusieurs facteurs.

«Certains cas sont liés à la drogue. Il y a de plus en plus de drogues dans les rues et les gens en deviennent dépendants. Beaucoup de maisons de chambre ont été fermées récemment. Certaines devaient être fermées, j’en suis sûr, mais ça fait plus de gens en situation précaire et moins d’endroits où loger», a souligné le directeur général de la Harvest House.

Plusieurs maisons de chambres laissées à l’abandon et jugées non sécuritaires par le Service d’incendie de la Ville de Moncton ont effectivement été évacuées et démolies au cours des dernières années.

Cet année, les grands froids sont aussi arrivés plus tôt qu’à la normale. À la Maison Nazareth, on remarque un plus grand achalandage.

«Avec le froid qu’il fait dehors, ça fait en sorte qu’effectivement, on commence à avoir un peu plus de clients qu’à l’habitude. Pour compenser, on installe des matelas par terre. On essaie de laisser le moins de personnes possible dormir dehors. Normalement, c’est plutôt vers décembre qu’on a le plus de clients», a expliqué le directeur général du refuge, René Ephestion.

Comme à la Harvest House, la Maison Nazareth ne refuse personne. Par contre, les rénovations en cours font en sorte que le refuge a moins d’espace de disponible.

«Je suis en train de mettre un petit peu la pression sur mes travailleurs pour qu’ils finissent le plus rapidement possible», avance M. Ephestion.

Les deux établissements ne font pas qu’héberger temporairement des gens vulnérables. Ils les aident également à se remettre sur pied et trouver un endroit permanent où rester. Même s’ils sont à l’étroit, le but n’est pas de dénicher un plus grand immeuble pour accommoder plus d’itinérants.

«Notre but, c’est de les aider à trouver un appartement ou une chambre parce que quand ils restent dans une tente ou une maison abandonnée, ils ne peuvent pas recevoir de chèque. Au moins quand ils restent avec nous, ils peuvent avoir une adresse et commencer à recevoir un chèque de bien-être et de là, ils peuvent se trouver une chambre», a affirmé M. Maskery.

En 2017, la Harvest House a aidé 1162 sans-abris et la Maison Nazareth, 729. Une augmentation de 17% comparativement à 2016.