La loi spéciale met un terme à la grève, mais soulève le mécontement des travailleurs

Le gouvernement fédéral a forcé, par une loi spéciale, le retour au travail des employés de Postes Canada mardi. C’est à contrecoeur que les facteurs du Grand Moncton sont retournés au boulot.

Les membres du Syndicat des travailleurs et des travailleuses des postes (STTP) ont occupé les installations de Postes Canada à Moncton en matinée. En après-midi, après 37 jours de grèves tournantes, ils ont été obligés de retourner au travail en raison d’une loi spéciale adoptée par Ottawa, qu’ils jugent «anticonstitutionnelle».

«Notre droit à la grève nous a été retiré. Peu importe ce que nous voulons faire, ils nous forcent à retourner au travail et livrer la marchandise, et ce, même si nous ne voulons pas le faire. Sans quoi, nous risquons une amende ou de perdre notre emploi», a confié à l’Acadie Nouvelle Linda Campbell, présidente de la section locale de Moncton pour le syndicat des postes.

Le combat n’est pas fini selon le président national du STTP, Mike Paelcek.

«Nous allons demander à nos alliés et à nos membres de prendre part à une campagne de mobilisations, de manifestations et de désobéissance civile non violente. Toutes les options demeurent sur la table pour obtenir des conventions collectives négociées qui répondront à nos préoccupations en matière de santé et de sécurité, de traitement injuste et de salaires et de conditions de travail équitables, et qui rétabliront le droit démocratique à la libre négociation collective», a-t-il déclaré par communiqué.

Impact économique

Le gouvernement de Justin Trudeau a justifié l’adoption urgente de ce projet de loi spéciale en invoquant l’impact économique des arriérés de courrier et de colis en cette période de pointe des Fêtes.

La Fédération canadienne de l’entreprise indépendante se réjouit de l’adoption, par le gouvernement fédéral, d’une loi spéciale pour forcer les employés des postes à mettre un terme à leurs grèves tournantes, à l’approche des Fêtes.

Le regroupement qui représente 110 000 PME avait demandé à Ottawa d’intervenir. Il estime que le gouvernement libéral «a pris les mesures qui s’imposaient afin que les services postaux reprennent leur cours normal à l’approche des Fêtes».

La FCEI estime que plus de 70% de ses membres étaient en faveur d’une action gouvernementale dans ce dossier. Plus de 65% d’entre eux auraient perdu en moyenne 3000$ en raison de ce conflit de travail en plus d’avoir manqué de liquidité en raison des retards dans la livraison de chèque.

Contrecoups des grèves

Alain LeBlanc, propriétaire de la librairie Matulu d’Edmundston, affirme d’ailleurs avoir subi des contrecoups des grèves tournantes, mais qu’elles n’ont pas trop affectées ses affaires quotidiennes.

«Si on a à commander des livres en Europe, par exemple, ça passe par la poste. Sinon, ç’a dérangé, mais pas beaucoup. C’est sûr que quand les fournisseurs nous appellent pour nous dire que leur chèque n’est pas rentré et qu’il est parti il y a deux semaines… C’est ça aussi», a avancé l’entrepreneur.

Au Comic Hunter, une boutique spécialisée de Moncton qui fait également de la vente en ligne, on a aussi senti les effets des moyens de pression des travailleurs de la poste. On affirme cependant comprendre leurs revendications.

«Tout le monde s’attendait à ce que ça prenne au moins deux jours de plus. Personne n’a chialé jusqu’à présent. Habituellement, on a des produits qui arrivent des États-Unis, mais là rien ne rentre. Ça, c’est un peu tannant», a indiqué le gérant du magasin, Rémi Vienneau Leclair.

«Il y a beaucoup de leurs demandes qui ont du sens, donc j’essaie d’être patient», a-t-il ajouté.

Heures supplémentaires et blessures

Les membres du STTP affirment être surmenés. Ils soutiennent que le nombre de colis a augmenté de 35%, mais que le nombre d’employés, lui, est resté le même.

Les heures supplémentaires s’accumulent et les blessures au travail se succèdent. D’ici Noël, le STTP affirme qu’il y aura «au moins 315 accidents de travail invalidants» chez ses membres.

Sur le terrain, selon Linda Campbell, les clients à qui elle livre le courrier quotidiennement sympathisent et semblent être prêts à attendre quelques jours de plus pour leur colis.

«Ce sont peut-être des clients de Postes Canada, mais nous leur parlons régulièrement quand nous sommes dans la rue et la majorité nous dit qu’ils ont seulement attendu deux jours et que c’est très bon .»

La livraison du courrier pourrait prendre plus de temps d’ici Noël. La Fédération des travailleurs et des travailleuses du Nouveau-Brunswick recommande d’acheter local, par solidarité.

«Acheter en ligne, sur Amazon ou eBay, c’est vrai, les prix sont plus bas, mais en achetant ici on aide notre communauté. En achetant d’une grande corporation, ça aide le président-directeur général à s’acheter un autre yacht», a laissé tomber le président de l’organisme, Patrick Colford.

  • Avec extraits de La Presse canadienne