Irma Richard retrouve son premier amoureux après 60 ans

Une septuagénaire de Saint-Louis-de-Kent a retrouvé son premier amoureux, 60 ans plus tard. Elle fera le trajet Miramichi-Sherbrooke en train, mercredi, afin de passer Noël avec lui.

Irma Richard résidait dans l’ancien couvent de Saint-Louis-de-Kent, en 1956, quand un étudiant du Collège Saint-Louis – situé pas très loin – lui a vendu un billet de spectacle. Il s’agissait de Gilles Lefebvre, originaire de Saint-Prosper, au Québec.

C’était la première fois qu’il la voyait et ce fut vraiment un coup de foudre instantané.

«Ses yeux, son sourire, la beauté et la bonté sur son visage m’ont conquis. Je suis vraiment devenu amoureux d’elle», mentionne-t-il.

M. Lefebvre a appris le nom de Mme Richard grâce à son cousin, Jean Guimond, qui était aussi un étudiant du collège. Il communiquait avec elle en lui envoyant des lettres via son collègue de classe, qui allait parfois dîner chez elle.

Pendant plus de deux ans, M. Lefebvre et Mme Richard ne se sont jamais parlé de vive voix. Leur seul contact visuel avait lieu quand elle marchait vers le couvent et lui à ses répétitions d’orgue. Ils s’envoyaient la main et échangeaient des sourires.

«Quand je suis parti, en juin 1958, j’aurais tant voulu lui dire un dernier au revoir. Je n’ai pas pu. Irma a suivi son destin et moi le mien, mais je n’ai jamais oublié son nom.»

De retour au Québec

M. Lefebvre est retourné vivre au Québec, où il a fait carrière comme enseignant. Mme Richard est demeurée dans la région de Saint-Louis-de-Kent, où elle a élevé une famille avec son mari, un agent correctionnel nommé Gérald Richard.

En mai de cette année, un ami deM. Lefebvre et ancien collègue au Collège Saint-Louis, Jean-Marie Trépanier, lui a annoncé qu’il avait retracé Irma Richard (qu’ils connaissaient comme Irma Babineau). Il lui a donné son numéro de téléphone.

Curieux, l’enseignant à la retraite n’a pu s’empêcher de le composer. Vers 20h30, le 11 mai, il a laissé un message sur son répondeur. À 0h10, son téléphone a sonné.
«”Bonsoir”, dis-je», raconte M. Lefebvre dans une lettre détaillant l’histoire d’amour, «”bonsoir, c’est Irma. Je n’étais pas capable de dormir. Fallait que je t’appelle. Je ne t’ai jamais oublié.”»

«Je n’oublierai jamais ces quatre petites phrases. En une fraction de seconde, tous les deux, nous nous sommes retrouvés 60 ans en arrière à 17-18 ans. Mon cœur battait à tout rompre. L’humainement impensable, inespéré, inexplicable et miraculeux venait de se produire dans ma vie et la sienne.»

Le hasard du destin avait bien préparé leur renouement. M. Lefebvre et Mme Richard étaient devenus veuf et veuve au début de 2017.

Le lendemain de leur premier appel, ils se sont rappelés, parlant pendant près de 40 minutes. Elle lui a dit qu’elle avait toujours gardé une photo de lui quand il était âgé de 18 ans.

Un voyage au Nouveau-Brunswick

Ils se parlent presque chaque jour depuis, soit par téléphone, soit par appel vidéo. Au début août, M. Lefebvre a voyagé à Saint-Louis-de-Kent avec trois membres de sa famille afin de rencontrer Mme Richard.

«Je me demandais quelle allait être sa réaction. Et j’étais curieuse de savoir de quelle façon je réagirais moi-même, ça faisait 60 ans après tout. Mais quand on s’est vu, ç’a cliqué tout de suite», explique Mme Richard.

En octobre, elle lui a rendu visite, à Sherbrooke, pendant deux semaines. Mercredi, elle y retournera afin de passer le temps des Fêtes.

«C’est tellement beau. C’est rare qu’on ait d’aussi belles histoires. Ils sont vraiment en amour, je pense qu’elle va finir par déménager là-bas», a affirmé Carole Richard, la fille de Mme Richard.

Mme Richard, qui a célébré son 77e anniversaire la semaine dernière, et M. Lefebvre, qui est lui-même âgé de 77 ans, poursuivent leur relation un jour à la fois.

«C’est vrai qu’il est possible de redécouvrir et vivre l’amour même dans une jeunesse légèrement avancée. Nous en sommes témoins. Je suis habité par ce sentiment profond que notre amour vrai se rendra jusqu’en éternité», conclut M. Lefebvre.