Itinérance: Moncton s’organise pour créer un refuge d’un nouveau genre

La Ville de Moncton s’affaire à installer un abri pour répondre au nombre grandissant de personnes en situation d’itinérance. L’objectif: désengorger les refuges de la ville pendant l’hiver et offrir un toit aux personnes aux prises avec des problèmes de toxicomanie.

La municipalité a identifié deux emplacements qui pourraient héberger les citoyens sans-abris. L’un d’eux serait l’ancienne caserne située sur le boulevard Assomption.

La clinique Salvus assurerait la mise sur pied et l’opération de ce nouveau refuge qui sera ouvert de décembre à mars. L’organisme offre déjà des soins de santé primaires chez la population vulnérable du centre-ville de Moncton.

Murielle Doucet, coordonnatrice des services à la clinique Salvus, tente actuellement de recruter deux intervenants chargés de venir en renfort à l’équipe de bénévoles.

L’organisme entend s’inspirer du modèle du «wet-shelter», un refuge où la consommation de substances sera tolérée. Il s’agit-là d’une offre inexistante à l’heure actuelle.

Dans le refuge Harvest House, il est interdit de consommer de l’alcool ou de la drogue dans l’établissement. Les personnes intoxiquées ne peuvent pas non plus y passer la nuit.

Le même règlement est en vigueur à la Maison Nazareth, l’autre refuge d’urgence de Moncton.

«Nous n’avons pas les moyens de devenir un wet-shelter, car ça demanderait plus de personnel et donc plus de fonds», précise le directeur général, René Ephestion.
Certains itinérants qui font usage de drogues préfèrent passer l’hiver dans les rues plutôt que de se plier à ces exigences, souligne Murielle Doucet. Leur offrir un toit les aiderait à relever la tête et accéder aux services, plaide-t-elle.

«Peut-être qu’un lieu comme celui-ci va les aider à se prendre en main. Ça va peut-être être un premier contact de confiance. Une fois qu’ils auront un abri, ils pourront commencer à se préoccuper de leurs autres problèmes. C’est difficile de concevoir d’arrêter de consommer ou de trouver un emploi quand on ne sait pas où dormir et où se laver. Tout commence avec un abri et une sécurité.»

Manque de logements abordables, consommation de drogue, les raisons sont diverses, mais le constat est partagé par tous les intervenants: le nombre de personnes qui dorment dans la rue est à un niveau inquiétant.

«C’est incroyable à quel point le besoin est plus visible et présent cette année. Il y a certains plus de personnes sans-abris que dans les dernières années», affirme Mme Doucet.

Suspendus à la décision de la province

Lundi dernier, le conseil municipal a accepté de débloquer 20 000$ pour lutter contre l’itinérance. La municipalité a également réclamé au gouvernement provincial une aide d’urgence de 400 000$ pour la création du refuge.

Elle espère recevoir le feu vert au début du mois de décembre.

«On attend toujours une confirmation de la part de la province, mais on demeure optimiste d’obtenir une réponse», indique Isabelle LeBLanc, porte-parole de la Ville de Moncton.

Contacté par le journal, un porte-parole du ministère du Développement social a confirmé que son département «travaille sur une solution» sans pouvoir en dire davantage.

Malgré tout, le personnel municipal a déjà commencé à débarrasser les lieux et à planifier l’ouverture en collaboration avec la Clinique Salvus, l’organisme Humanity Project et le programme Reconnect du YMCA.

«Nous sommes en train d’évaluer les coûts reliés à l’achat de lits, de couvertures, de matériaux ainsi qu’à l’assurance et au chauffage, précise Isabelle LeBlanc. On est en train de voir comment se coordonner avec les organismes. On veut juger si on a besoin de bénévoles qui pourrait aider et comment ils pourraient le faire.»