Gaz de schiste: les libéraux forceront l’Assemblée à voter sur le moratoire

Un vote sur la fracturation hydraulique aura lieu à l’Assemblée législative plus tôt que tard, grâce à une manoeuvre procédurale de Brian Gallant.

Le chef de l’opposition officielle et ex-premier ministre a livré sa réponse au discours du Trône, jeudi avant-midi. Il en a profité pour sortir une carte de sa manche afin de forcer les députés à se prononcer sur l’épineuse question du gaz de schiste.

En gros, Brian Gallant a déposé un amendement à la motion sur le discours du Trône pour y inclure un passage appuyant le maintien du «moratoire sur la fracturation hydraulique partout dans la province». L’amendement a été appuyé par le député libéral de Kent-Sud, Benoît Bourque.

Les députés seront donc appelés à se prononcer là-dessus peu avant le vote sur le discours du Trône comme tel, dans quelques jours.

Il ne s’agira cependant que d’un vote symbolique qui n’engagera en rien le gouvernement, mais qui amènera les élus à dévoiler leurs couleurs publiquement.

Un vote était déjà prévu par Blaine Higgs

Au cours de la campagne électorale, Blaine Higgs a proposé de lever le moratoire sur la fracturation hydraulique – mis en place à l’échelle de la province en 2014 par le gouvernement libéral de Brian Gallant – dans les régions qui le souhaitent.

Le discours du Trône des progressistes-conservateurs, présenté mardi à l’Assemblée législative, ne fait cependant pas mention de la levée du moratoire ou même du gaz de schiste.

Blaine Higgs a affirmé mardi qu’il est toujours en faveur de la levée régionale du moratoire et qu’une loi doit être adoptée pour y arriver. Il a dit mercredi qu’il compte soumettre la question à un vote de l’Assemblée législative.

Mais l’opposition officielle – par la voix du député de Kent-Sud, Benoît Bourque – a rétorqué que le moratoire peut être levé par un simple décret du cabinet.

C’est par un tel décret – qui est adopté par les membres du conseil des ministres, sans l’accord de l’Assemblée – que le gouvernement libéral avait imposé l’interdiction de procéder à la fracturation hydraulique dans la province, en 2014.

Jeudi à l’Assemblée, Brian Gallant a lui aussi émis une mise en garde à ce sujet.

«Il ne faut pas se leurrer, malgré ce qu’a dit le premier ministre; le cabinet a le pouvoir d’abolir ou de modifier unilatéralement le moratoire sur la fracturation hydraulique sans l’appui de la majorité des membres de l’Assemblée», a-t-il dit.

Une «majorité claire»

Selon le chef de l’opposition officielle, Blaine Higgs et les progressistes-conservateurs n’ont pas en main le mandat nécessaire pour ouvrir la porte à la fracturation hydraulique, une technique d’extraction du gaz de schiste très polarisante au Nouveau-Brunswick.

«Si les gens du Nouveau-Brunswick voulaient avoir un gouvernement qui prend des décisions d’importance unilatéralement – comme toute levée du moratoire sur la fracturation hydraulique – ils auraient donné un mandat majoritaire à l’un des partis politiques. Puisqu’ils ne l’ont pas fait, je donne humblement le conseil au nouveau premier ministre de ne pas traiter la situation dans laquelle se trouve son gouvernement comme un gouvernement majoritaire», a-t-il affirmé à l’Assemblée.

Brian Gallant est allé jusqu’à dire que la fracturation hydraulique est «l’un des dossiers les plus chaudement débattus depuis quelques décennies» dans la province et que la levée du moratoire ne peut pas être effectuée sans l’accord d’«une majorité claire des membres de l’Assemblée».

Higgs risque de ne pas avoir suffisamment d’appuis

Tant lors du vote sur l’amendement libéral déposé jeudi que sur un éventuel vote sur la levée du moratoire sur la fracturation hydraulique, Blaine Higgs n’est pas assuré de l’emporter.

Pour y arriver, il devra convaincre trois députés des partis de l’opposition de l’appuyer, ce qui n’est pas gagné d’avance puisque les libéraux et les verts sont opposés à la levée du moratoire.

Il lui reste donc l’Alliance des gens, qui a trois représentants à l’Assemblée. Le hic, c’est que l’un d’entre-eux, Rick DeSaulniers, est catégoriquement opposé à l’extraction du gaz de schiste. Blaine Higgs ne pourra donc donc pas compter sur lui.

Quant aux deux autres députés alliancistes, ils n’ont pas encore pris de décision, mais ils ont émis des réserves quant à l’industrie gazière, mercredi.