Érosion des berges: des citoyens tentent de «protéger ce qu’ils ont»

Même en plein hiver, le calme de la plage de la dune de Chiasson Office permet de rêver aux jours ensoleillés d’été. Un examen approfondi révèle cependant un territoire grugé par l’érosion. Des citoyens des îles Lamèque et Miscou demandent au gouvernement provincial d’agir rapidement pour protéger les berges.

Sylvie Desylva et son conjoint, Steve Cormier, ont récemment créé la page Facebook, Sauvons nos îles Lamèque et Miscou, et ce, pour documenter, presque en temps réel, l’érosion qui menace la région. En moins d’un mois, quelque 435 personnes se sont abonnées au groupe pour y partager des images, des vidéos et d’autres renseignements.

L’Acadie Nouvelle a rencontré le couple de Chiasson Office, ainsi que Daniel Duguay et Denis Haché, deux autres citoyens préoccupés, pour voir des exemples concrets des effets de l’érosion dans la région.

En se promenant sur la dune de Chiasson Office, une image frappe en particulier, soit celle de morceaux de trois anciens poteaux électriques qui se trouvent en pleine mer. Un vieux câble est aussi enseveli sous le sable.

Ailleurs sur l’île Lamèque, à Cap-Bateau, des résidences commencent à se trouver dangereusement près de la côte. Daniel Duguay habite dans une maison, à Cap-Bateau, depuis 1991. En 27 ans, il estime que son terrain a rétréci d’environ 75 pieds. Lors d’une tempête majeure en 2010, son terrain a perdu 17 pieds en quelques heures seulement.

«Nous sommes plusieurs qui sont touchés par ce problème», dit M. Duguay, qui est également président du DSL de Cap-Bateau.

Depuis quelques années, M. Duguay a tenté de faire bouger les choses en travaillant avec les députés provinciaux et fédéraux. Il doit bientôt rencontrer le député progressiste-conservateur, Robert Gauvin.

«On passe du bleu au rouge tous les quatre ans. On fait du progrès avec un député et après les élections, tout est à recommencer.»

Plusieurs solutions sont envisagées. Les fondateurs de la page, Sauvons nos îles Lamèque et Miscou, aimeraient par exemple qu’il y ait un programme pour soutenir la protection des propriétés privées. Les coûts associés à l’enrochement de quelques centaines de mètres sont très élevés.

Il y a quelques années, Sylvie Desylva et Steve Cormier ont investi près de 30 000$ pour protéger leur terrain. Ils se disent aussi ouverts aux propositions. L’important pour eux c’est que le gouvernement pose des gestes concrets d’une façon ou d’une autre.

En janvier 2018, le ministère de l’Environnement et des Gouvernements locaux a indiqué à l’Acadie Nouvelle qu’il prenait des mesures afin de protéger les infrastructures publiques, telles que les routes, menacées par l’érosion, mais qu’il n’existe pas de financement provincial pour soutenir la protection des terrains privés.

Selon l’Institut de recherche sur les zones côtières, les problèmes d’inondation et d’érosion dans la Péninsule acadienne seront aggravés par les changements climatiques. D’après les projections de l’organisme, le niveau moyen de la mer pourrait augmenter de 70 cm d’ici 2100.

Même si la mer continue de menacer les côtes de la Péninsule acadienne, aucun des  intervenants rencontrés n’ont l’intention de partir. «C’est mon chez nous ici!», lance Daniel Duguay.

«Quand les gens restent à un endroit depuis des années, ils ne veulent pas déménager. Ils veulent protéger ce qu’ils ont pour le futur», ajoute Steve Cormier.