Désespéré, un homme lance un cri du coeur: «Je veux sortir de mon trou!»

Un homme âgé de 60 ans de Moncton revendique de meilleurs services de santé mentale dans le Sud-Est. Sans emploi et réduit au désespoir, il lance un cri du coeur.

Charles Gallant n’en peut plus. Il a l’impression d’avoir cogné à toutes les portes, mais personne ne semble être capable de l’aider.

Ne sachant plus vers où se tourner, il est entré spontanément dans les bureaux de l’Acadie Nouvelle à Moncton, la semaine dernière, à la recherche d’un journaliste prêt à entendre son histoire.

«Si je suis rendu ici, c’est parce que c’est ma dernière solution. Après, c’est (le pénitencier de) Dorchester», a-t-il expliqué au cours de l’entretien.

«Je veux de l’aide. Je veux sortir de mon trou, mais je n’ai pas d’aide. Je suis rendu dans un trou et je ne peux plus m’en sortir.»

M. Gallant explique qu’il n’a pas eu la vie facile. Rejeté par sa famille alors qu’il était adolescent dans les années 1970, il a déménagé dans la région de Toronto, au début de la vingtaine. Là, il est sorti du placard avant de sombrer dans les drogues et l’alcool.

Avec les années, il a réussi à vaincre ses dépendances. Il a fait sa vie comme poseur de planchers et serveur dans les bars.

Il y a cinq ans, alors qu’il habitait dans le sud-est du Nouveau-Brunswick, il a subi une dépression en raison d’un incident familial. Depuis, plus rien ne va.

M. Gallant affirme qu’il a demandé des prestations d’aide sociale afin de l’aider à traverser cette étape difficile. Elles lui ont été refusées. Sans revenu, il n’était plus capable de payer son hypothèque et il a perdu sa maison. Quelques mois plus tard, il s’est retrouvé dans la rue à Montréal. Il y est demeuré pendant trois ans.

Vivant dans des conditions malsaines, il est tombé malade. Il affirme que son poids a chuté de 40 livres. Les médecins ont enfin trouvé qu’il avait une bactérie au foie. Après avoir suivi des traitements, M. Gallant a décidé de revenir en Acadie.

Souhaitant faire une différence dans la vie des jeunes qui traversent des situations semblables aux siennes, il s’est inscrit dans un cours de services sociaux au collège communautaire. Il aurait cependant été expulsé en moins d’une semaine parce qu’il avait des amendes impayées.

Deux crises d’anxiété durant le temps des Fêtes

C’est ainsi qu’il s’est retrouvé dans une maison à chambres avec un revenu mensuel de 537$ de l’aide social et le sentiment que sa vie n’avait plus de sens.

«J’habite dans une chambre avec des souris, une alcoolique de 52 ans et un schizophrène de 43 ans. C’est là que je suis rendu. Il y a cinq ans, j’avais une maison, une voiture, des amis… mais on a refusé de m’aider et ça m’a mis dans la rue.»

Dans le temps des Fêtes, l’an dernier, il a fait des crises d’anxiété et s’est retrouvé deux fois à l’hôpital. On l’a référé au Centre de santé mentale communautaire, sur la rue Albert, à Moncton.

«Je me suis dit: “enfin, quelqu’un va m’écouter”. Mais j’ai attendu sept mois… Sept mois!»

M. Gallant a enfin eu son rendez-vous, il y a un peu plus d’un mois. Il a raconté son histoire à une clinicienne, qui l’a écouté et lui a donné quelques conseils.

Trois semaines plus tard, l’état mental de M. Gallant s’est empiré. Il s’est rendu à la clinique sur la rue Albert afin d’avoir un nouveau rendez-vous. Il a toutefois appris que son dossier avait été fermé.

«Pourquoi a-t-elle fermé mon dossier? Ça fait trois ans que je passe dans la rue, j’ai besoin de parler.»

«Maintenant ils pensent que je vais sécher dans une chambre pourrie avec des souris parce que je n’ai pas assez d’argent pour acheter autre chose? Ça va mal finir. Je meurs à petit feu. Mais si je meurs à petit feu en prison – où je serai nourri -, ma situation sera moins grave qu’elle l’est tout de suite.»

M. Gallant souhaite avoir de l’encadrement pour l’aider à retourner sur le marché du travail après des années sans emploi. Il demande aussi des services de santé mentale plus rapides et mieux adaptés à des situations comme la sienne.

