Blaine Higgs et ses homologues attendent Justin Trudeau de pied ferme

À la fin de sa journée de discussions avec les dirigeants provinciaux et territoriaux, le premier ministre Justin Trudeau pourrait bien regretter le jour où il a promis de tenir des réunions annuelles des premiers ministres.

La réunion à huis clos de vendredi est le quatrième sommet de M. Trudeau avec les premiers ministres et elle promet d’être la plus agitée – et probablement la moins productive.

Fini l’époque où le premier ministre était entouré de sympathiques alliés des libéraux provinciaux. Il fait maintenant face à une phalange de premiers ministres conservateurs qui s’opposent résolument à certaines de ses politiques les plus importantes, en particulier à son projet d’imposer une taxe fédérale sur le carbone l’année prochaine.

L’un d’entre eux, le premier ministre de l’Ontario Doug Ford, s’est engagé à faire en sorte que les libéraux de M. Trudeau soient battus aux élections fédérales de l’automne prochain. Des responsables fédéraux estiment en privé que cela inclura des efforts pour faire dérailler la réunion de vendredi, voire même organiser un départ spectaculaire du sommet – un scénario que M. Ford et ses collaborateurs n’ont pas exclu jeudi.

Mais ce ne sont pas seulement les premiers ministres conservateurs qui vont certainement causer des maux de tête au premier ministre: certains premiers ministres libéraux et néo-démocrates ont également des différends avec le gouvernement fédéral.

Ils se présentent tous à la réunion du vendredi avec une liste exhaustive des problèmes qu’ils souhaitent voir traités, mais ils ne s’entendent pas entre eux sur ce qui est le plus urgent ou ce qui devrait être fait à leur sujet.

Par exemple, le premier ministre du Nouveau-Brunswick, Blaine Higgs, souhaite relancer une proposition concernant le pipeline Énergie Est. François Legault, du Québec, affirme qu’il est impossible que les Québécois approuvent un pipeline dans leur province.

La première ministre néo-démocrate de l’Alberta, Rachel Notley, demande furieusement que le gouvernement fédéral agisse pour aider sa province à acheminer son pétrole vers les marchés d’outre-mer, au lieu d’être captive du prix d’escompte payé par les États-Unis.

Mme Notley et Scott Moe, de la Saskatchewan, souhaitent que la crise des prix du pétrole figure en tête de l’ordre du jour de la réunion de vendredi. Ils souhaitent également que M. Trudeau supprime le projet de loi C-69, qui renforce les évaluations environnementales des projets énergétiques.

Dwight Ball, de Terre-Neuve-et-Labrador, et Stephen McNeil, de la Nouvelle-Écosse, deux libéraux, craignent eux aussi que C-69 n’éloigne les investisseurs de projets tels que les pipelines.

Mais il y a aussi le premier ministre néo-démocrate de la Colombie-Britannique, John Horgan, qui a intenté une poursuite pour bloquer le projet de pipeline que le gouvernement Trudeau a approuvé _ l’expansion de Trans Mountain.

Quatre premiers ministres conservateurs –  MM. Ford, Moe, Higgs et Brian Pallister du Manitoba – se sont également adressés aux tribunaux, mais, dans leur cas, ils veulent mettre fin à ce qu’ils appellent la « taxe sur le carbone qui détruit les emplois » de M. Trudeau. Ils veulent placer la question au premier plan de l’ordre du jour.

M. Trudeau peut s’attendre à être appuyé dans ce dossier par MM. Horgan et Legault, dont les provinces ont été les premières à imposer des régimes de réduction des émissions de carbone. Et comme le soulignent les responsables fédéraux, ces deux provinces jouissent actuellement des économies les plus robustes du pays.

Les écologistes, quant à eux, prévoient de se rassembler devant l’hôtel où les premiers ministres se réunissent pour exhorter les dirigeants à faire plus pour lutter contre les changements climatiques.

Parmi la multitude de problèmes que les premiers ministres veulent aborder et leurs points de vue divergents à ce sujet, l’objectif initial que M. Trudeau s’était fixé pour la réunion, à savoir la réduction des obstacles au commerce interprovincial, ne peut être négligé.