Jeudi noir en Ontario: Blaine Higgs rassure les francophones du N.-B.

Blaine Higgs se fait rassurant et affirme que les francophones du Nouveau-Brunswick n’ont pas à craindre des compressions semblables à celles annoncées jeudi en Ontario. Ne comptez cependant pas sur lui pour critiquer Doug Ford.

Le gouvernement progressiste-conservateur de l’Ontario a causé la surprise, jeudi, en annonçant l’abandon du projet d’université francophone et l’abolition du Commissariat aux services en français (dont les responsabilités seront confiées à l’ombudsman).

La décision du premier ministre Doug Ford a été accueillie par une levée de boucliers partout au pays. Les critiques fusent de toutes parts pendant que les Franco-Ontariens se préparent à lutter contre ces importantes compressions.

Le premier ministre du Nouveau-Brunswick a été invité à se prononcer à ce sujet, vendredi en point de presse à Fredericton. On lui a d’abord demandé si les francophones devaient craindre de telles mesures.

«Non, le Nouveau-Brunswick ne devrait pas craindre quelque chose de similaire. Nous sommes la seule province officiellement bilingue», a répondu Blaine Higgs.

Il s’est cependant gardé de critiquer Doug Ford – qui est membre de la même famille politique que lui – et de commenter les compressions annoncées jeudi.

«Je ne pense pas que je suis dans une bonne position pour conseiller Doug Ford. Je pense qu’il est pas mal concentré sur sa propre province. Pour la même raison, je ne pense pas qu’il va remettre en question mes positions ici. C’est une question interne dans sa province.»

Blaine Higgs a ensuite ajouté qu’il n’a pas l’intention de confronter son confrère progressiste-conservateur à ce sujet.

«Nous avons nos propres standards (en matière de bilinguisme au Nouveau-Brunswick: NDLR) auxquels nous croyons et que nous allons maintenir. Donc, je ne débattrai pas de cette question avec lui», a dit Blaine Higgs.

Un journaliste lui a ensuite demandé s’il pourrait imiter Doug Ford et abolir le Commissariat aux langues officielles pour ensuite refiler ses responsabilités à un autre fonctionnaire indépendant de l’Assemblée, tel que l’ombudsman.

«Ce n’est pas quelque chose que j’ai considéré», a-t-il dit.

Des députés dénoncent les compressions

Plusieurs leaders acadiens sont montés aux barricades depuis jeudi, pour exprimer leur solidarité avec les Franco-Ontariens et pour critiquer vivement le gouvernement de Doug Ford.

Des députés provinciaux étaient du nombre. Contrairement à Blaine Higgs, ils n’ont pas hésiter à s’en prendre au premier ministre ontarien.

Le chef de l’opposition officielle et ex-premier ministre, Brian Gallant, a dit en entrevue avec Radio-Canada être «inquiet» face aux compressions annoncées par le gouvernement ontarien.

La députée libérale de Caraquet, Isabelle Thériault, a tweeté qu’il est «inacceptable que Doug Ford sacrifie les francophones de l’Ontario» et qu’il s’agit d’«un affront non seulement pour les 600 000 Franco-Ontariens, mais aussi pour les millions de francophones du pays».

Le député vert de Kent-Nord, Kevin Arseneau, a pour sa part affirmé que cette nouvelle est «horrible».

«C’est un recul important pour les Franco-Ontariens, c’est complètement inacceptable. C’est un populisme austère en action. Ç’a des conséquences réelles sur des gens réels. Ces gens-là sont les gens des minorités», a-t-il dit en mêlée de presse à Fredericton.

Il a invité Blaine Higgs (qui est responsable de la Loi sur les langues officielles du Nouveau-Brunswick) et Robert Gauvin (qui est le ministre responsable de la Francophonie) à se prononcer haut et fort.

«Aujourd’hui, je pense qu’il (Blaine Higgs) a mentionné qu’on n’avait pas à s’inquiéter. Mais je pense qu’il pourrait être beaucoup plus vocal face à ça. Comme province officiellement bilingue, on a un rôle de montrer qu’on est là pour les minorités et qu’on se tient debout ensemble.»

La SANB appelle à la vigilance

Le président de la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick, Robert Melanson, a lui aussi sauté dans la mêlée.

Dans une déclaration écrite publiée vendredi, il a affirmé que les actions du gouvernement Ford «sont absolument répréhensibles et risquent d’encourager ceux et celles qui souhaiteraient le recul de nos acquis ici au Nouveau-Brunswick».

Robert Melanson a affirmé que «les forces du populisme» tentent de faire reculer les droits collectifs des francophones, au Nouveau-Brunswick comme en Ontario. Il y a voit une tendance inquiétante.

Il a invité les Acadiens à «se tenir debout et à rester vigilants», puisqu’ils ne sont «pas à l’abri» de telles compressions.

Selon lui, Blaine Higgs doit lancer un message clair en tournant le dos à l’approche de Doug Ford.

«Pour réduire les tensions linguistiques dans notre province, il est essentiel que le gouvernement conservateur rejette le populisme popularisant de son homologue ontarien et qu’aucun recul en matière de langues officielles ne se trouve dans son discours du Trône (qui sera présenté le 20 novembre: NDLR).»

– Avec la collaboration du journaliste Mathieu Roy-Comeau