Marketing touristique: «C’est sur les médias sociaux que ça se passe»

En plus d’occuper un emploi à temps plein, les Beaulieu de Saint-Joseph-de-Madawaska exploitent une entreprise touristique pendant l’été. Les médias sociaux jouent un rôle primordial dans leur quotidien afin de communiquer efficacement avec leurs clients. Une réalité qui gagne en popularité au Nouveau-Brunswick.

Les médias sociaux sont au cœur de la stratégie promotionnelle en matière de tourisme au Nouveau-Brunswick.

«Je pense que ce serait irresponsable de ne pas accorder une grande importance aux médias sociaux dans notre gamme de tactiques de marketing. C’est sur les médias sociaux que se passe l’action et c’est là où une partie de la prise de décision des visiteurs se fait», lance d’emblée Émilie Comeau-Singlair, gestionnaire du contenu et des projets spéciaux au ministère du Tourisme, Patrimoine et Culture du Nouveau-Brunswick.

Facebook, Instagram, YouTube et même Pinterest sont rendus des outils incontournables pour attirer les gens au Nouveau-Brunswick et les inciter à visiter les attractions touristiques de la province.

«Les médias sociaux sont pour aller chercher nos gens non seulement d’ici, mais aussi les gens de l’extérieur. On a aussi beaucoup de gens qui sont originaires d’ici et qui parfois reviennent pour faire des activités au Nouveau-Brunswick. C’est pour leur dire qu’on est là et qu’on existe», confie France Beaulieu, propriétaire de KasaKayak à Beaulieu de Saint-Joseph-de-Madawaska.

La rétroaction pour les opérateurs touristique est aussi immédiate sur les réseaux sociaux. Une pluie de données suit chaque publication.

À Shediac, on sait par exemple que plus de 100 000 personnes ont visionné la dernière vidéo promotionnelle mise en ligne sur Facebook et qu’elle a été partagée plus de 340 fois. Sous cette même vidéo, les internautes commentent et parlent de leur expérience. Cette information vaut de l’or pour l’industrie touristique.

«La beauté des médias sociaux pour nous c’est le fait que c’est mesurable et qu’il y a un engagement. Pour l’engagement, c’est un réseau fort. On peut être à l’écoute des gens et on peut certainement aller chercher les marchés qu’on veut», soutient Danny Pellerin, directeur du développement économique pour la Ville de Shediac.

Les médias sociaux sont aussi une façon pour l’industrie de garder un œil sur leur budget et les dépassements de coûts. C’est moins dispendieux d’y faire de la publicité et ça permet de cibler des marchés bien précis.

«On aimerait ça faire un guide et tout ça, mais compte tenu de ce qu’on a comme argent et à qui on veut parler… C’est plus facile de parler aux gens par les médias sociaux que par l’impression, d’envoyer tout ça dans les foyers ou de faire imprimer ça dans les journaux de partout. Financièrement, on ne pourrait pas se le permettre», souligne Myriam Léger, directrice générale d’Expérience Acadie, la Commission du tourisme acadien du Canada atlantique.

Les Facebook et Instagram de ce monde ont cependant beaucoup changé au cours des années. Ce n’est pas parce qu’on publie du contenu qu’il sera vu, et ce, même si on a plus de 155 500 abonnés sur notre page Facebook, comme Destination Nouveau-Brunswick. Une infime fraction des internautes seront atteints si on ne paie pas le Réseau social pour les joindre.

«Si tu ne paies pas, tu n’y seras pas. Ce n’est pas comme cinq ans passés où tout apparaissait dans ton fil d’actualité Facebook», indique Mme Comeau-Singlair.

Les influenceurs

C’est pourquoi l’industrie touristique fait maintenant appel à des influenceurs. Mais, ça mange quoi en hiver des influenceurs? Ce sont des gens qui ont su bâtir une bonne audience sur YouTube et les autres réseaux sociaux. Les internautes font confiance à leur opinion.

Ces véritables vedettes de la toile sont rémunérées ou reçoivent un traitement quelconque pour parler d’un endroit ou d’un produit. Ils iront en vacances à Shediac, par exemple, pour produire des images et partager leur «véritable» expérience auprès de leur auditoire.

«C’est devenu la grosse mode», avoue Mme Léger.

«Si c’est un foodie, on ne l’enverra pas faire du rappel ou du ski alpin. Chaque influenceur a sa qualité et son public», précise-t-elle.

Avant d’aller en voyage, les internautes vont visiter les sites officiels, mais ils seront aussi influencés par ce qu’ils voient sur les réseaux sociaux. Une belle image des rochers Hopewell prise par une personne plutôt qu’une image ultra soignée captée par une agence de publicité aura un grand impact sur la décision du voyageur de visiter ou non une destination touristique.

«Ça aide beaucoup à présenter le Nouveau-Brunswick d’une autre façon. Ça ajoute de la crédibilité aussi parce que c’est la personne qui présente ses opinions et sa façon d’avoir vu les choses en plus des expériences vécues», avance Mme Comeau-Singlair.

La montée d’Instagram

En juin, Instagram a dépassé le milliard d’utilisateurs actifs. Les gens qui utilisent l’application sont un peu plus jeunes. Cela séduit ceux qui tentent d’attirer ces gens au Nouveau-Brunswick.

«On s’est aperçu, moi et les gens de l’équipe, qu’on commençait nous même à se tourner vers Instagram. Autour de moi, j’ai commencé à observer que les 18-35 ans changeaient aussi. Je me suis dit qu’il fallait sauter là-dessus», a expliqué Mylène Dugas, gestionnaire des communications au Village historique acadien.

Les marchés principaux pour le tourisme au Nouveau-Brunswick sont le Québec, l’Ontario et la Nouvelle-Angleterre. Les tendances sont différentes selon les régions. Ça ne veut pas dire que parce qu’un média social et populaire à un endroit qu’il l’est à un autre.

«Je prends l’exemple du Québec, la recherche nous dit qu’Instagram est moins utilisé au Québec qu’en Ontario», a souligné Mme Comeau-Singlair.

En plus de s’adapter aux différents marchés, les experts en médias sociaux doivent prendre en considération le processus décisionnel des vacanciers et connaître à quel moment ils sont prêts à effectuer une réservation.

«La façon d’attirer quelqu’un en janvier est super différente de la façon dont tu vas le faire en juillet. Les médias sociaux ont un rôle important à jouer. L’information qu’on présente sur les médias sociaux en janvier est différente que de celle de juillet parce que les gens ne sont pas à la même place dans leur prise de décision», a expliqué la gestionnaire de contenu pour le ministère du Tourisme.

Avant tout, pour l’industrie touristique, les médias sociaux sont une façon de parler à leur monde afin de savoir si le produit qu’ils offrent plaît comme un bon pain chaud sorti du four au Village historique acadien.

«Ce qui est cool, c’est quand on publie des vidéos sur Facebook de Mme Savoie qui cuisine ou quand on fait le pain dans le four extérieur et qu’il y a des Européens qui nous écrivent : ‘’nous sommes allée là en 2015, plus beau voyage de notre vie’’. Ça, je trouve intéressant parce que souvent sur les médias sociaux ce sont les mêmes personnes qui nous parlent», résume Mylène Dugas.