Ambulance: le gouvernement réduit les exigences linguistiques

Le gouvernement du premier ministre Blaine Higgs élimine les exigences linguistiques pour les travailleurs paramédicaux de certaines régions de la province.

Le ministre de la Santé du Nouveau-Brunswick, Ted Flemming, a annoncé mardi qu’il allait mettre en oeuvre la décision controversée d’un arbitre en relation de travail qui semble va à l’encontre des droits des francophones selon des experts.

L’initiative doit permettre d’accorder des emplois à temps plein à plusieurs travailleurs paramédicaux unilingues.

Fredericton demande à Ambulance NB de cesser d’exiger la présence d’au moins un travailleur paramédical dans chacune de ses ambulances.

Le Nouveau-Brunswick se servira plutôt de critères élaborés par Ottawa pour juger du niveau de bilinguisme requis dans chaque région.

Ainsi, les exigences en matière de connaissance du français pour les paramédics seront réduites dans douze régions alors que les exigences en anglais seront revues à la baisse dans trois régions.

En conférence de presse, Ted Flemming a évité de répondre aux questions concernant l’apparente opposition entre ces nouvelle directives et la Loi sur les langues officielles du Nouveau-Brunswick.

«Je sais que la loi (provinciale) est différente (de la loi fédérale), mais je fais passer les soins de santé d’abord», a-t-il dit.

«Ce n’est pas une question de langue, c’est une question de sécurité.»

Selon M. Flemming, la fin des exigences linguistiques devrait contribuer à mettre fin à la pénurie de travailleurs paramédicaux et améliorer le temps de réponse des ambulances en cas d’urgence.

Les régions où le français ne sera plus aussi important pour les travailleurs paramédicaux comptent notamment de nombreuses parties de l’autoroute Transcanadienne entre Edmundston et Moncton, ainsi qu’une partie de la route 8 qui relie le nord-est du Nouveau-Brunswick à la capitale provinciale.

Ces initiatives font partie de la décision de l’arbitre en relation de travail John McEvoy qui avait déterminé qu’Ambulance NB devraient réduire son offre de services dans les deux langues afin de favoriser les travailleurs paramédicaux unilingues.

Le ministre de la Santé du Nouveau-Brunswick, Ted Flemming. Photo: Mathieu Roy-Comeau.

M. Flemming a également annoncé mardi que la demande de révision judiciaire de la décision de McEvoy irait de l’avant malgré ce qu’avait promis son chef, le premier ministre Blaine Higgs, en campagne électorale.

La demande de révision judiciaire avait été déposée en Cour du banc de la Reine par le précédent gouvernement libéral qui affirmait que la décision McEvoy était incompatible avec une ordonnance de la cour émise en 2017 pour assurer les droits des francophones dans le système ambulancier.

L’ordonnance de la cour qui a été obtenue par l’expert en droit linguistique Michel Doucet au nom de la famille Sonier de Dieppe oblige Ambulance NB à prendre une panoplie de mesures afin d’offrir un service de qualité égale les deux langues officielles.

Ted Flemming a déclaré mardi que cette ordonnance signée par un juge n’avait pas de véritable poids juridique.

«Je ne considère pas l’affaire Sonier comme de la jurisprudence. Je sais que quelqu’un pourrait être en désaccord, mais ce n’est pas de la jurisprudence.»

«Sonier, ce n’est rien», a-t-il ajouté plus tard durant la conférence de presse.

Le ministre de la Santé a indiqué qu’il ne savait pas quelle position défendraient les avocats du gouvernement lors de la révision judiciaire.

Plus tard dans la journée, un porte-parole du cabinet de la procureur générale a informé le journal que «la position du gouvernement (durant la révision) sera de soutenir que la décision McEvoy contient des erreurs d’interprétation des droits linguistiques.»

M. Flemming a prévenu qu’il irait de l’avant avec les changements annoncés mardi même si la décision McEvoy était annulée par la cour au terme de la révision.

«Si la décision (McEvoy) est annulée, ça veut seulement dire qu’elle n’existe plus. Et si c’est ce qui arrive, je n’ai pas l’intention de changer quoi que ce soit ici», a-t-il dit.

«Je suis sûr que quelqu’un va réagir à ça et va déposer une poursuite s’ils le jugent nécessaire. Mais je ne propose pas de faire quoi que ce soit de plus avant que la Cour me dise le contraire.»

Le vice-premier du Nouveau-Brunswick, ministre Robert Gauvin. Photo: Archives

Le vice-premier ministre du Nouveau-Brunswick, Robert Gauvin, a assisté à l’annonce de Ted Flemming.

Lorsqu’un journaliste lui a demandé après la conférence de presse comment il se sentait «quand on met les droits linguistiques au second rang», M. Gauvin a répondu que «ce n’est pas idéal».

«Mais je me sens mieux avec la sécurité des gens, pour l’instant. Avec la révision judiciaire, peut-être que nous devrons nous réajuster.»

Le seul député francophone du Parti progressiste-conservateur s’est dit «très heureux» de voir la révision judiciaire aller de l’avant malgré ce qu’avait promis son chef en campagne électorale.

Tout comme son collègue de la Santé, Robert Gauvin n’a pas été en mesure de dire quelle sera la position défendue par la province lors de la révision.

«En tant que francophone, je tenais à ce que la révision judiciaire aille de l’avant et elle va de l’avant et je suis très heureux pour l’instant.»