Percée de l’Alliance des gens à Miramichi: «inquiétant» mais prévisible

Même si la majorité des francophones de la province ont été incapables de prédire une percée de l’Alliance des gens du Nouveau-Brunswick, ceux de Miramichi ne sont pas très étonnés que la candidate Michelle Conroy ait raflé une majorité des voix chez eux, aux dernières élections.

L’Acadie Nouvelle s’est rendue à Miramichi pour rencontrer des francophones, qui sont inquiets par la montée de l’Alliance des gens, mais qui sont loin d’être découragés.

Julien Bérubé

Julien Bérubé, un élève de la 11e année à l’école Carrefour Beausoleil, commence tout juste à s’intéresser à la politique. C’est la course à la présidentielle, aux États-Unis, en 2016, entre le candidat républicain Donald Trump et la candidate démocrate Hillary Clinton qui a initialement piqué sa curiosité.

Bien qu’il n’ait pas encore le droit de voter, il a suivi de près les élections provinciales pour la première fois.

«Je voulais en connaître plus sur les différents partis et les enjeux. Je savais qu’il y avait beaucoup d’enjeux avec les francophones. Je voulais me tenir au courant.»
Le jeune homme habite dans la circonscription de la libérale Lisa Harris, mais il n’a pas été surpris d’apprendre que Michelle Conroy avait remporté l’élection dans Miramichi.

«Ça été un peu un choc, mais je savais que ça allait probablement arriver. J’ai joué au hockey avec son fils il y a plusieurs années. Elle est quand même vraiment populaire et bien connue dans la région.»

Malgré le contexte particulier, l’adolescent a l’intention de continuer à s’impliquer dans sa communauté et de militer pour la cause francophone.

«J’ai eu mon permis de conduire en octobre. Quand je suis allé chez Service NB, j’ai pu avoir du service en français. J’étais surpris parce que je ne penserais pas que ce serait le cas à Miramichi.»

«Je trouve ça important de pousser pour conserver nos droits. Je ne veux pas qu’on cherche à commencer des batailles, mais nous (la communauté) voulons nous assurer que nos droits soient respectés.»

Lindsey-Anne Tenass

Sa camarade de classe, Lindsey-Anne Tenass, une élève de la 12e année, craint un recul du français si jamais certaines idées de l’Alliance des gens, comme la fusion des deux réseaux de santé, sont adoptées.

«C’est un peu inquiétant. J’ai peur qu’il y ait davantage d’assimilation qu’il y en a déjà. Et s’il n’existe qu’un réseau de santé bilingue, j’ai l’impression que le français sera mis de côté.»

Norbert Robichaud

Norbert Robichaud, âgé de 66 ans, en a vu d’autres. Il se souvient encore de l’élection de 1991, lorsque l’ancien CoR avait remporté huit sièges, dont un dans la région de Miramichi.

«C’est quand même préoccupant, mais ce n’est pas la première fois qu’il y a un parti dans la même lignée qui remporte une élection. On a eu le CoR il y a plusieurs années et on est passé à travers.»

L’homme demeure fier des réalisations de la communauté francophone de Miramichi au fil des ans. Lorsqu’il s’est installé dans la région, il y a plus de 40 ans, le français était plutôt exclu de la place publique.

«Quand je suis arrivé à Miramichi, tu ne pouvais parler le français nulle part. Au début, après un bout de temps, je me suis rendu compte que je cherchais mes mots en français. Après, on a eu le Carrefour, ç’a changé la dynamique.»

Michelle Conroy

Michelle Conroy, candidate de l’Alliance des gens du Nouveau-Brunswick, est devenue la nouvelle députée de la circonscription de Miramichi, en récoltant 47% des votes, soit 12% de plus que son adversaire libéral, Bill Fraser, le ministre des Transports.

Dans son programme électoral, l’Alliance des gens propose notamment d’éliminer le transport scolaire homogène, de fusionner les régies de la santé et d’abolir le Commissariat aux langues officielles.

Les candidats alliancistes sont arrivés en deuxième position dans les deux circonscriptions avoisinantes: Miramichi-Sud-Ouest-Baie-du-Vin et Baie-de-Miramichi-Neguac.