En racontant son histoire, il souhaite donner une voix aux personnes qui vivent une situation semblable, mais qui n’osent pas s’exprimer. Il se croise les doigts et espère que les personnes qui ont le pouvoir d’améliorer les programmes d’aide sociale entendront son cri du coeur.

«J’ai attendu, j’ai couru, j’ai pleuré et j’ai tout fait ce que j’ai pu. Je suis tanné d’être dans mon trou. Il n’y a pas d’aide à Moncton. Il n’y en a pas. J’ai 60 ans et je ne suis pas ici pour causer des problèmes. Je veux juste donner quelque chose pour aider les autres.»

«C’est compliqué et souvent on se décourage»

Des clients de banques alimentaires affirment qu’ils ont de la difficulté à accéder aux services de santé mentale dans le grand Moncton. Ils avancent que le système est trop compliqué.

Peu de gens connaissent aussi bien le portrait de la pauvreté dans le Grand Moncton que Chantal Sénécal, directrice générale du Food Depot Alimentaire. Chaque jour, elle travaille avec des personnes en situation difficile au Centre alimentaire communautaire Peter-McKee, sur la rue St. George.

«Presque tout le monde qui passe par la banque alimentaire est dans une situation qu’il souhaiterait changer», assure-t-elle.

Celle qui est à la tête de la plus importante banque alimentaire du Sud-Est est de l’avis qu’on peut faire mieux dans la région au niveau des services pour la santé mentale.

«Il y a beaucoup de gens qui trouvent que le simple fait d’accéder aux services dont ils ont besoin est très difficile. Ils ont aussi de la difficulté à naviguer le système du développement social et celui de la santé mentale.»

«Chaque cas est différent. C’est compliqué et souvent on se décourage.»

Un de ses clients, par exemple, souhaitait être admis dans un centre de traitement de dépendances à Saint-Jean. Il a obtenu un rendez-vous au Centre communautaire de santé mentale à Moncton assez rapidement, mais il n’est pas arrivé à franchir les étapes nécessaires pour avoir les services demandés.

«Il devait faire un minimum de trois ou quatre sessions de groupe et il devait faire d’autres rencontres, afin d’être éligible. Mais des personnes comme lui – habitant en situation de pauvreté – survivent d’une journée à l’autre. Ils ne pensent pas toujours à leurs rendez-vous et le tout provoque beaucoup de stress.»

Plusieurs se plaignent du fait que le clinicien responsable de leur cas change souvent durant leur phase de traitements. Un de ses clients a vu trois différents psychologues en l’espace de six semaines.

«Il était frustré de toujours avoir à recommencer de la case de départ avec un nouveau psychologue.»

Formations sur les soins de secours de santé mentale

Depuis l’ouverture du Centre Peter-McKee, il y a deux ans, Mme Sénécal et ses collègues ont remarqué que la santé mentale joue un rôle clé dans la problématique de la pauvreté dans le Grand Moncton. C’est pourquoi ils ont reçu des formations sur les soins de secours de santé mentale.

«Ce n’est pas vraiment notre mandat, mais on voit qu’il y a un besoin. C’est pourquoi on a reçu une formation de premiers secours en santé mentale. Or, ce n’est pas une solution à long terme. On s’en sert en cas d’urgence et ensuite on les réfère aux services de santé mentale.»

«Parfois, c’est une question d’avoir quelqu’un qui écoute. On essaie de transmettre le sentiment que quelqu’un veut aider.»

Mme Sénécal croit que les services communautaires font partie de la solution, étant donné qu’ils travaillent chaque jour avec des personnes dans le besoin. Elle souligne des initiatives comme le programme d’intervention dans la rue ReBrancher, ainsi que la clinique Salvus, un foyer pour sans-abri offrant un soutien à la santé mentale et à l’itinérance chronique.

L’Acadie Nouvelle a tenté d’obtenir les réactions de Vitalité NB, mais nous n’avons pas reçu de réponse avant notre heure de tombée.

Récemment, le réseau annonçait la création de la Coalition pour la santé mentale et le traitement des dépendances du Nouveau-Brunswick. Albert Cyr, président du comité intérimaire de la Coalition, a affirmé que le regroupement «est un véhicule promotionnel visant à encourager le réseautage d’individus et d’organismes concernés par la santé mentale et le traitement des dépendances».