Un «mystérieux» projet d’autonomie acadienne voit le jour

Un nouveau projet d’autonomie régionale acadienne dans les provinces de l’Atlantique voit le jour. L’initiative embryonnaire demeure drapée de mystère, alors que son instigateur refuse de dévoiler l’identité des personnes qui la pilotent à ses côtés.

Le projet de l’Assemblée nationale de l’Acadie a été officiellement lancé jeudi. Il vise la proposition d’un «nouveau modèle de gouvernance pour servir les intérêts du peuple acadien au 21e siècle» d’ici l’automne 2020.

Concrètement, il vise la création une administration acadienne dotée de divers pouvoirs – qui restent à préciser – dans les quatre provinces de l’Atlantique. Il prévoit aussi la naissance d’une assemblée élue composée de représentants issus d’au moins 14 régions.

Dans un communiqué de presse envoyé aux médias jeudi, on peut lire que l’assemblée pourrait être dotée de pouvoir en matière «d’aménagement du territoire, de développement économique régional, d’immigration, de culture ou de protection du patrimoine».

On peut aussi lire dans le communiqué que des commissions seront créées «à partir de janvier 2019» afin de façonner l’avenir du projet.

Sur le site web de l’Assemblée, il est possible de s’inscrire afin de devenir membre du projet. L’adhésion coûte 48$ par année pour les adultes et 24$ par année pour les jeunes, les chômeurs et les aînés.

Il est aussi possible de devenir «membre privilégié» pour la somme de 100$ par année pour avoir «l’opportunité de siéger sur l’une des commissions» de l’Assemblée nationale de l’Acadie.

Qui pilote ce projet au juste?

L’instigateur et administrateur de ce projet est Daniel LeBlanc, qui s’est notamment fait connaître comme directeur général fondateur de l’organisme environnementaliste Sentinelles Petitcodiac, à Moncton, de 1999 à 2006.

Par la suite, il a notamment oeuvré dans des entreprises du secteur des énergies renouvelables. Plus récemment, il a occupé la direction générale de la Ville de Bouctouche pendant quelques mois.

En entrevue téléphonique, jeudi avant-midi, l’Acadie Nouvelle a cherché à savoir qui sont les autres personnes qui pilotent avec lui ce projet d’Assemblée nationale de l’Acadie. Daniel LeBlanc n’a pas voulu le dévoiler.

«C’est composé de membres qui sont originaires du Canada atlantique et qui ont en commun de bâtir une solution institutionnelle pour servir les intérêts du 21e siècle», a-t-il dit.

Nous lui avons aussi demandé comment seront nommés les membres des commissions qui seront chargées d’élaborer le projet, question de savoir si le projet a quelconque légitimité démocratique.

«La première étape, c’est d’expliquer le projet. Il y a déjà des gens que l’on a approchés depuis les derniers mois qui souhaitent être sur la commission, qui ont à coeur ce projet-là. Ce sont des universitaires», a-t-il répondu, laissant planer le mystère.

Nous sommes revenus à la charge à plus d’une reprise afin de savoir qui travaille avec lui afin de mener à bien ce projet, mais il n’a pas voulu lâcher le morceau.

Il nous a expliqué qu’une entité a été enregistrée auprès du gouvernement provincial, qu’un conseil d’administration intérimaire est en place et que plus de détails seront dévoilés bientôt.

«Les gens qui sont sur le conseil d’administration sont des personnes qui souhaitent pour l’instant demeurer dans… souhaitent demeurer dans leur rôle jusqu’à ce qu’on puisse faire l’annonce officielle bientôt.»

Le registre corporatif crache quelques détails

Face au refus de Daniel LeBlanc, l’Acadie Nouvelle a plongé dans la Gazette Royale et dans le registre corporatif du Nouveau-Brunswick – deux ressources publiques – pour tenter d’y trouver des traces du projet.

Dans un formulaire déposé auprès de Service Nouveau-Brunswick sur lequel nous avons mis la main, on apprend que l’appellation commerciale «Nation prospère Acadie» a été enregistrée officiellement le 26 octobre dernier par son président, Daniel LeBlanc.

Deux autres administrateurs sont identifiés, soit Jean-Guy Poirier à titre de trésorier et Nathalie Blaquière à titre de secrétaire.

La nature de l’entité est décrite ainsi dans le formulaire; «organisme à but non-lucratif ayant pour mission d’améliorer la qualité de vie du peuple acadien vivant en situation minoritaire dans les quatre provinces du Canada atlantique.»

Il s’agit, mot pour mot, de la mission qui se trouve sur le site web de l’Assemblée nationale de l’Acadie.

Une présentation aux membres de la SNA le 1er décembre

Daniel LeBlanc a récemment rencontré la présidente et la directrice générale de la Société Nationale de l’Acadie afin de parler de son projet.

«On a écouté sa proposition. On lui a dit que s’il le jugeait utile ou pertinent, qu’on pouvait l’inviter à notre prochain conseil d’administration pour qu’il puisse en parler avec l’ensemble du conseil», affirme la présidente de la SNA, Louise Imbeault.

Il fera donc une présentation aux membres du conseil d’administration de l’organisme – qui comprend entre autres les quatre organismes porte-parole francophones des provinces de l’Atlantique (dont la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick) et les quatre organismes jeunesse provinciaux (dont la Fédération des jeunes francophones du N.-B.) – le 1er décembre à Halifax.

Lorsque l’on demande à Louise Imbeault ce qu’elle pense du projet, elle affirme qu’elle n’a pas de position officielle à ce sujet.

«Moi, je représente les volontés du conseil d’administration. Ils ont accepté que l’on rencontre Daniel, qu’on lui donne du temps pour exposer son projet. Je pense qu’après ça, on prendra position. Mais pour le moment, on est tous affairés à poursuivre les mandats qui nous sont donnés», dit-elle en entrevue téléphonique.

Elle note cependant que l’idée de mettre sur pied une structure afin de donner aux Acadiens de l’Atlantique plus d’autonomie n’est pas nouvelle.

«C’est une idée qui refait surface quand même assez souvent, peut-être une fois aux dix ans, plus ou moins. Et chaque fois, les gens la considèrent. (…) Chaque fois, ça a été reçu, regardé et finalement les gens ont décidé de poursuivre de façon différente que la proposition.»

Louise Imbeault rappelle aussi qu’il existe déjà de très nombreux organismes et entités administratives francophones au Nouveau-Brunswick.

Trois districts scolaires, une régie de la santé, bon nombre de regroupements sectoriels et d’associations de toutes sortes: ce ne sont pas les organisations francophones qui manquent dans la province.

«Est-ce qu’un jour, toutes ces personnes-là voudront faire un front commun pour défendre une autre idée? Je pense qu’on est loin de ça.»

Elle affirme d’ailleurs que Daniel LeBlanc n’a pas révélé à la SNA qui sont les autres personnes qui travaillent avec lui à la promotion du projet d’Assemblée nationale acadienne.

«On lui a posé la même question quand on l’a rencontré. Il n’a pas voulu non plus (nous le dire).»