Eaux usées dans le détroit de Northumberland: le MPO s’en lave les mains

Les homardiers du sud détroit de Northumberland se sentent délaissés par le gouvernement dans le dossier des déversements de la papetière Northern Pulp.

Northern Pulp déverse chaque jour plus de 70 millions litres d’eaux usées dans les lagunes de la région. En raison d’un nouvel amendement à la loi sur les ports de plaisance en Nouvelle-Écosse, elle doit moderniser sa station de traitement des eaux d’ici 2020. Comme solution, l’entreprise propose un projet de 70 millions $ qui comprendra un tuyau transportant les eaux jusqu’au détroit de Northumberland.

Les pêcheurs militent contre le projet de déversement d’eaux usées dans la région de Pictou, en Nouvelle-Écosse, depuis des mois.

De nombreuses manifestations ont eu lieu sur l’eau et sur terre depuis l’été en vue de bloquer le projet qui verrait jusqu’à 90 millions de litres d’eaux usées déversées chaque jour dans le détroit de Northumberland.

Lors d’une réunion du comité consultatif sur le homard du sud du golfe du Saint-Laurent, mardi à Moncton, des homardiers ont demandé le soutien des scientifiques du ministère des Pêches et des Océans (MPO).

«Pourquoi le MPO ne fait-il pas de travail sur la menace? Ça ne devrait pas être uniquement la responsabilité de l’industrie. Le gouvernement doit intervenir», a affirmé un représentant de pêcheurs du nord de la Nouvelle-Écosse, ce qui a suscité les applaudissements de l’assemblée.

Sa demande n’a cependant pas porté ses fruits. Amélie Rondeau, biologiste au MPO, a vite expliqué que la question «ne fait pas partie du mandat» de son équipe.

«La science doit être faite, je suis d’accord. Mais ce n’est pas dans le portfolio du MPO pour l’instant.»

Mme Rondeau a expliqué que le MPO mène diverses études sur les facteurs qui touchent la survie du homard, telles la température de l’eau et sa salinité. Les biologistes d’Ottawa ne se penchent cependant pas sur les effets de la toxicité des produits chimiques déversés par les usines de pâte à papier.

Carl Allen, président de l’Union des pêcheurs des Maritimes, se plaint du manque de données sur les effets des déversements sur la santé du homard.

«Nous avons les mêmes inquiétudes et les mêmes préoccupations. On semble se refiler la patate chaude. Il est temps que quelqu’un au gouvernement prenne ses responsabilités.»

«Nous avons des données sur les facteurs mortels pour les homards, mais pas autant sur les éléments qui ont un impact sur la qualité du crustacé.»

La semaine dernière, une vingtaine de sénateurs des Provinces maritimes ont demandé au gouvernement de Justin Trudeau de mener une enquête environnementale fédérale sur le projet de Northern Pulp.

Sean Fraser, député fédéral de Central Nova et secrétaire parlementaire de la ministre de l’Environnement et du Changement climatique, a affirmé vendredi au quotidien néo-écossais The Chronicle Herald qu’une telle enquête pourrait être commandée dès que Northern Pulp dépose la proposition formelle de son projet. Il prévoit que cette étape soit franchie après le Nouvel An.

Les dirigeants Northern Pulp affirment que plus de 300 emplois dépendent du projet.

Ils avancent que les usines suivent de strictes réglementations du gouvernement fédéral et que les effluents sont dilués au point où ils ne poseront pas de risque pour l’industrie de la pêche.

Les Amis du détroit de Northumberland, organisme qui s’oppose au projet, ne sont pas d’accord. Ils avancent que 70% des usines qui respectent les réglementations ont un effet néfaste sur l’habitat de la vie marine, et 55% ont des effets néfastes sur l’environnement en général.

Trêve Chine-États-Unis: peu d’impact au Canada

La trêve commerciale entre les chefs d’État de la Chine et les États-Unis ne changera probablement pas la réalité de l’industrie du homard à court terme. Le directeur général du Conseil canadien du homard croit que les homardiers canadiens continueront à profiter d’un accès privilégié au marché oriental.

En juillet, la Chine a imposé un tarif de 25% sur le homard importé des États-Unis, une mesure de représailles parmi tant d’autres dans sa guerre commerciale avec le gouvernement de Donald Trump.

En raison de la hausse, les acheteurs chinois ont essentiellement arrêté d’acheter le homard des pêcheurs américains et se sont tournés vers le homard du Canada. Depuis, la part de marché de l’industrie canadienne en Chine est en plein essor.

Ce week-end, le président Xi Jinping et le président Donald Trump se sont rencontrés en marge de la réunion du G20 en Argentine. Ils se sont mis d’accord pour faire une pause de 90 jours sur leur guerre commerciale, afin de négocier un accord.

Geoff Irvine, directeur général du Conseil canadien du homard, ne croit pas que la trêve renversera la tendance dans l’industrie à court terme. Il souligne que les tarifs déjà en place le resteront, la trêve stipulant simplement qu’il n’y aura pas de nouveaux tarifs.

«Je ne m’attends pas à ce que les choses changent pour le moment.»

De toute façon, souligne-t-il, le marché mondial du homard vivant est généralement dominé en hiver par les homardiers de la baie de Fundy et de la côte sud de la Nouvelle-Écosse. Les pêcheurs du Maine restent habituellement à quai jusqu’au printemps ou l’été.

«Il y a très peu de pêche aux États-Unis en hiver.»

Interrogé à savoir s’il croit que les interactions entre Xi Jinping et Donald Trump de la fin de semaine indiquent qu’il y aura des changements significatifs pour la prochaine saison de pêche américaine, M. Irvine répond tout simplement: «qui sait?».

«Tout ça fait partie de leurs grandes négociations, j’imagine.»

En septembre, 1,9 million de kg de homard vivant ont été exportés du Canada vers la Chine, ce qui représente 61% des exportations totales. Durant la même période, en 2017, seulement 700 000 kg de homard ont été envoyés, c’est-à-dire 32% des exportations totales.