Pizza, bulles et recherches à Shippagan

Les étudiants du campus de Shippagan de l’Université de Moncton ont eu la chance, cette semaine, de déguster de la bonne pizza tout en écoutant des chercheurs expliquer leurs sujets de recherche. Un exercice de vulgarisation pas toujours évident, selon ces derniers.

C’était la 5e édition de l’événement «Pizza, bulles et recherches», organisé par le Conseil de recherche de l’Université de Moncton. Il y avait des sujets pour tous les goûts, allant de la physique quantique à la gestion de l’environnement.

Les étudiants à la maîtrise, les chargés de cours, et les professeurs étaient invités à vulgariser leur travail intellectuel de longue haleine.

«Ça peut faire deux, trois ou même cinq ans que les chercheurs travaillent sur leurs projets. On leur donne la possibilité de les présenter à la communauté universitaire au moins une fois par année», a résumé Alain Patoine, professeur en gestion de l’environnement.

L’université a ouvert ses portes à tous. M. Patoine a d’ailleurs bien apprécié la réponse du grand public. «Il y a plusieurs visages que je n’ai jamais vus avant! Je n’est pas compté, mais c’était surprenant de voir autant des gens de l’extérieur de la communauté étudiante. C’est toujours plaisant», dit-il. Une trentaine de personnes ont assisté aux présentations.

Vulgarisateurs

Dans le milieu universitaire, les étudiants éprouvent parfois des difficultés à présenter les sujets complexes qui les animent pourtant au quotidien. C’est l’exercice que les étudiants ont tenté de relever mercredi avec des affiches, des illustrations, et même un drone cerf-volant.

Gabriel Joyal, chargé de cours en gestion de l’environnement, a assemblé ce petit objet volant avec plusieurs pièces. Il a été conçu pour une coopérative de Rimouski qui n’avait pas les moyens de se procurer un équipement dernier cri. On peut utiliser le cerf-volant sans permis, comme c’est le cas avec un drone classique. «Avec un appareil photo stable, un cerf-volant, et une batterie avec une autonomie d’environ quatre heures, pour faire simple, on peut créer un produit qui ne coûte pas cher et qui est résistant».

L’instrument est très utile lorsque le chercheur évalue le relief de la région et peut résister aux forts vents côtiers.

Marc-André Albert, détenteur d’une maîtrise en physique, a mis au point  «une méthode numérique pour décrire avec une grande précision le spectre énergétique des atomes». Rien de moins.

Il s’est empressé d’expliquer concrètement la signification de cette phrase. «Avec l’infiniment petit, tu es capable de connaître et de comprendre la composition de l’atome. J’ai mis au point un système de calcul qui permet de recueillir énormément de données. Ça prend 120 heures à effectuer», explique-t-il.

Pecha Kucha

L’événement s’est terminé avec la présentation de quatre Pecha Kucha. Il s’agit d’exposer un sujet grâce à 20 diapositives se succédant toutes les 20 secondes. La présentation dure ainsi exactement 6 minutes et 40 secondes. Le Pecha Kucha, qui signifie «bruit de la signification» en japonais, a été initié à Tokyo en 2003 avant de s’étendre dans plusieurs pays.

Cet exercice nécessite «une grande clarté du propos et une précision remarquable», selon Alain Patoine.

Florence Ott, experte en éthique et politique de l’information et professeure en gestion de l’information, s’est prêtée au jeu. Dès le départ, les diapositives se sont mises à défiler avant même qu’elle a eu le temps de se préparer à prendre la parole. Elle a dit à la blague qu’elle peut aller vite, «mais il y a quand même des limites».

Plus sérieusement, la chercheuse a expliqué qu’il était de plus en plus risqué de faire nos achats en ligne avec nos cartes de débit et de crédit, parce que «les informations se dirigent dans un océan de données.» Elle conseille aux consommateurs de se procurer une carte de crédit prépayée afin d’éviter de donner ses informations personnelles et bancaires à une tierce partie.

Le Pecha Kucha est une expérience qui s’avère difficile pour la plupart des chercheurs. «C’est tout un exercice pour nous, car nous travaillons habituellement derrière la scène. Pour une fois, on nous demande de nous présenter à l’avant», explique la professeure, qui publiera un livre prochainement.

Alain Patoine croit que c’est un bon moyen de faire le pont entre les chercheurs des différents programmes qui se côtoient quotidiennement. «C’est un événement qui permet aux étudiants et aux chercheurs de se rassembler pour discuter de leur projet commun.».

Les sujets complexes ont besoin d’explications claires et concises, selon les participants. Informer le public sur les sujets de recherche est une tâche complexe, mais nécessaire, selon Gabriel Joyal.

«Je présente un produit très technologique, mais d’une grande utilité pour tous. C’est nécessaire de trouver un moyen simple de transmettre le message.»