Église de Bas-Caraquet: la démolition retardée par des analyses environnementales

Les ruines calcinées de l’église Saint-Paul de Bas-Caraquet devaient être détruites avant l’hiver. Cependant, des tests du ministère de l’Environnement et des Gouvernements locaux pourraient retarder l’arrivée du bélier mécanique de quelques semaines, sinon de quelques mois.

Du plomb, autrefois utilisé pour la confection des joints de pierres du bâtiment, aurait fondu et aurait contaminé le sol pendant l’incendie criminel de juin. On aurait aussi détecté des traces d’huile à chauffage à l’arrière de la structure.

Le ministère de l’Environnement et de Gouvernements locaux travaille présentement de concert avec un consultant embauché par le Diocèse de Bathurst pour déterminer les façons adéquates de disposer des débris, a fait part Anthony Doiron, agent de communication au ministère.

«Le consultant a effectué une évaluation des risques sur les débris, qui a comporté une analyse des matériaux calcinés. L’information recueillie est présentement en train d’être analysée», a-t-il indiqué.

Le contracteur qui sera embauché pour ces travaux devra non seulement jeter à terre les pierres, mais il aura aussi la tâche de récupérer le sol contaminé et d’en disposer selon des normes strictes imposées par le ministère.

La Commission des services régionaux de la Péninsule acadienne a confirmé au journal qu’aucune entreprise n’avait encore demandé de permis de démolition pour cet édifice.

Des ébauches de projets

Ces délais imprévus pourraient faire en sorte que l’enseignant Mathieu Boucher-Côté et les 15 universitaires de 2e année de l’Université Laval, à Québec, puissent présenter à la communauté de Bas-Caraquet les fruits de leurs réflexions, avant la nouvelle année, avec les ruines du célèbre bâtiment encore debout.

Les étudiants ont préparé des ébauches de projets de revitalisation des vestiges. Ils ont présenté leurs projets le 20 novembre à trois architectes, dont celui qui a récemment effectué des travaux de maçonnerie à l’église. Ils doivent remettre à leur enseignant le projet final le 18 décembre.

«Je discute actuellement avec Mme Lucie Lebouthillier (du comité de sauvegarde) pour en faire une présentation publique, à Bas-Caraquet, à la fin décembre ou au début janvier», a mentionné M. Boucher-Côté.

La démolition de ce qui reste de l’église a été annoncée en octobre. Avec l’argent des assurances (2,5 millions $), un nouveau lieu de culte sera construit au même endroit dès 2019. Il s’agira d’un édifice d’un seul étage avec des salles multifonctionnelles et un monument en hommage à l’église Saint-Paul.

Lors de leur passage en Acadie, en octobre, les étudiants avaient la mission de mettre en valeur le caractère sacré ainsi que la richesse patrimoniale et architecturale de l’endroit. Selon l’enseignant, ils ont proposé une grande variété d’idées, certaines plus réalistes que d’autres.

«Un million de choses sont possibles avec cette église. Elle a un gros potentiel. Il y a des précédents au Canada. L’église de Saint-Boniface, au Manitoba, a été reconstruite en partie après un incendie. Nous n’étions pas là pour évaluer les coûts à Bas-Caraquet. Notre travail était qualitatif, pas quantitatif», a continué le professeur.

Cependant, il est toujours probable que tout ce remue-méninges demeure sur le papier lorsque les ruines de l’église seront jetées par terre.

M. Boucher-Côté en est conscient, mais il estime que ce ne sera pas du temps perdu pour autant. Les esquisses feront vraisemblablement l’objet d’un livre de référence pour d’autres communautés aux prises avec un dilemme semblable.

«Nous n’avons pas eu l’impression de travailler dans le vide, soutient-il. Ce n’est pas perdu, car ça fera peut-être réaliser ce qui aurait pu être fait. Ça laisse aussi un questionnement sur ce que nous faisons de notre patrimoine. Il n’y en a pas beaucoup en Acadie. Notre objectif était de créer un dialogue, pas de tenter de faire changer d’idée le Diocèse de Bathurst. Mais une fois démolie, nous ne verrons plus construire quelque chose d’aussi imposant.»