Jeux de la Francophonie: cinq administrateurs démissionnent

La saga des Jeux de la Francophonie 2021 de Dieppe-Moncton se poursuit. Cinq administrateurs bénévoles ont annoncé leur démission, mercredi en fin de journée.

Quatre membres du conseil d’administration du Comité organisateur national des jeux –nommés par le gouvernement provincial libéral en octobre 2017– ont quitté leurs fonctions en bloc.

Il s’agit d’Éric Mathieu Doucet (président du conseil), de Mireille Cyr, d’Éric Cormier et de Kim Rayworth.

Dans une déclaration écrite commune, ils déplorent la «controverse malheureuse» qui a éclaté la semaine dernière lorsqu’il a été révélé que les coûts projetés avaient explosé depuis 2015. 

«Cet ombre (sic) empêche de voir la véritable histoire que sont les avantages et les importantes opportunités que ces Jeux pourraient apporter à notre région et à notre province, non seulement en 2021, mais pour les générations à venir, qu’elles soient francophones ou anglophones», affirment-ils.

Les démissionnaires estiment qu’ils ont fait le travail qui leur avait été demandé en développant un plan d’affaires et vantent les mérites des Jeux de la Francophonie. Selon eux, l’organisation de cet événement international aura des impacts économiques et culturels majeurs au Nouveau-Brunswick.

Ils disent toutefois que les développements des derniers jours leur font croire qu’ils n’ont «plus la confiance nécessaire du gouvernement du Nouveau-Brunswick pour continuer» leur mandat.

Les signataires de la déclaration espèrent que leur départ va permettre «aux partenaires de revenir à la table des négociations dans un climat médiatique et politique plus sain» et font savoir qu’ils ne donneront pas d’entrevues aux médias.

Le comité organisateur des Jeux de la Francophonie était jusqu’à mercredi composé de 11 membres. Cinq ont été nommés par la province, quatre par le gouvernement fédéral, un par la Ville de Moncton et un par la Ville de Dieppe.

Une cinquième démission pour des raisons professionnelles

Une cinquième membre du conseil, la vice-présidente Linda Schofield, a décidé de démissionner pour des raisons professionnelles.

Mme Schofield occupe le poste de directrice des relations universitaires et du développement philanthropique à l’Université de Moncton.

En entrevue téléphonique avec l’Acadie Nouvelle, elle explique que sa charge de travail s’est considérablement accrue le mois dernier avec le départ de l’un de ses employés (à l’U de M).

«J’ai dit à mon employeur que j’aurai de la difficulté à faire tout ça et plus du bénévolat, on a convenu que ce serait dans le meilleur intérêt de démissionner, c’était une question de temps.»

La controverse dont a fait l’objet les Jeux n’ont fait que la pousser à devancer quelque peu sa démission. «Je me suis laissé quelques semaines pour y réfléchir, mais tout ce qui s’est passé cette semaine a commencé à affecter mon travail.»

La saga des Jeux en bref

Le gouvernement du Nouveau-Brunswick a soumis la candidature de Dieppe-Moncton en juillet 2015 afin d’organiser les Jeux de la Francophonie en 2021.

Le budget proposé dans le dossier de mise en candidature était de 17,5 millions $. Il a été revu à la hausse en décembre 2015 par le gouvernement provincial et est passé à 19,5 millions $.

La candidature du Nouveau-Brunswick a été retenue en avril 2016. Un an plus tard, le comité organisateur des Jeux a été formé et un directeur général a été embauché.

Selon le président du Conseil du Trésor de l’époque, le député libéral Roger Melanson, le comité a présenté un premier plan d’affaires au gouvernement provincial février 2018. Il chiffrait à 45 millions $ les coûts des jeux. Deux mois plus tard, il est passé à 130 millions $.

Cette explosion des coûts a été révélée par Radio-Canada la semaine dernière. Depuis, l’affaire ne cesse de prendre de l’ampleur.

Trois des partenaires financiers des Jeux –soit le gouvernement provincial, la Ville de Dieppe et la Ville de Moncton– ont indiqué qu’ils n’allaient pas contribuer plus que ce qui était prévu à la base (750 000$ pour chacune des villes et de 7 à 10 millions $ pour la province).

Quant au gouvernement fédéral, il est prêt à investir davantage, mais ses mains sont liées par une politique qui l’empêche de financer plus de 50% du budget d’un tel événement international.

–Avec la collaboration du journaliste Simon Delattre.