Création d’un service de transferts des patients: «Un léger pas de l’avant»

La création d’un service de transferts des patients chez Ambulance NB, annoncé lundi par le gouvernement provincial, est «un léger pas de l’avant» selon le syndicat qui représente les travailleurs paramédicaux au Nouveau-Brunswick. Il reste cependant encore beaucoup de travail à faire alors que 10% de la main-d’œuvre quitte le métier chaque année.

Le vice-président de la section locale 4848, Steve Hébert, est travailleur paramédical depuis 10 ans. Si le métier le passionne toujours autant, il voit de plus en plus de ses collègues quitter la profession.

«On en perd de semaine en semaine. Il y a en toujours qui quittent le système pour diverses raisons. Toutes les raisons sont bonnes. Il y a une partie du problème de rétention qui est lié au salaire», a confié M. Hébert basé dans la Péninsule acadienne.

Ce problème de rétention a été confirmé dans un rapport de l’Association des paramédics du Nouveau-Brunswick. En plus du taux d’abandon de la profession, l’âge moyen des travailleurs est passé de 36,8 ans à 39,4 ans de 2017 à 2018. Une tendance «alarmante», selon l’association.

Le service ambulancier géré par Medavie a connu plusieurs ratés au cours des dernières années. Des ratés qui vont des temps de réponse trop lents jusqu’aux manquements aux obligations en matière de langues officielles.

Le manque de main-d’œuvre est au cœur des problèmes d’Ambulance NB selon le syndicat.

Difficile mentalement et physiquement

Le métier de travailleur paramédical n’est pas pour tout le monde. Répondre à un appel 911 et devoir sortir une personne d’un véhicule accidenté est difficile mentalement et physiquement. À ça, s’ajoutent de longues heures de travail et une compensation salariale qui ne serait pas adéquate.

«Pour notre niveau d’exposition au stress et nos responsabilités liées à notre profession, lorsqu’on parle de salaire, ce n’est pas là, souligne M. Hébert. Beaucoup se dirigent vers d’autres domaines de la santé où les responsabilités sont moindres, mais où le salaire est supérieur.»

C’est pourquoi le SFCP réclame une augmentation de salaire de 23% pour les travailleurs paramédicaux qu’il représente. Leur revenu serait ainsi plus comparable au traitement que reçoivent les pompiers et certains professionnels de la santé qui offrent le même niveau de soins.

«Moi, ça fait dix ans que je suis dans la game et c’est vraiment un privilège d’aider quelqu’un qui en a vraiment besoin, dit-il. Je ne conterai pas de menterie, ça commence parfois à me peser lourd sur le dos quand tu regardes tout ce qui se passe côté travail et salaire. Encore récemment, une collègue a quitté le système pour aller travailler pour un service de livraison.»

Lorsque des collègues quittent le métier, ceux qui restent se retrouvent avec une charge de travail plus importante. Les heures supplémentaires s’accumulent.

Même si la majorité des travailleurs paramédicaux ont la population à cœur et veulent aider leur prochain, il n’en reste pas moins qu’ils doivent prendre congé un jour.

Mentalement, ça vient de plus en plus difficile de prendre un peu de temps pour soi, surtout si on sait qu’une ambulance ne roulera pas cette journée.

«Si je ne rentre pas sur ma van aujourd’hui et que le voisin pète au frette, je vais me sentir responsable à un certain point. Ce n’est pas une façon de travailler, mais c’est une réalité quand même. J’ai été capable de lâcher prise, si tu veux. Si je sais que ma van ne roule pas aujourd’hui et que je suis à la maison, mais je ne peux pas rentrer, ça me travaille au boute, au boute. Ça me dépasse», a confié M. Hébert.

Pas facile d’offrir un service bilingue

En plus d’annoncer un nouveau service de transfert, le gouvernement de Blaine Higgs a aussi avancé son intention de mettre en action la décision de l’arbitre John P. McEvoy.

Selon l’avocat expert en droits linguistiques, Michel Doucet, cette décision va à l’encontre d’une ordonnance de la Cour du Banc de la Reine qui oblige Ambulance NB à offrir un service de qualité égale dans les deux langues officielles. Cette décision fait primer l’expérience d’un travailleur paramédical sur ses compétences linguistiques. Pour Steve Hébert, il s’agit d’une bonne décision puisque plusieurs travailleurs paramédicaux unilingues, francophones comme anglophones, ne pouvaient obtenir un emploi permanent. Si la décision McEvoy est respectée, ils seront donc plusieurs à obtenir un poste à temps plein estime le représentant du syndicat. «On a la même problématique du côté francophone. J’en ai un ici, dans notre région, qui essaie, depuis six ou sept ans, de gagner un emploi permanent, mais il n’a jamais été capable parce que le test linguistique est vraiment compliqué. C’est difficile.»

L’Acadien soutient que tout est fait pour offrir un service dans les deux langues officielles afin de respecter la loi, mais avoue qu’il est difficile de le faire puisque le service est provincial.

«J’ai commencé à Caraquet ce matin à 9h30 et à 13h15 je pourrais être à Fredericton. Je suis chanceux, je suis bilingue. Par contre, si une équipe unilingue francophone tombe dans une région unilingue anglophone, on ne peut rien y faire», témoigne M. Hébert. N’importe qui peut apprendre une deuxième langue. Avec un peu d’effort. on peut se rendre à bon port», affirme le syndicaliste.