Monoxyde de carbone: des mauvais souvenirs à Saint-Léolin

Une cinquantaine de Canadiens meurent encore chaque année d’une intoxication au monoxyde de carbone, et à la venue de l’hiver, les autorités insistent sur l’importance d’installer des appareils adéquats pour détecter à notre place ce gaz inodore.

Michael Lewis, prévôt des incendies par intérim du Nouveau-Brunswick, rappelle qu’entre 2000 et 2007, on a recensé au Canada 414 décès liés à ce gaz traître, produit de la combustion d’hydrocarbures.

Kenny Clément, de Saint-Léolin, dans la Péninsule acadienne, raconte qu’à chaque panne de courant, il pense à sa soeur, Lorraine, décédée d’un empoisonnement au monoxyde de carbone il y a deux ans, lors de la crise du verglas. «Elle n’a pas senti le gaz: elle est allée chercher quelque chose dans le garage et elle n’est jamais revenue.» Deux personnes ont perdu la vie et environ 49 autres ont été hospitalisées lors de la crise du verglas à la suite d’incidents reliés à l’utilisation de génératrices.

En Colombie-Britannique, les intoxications au monoxyde de carbone ont fortement augmenté ce mois-ci, ce qui a poussé les autorités à préconiser l’installation de détecteurs. Une famille de cinq personnes de Barriere a notamment été transportée par avion à l’hôpital de Vancouver dans un état grave mais stable. Deux membres de la famille étaient inconscients lorsqu’ils ont été sortis du domicile; les appareils de détection des ambulanciers ont mesuré des niveaux élevés de gaz.

La veille, 13 personnes victimes d’une intoxication au monoxyde de carbone avaient été hospitalisées à Vancouver en raison d’une défaillance de la chaudière dans l’immeuble. En février dernier, la Gendarmerie royale du Canada déclarait qu’un chauffe-eau défectueux était à l’origine d’une accumulation de monoxyde de carbone dans un immeuble d’appartements de la région de Calgary, qui a tué un garçon de 12 ans.

La docteure Jennifer Russell, médecin hygiéniste en chef du Nouveau-Brunswick, rappelle que le monoxyde de carbone est totalement inodore et insipide, et qu’il est particulièrement dangereux si les occupants dorment, car ils ont alors du mal à remarquer les symptômes – maux de tête, faiblesse générale, vertiges, nausées, essoufflement ou confusion.

Le prévôt des incendies rappelle de son côté que les incidents se multiplient en hiver à cause de défaillances du système de chauffage ou de l’utilisation inappropriée de génératrices lors de pannes de courant.

« En moins de sept minutes, une génératrice standard de trois kilowatts installée dans un appartement bien ventilé peut amener le monoxyde de carbone à des niveaux mortels », a précisé M. Lewis. « Ces génératrices ne sont jamais sécuritaires à l’intérieur d’un garage ou de tout espace clos. Et même avec des portes de garage et des fenêtres ouvertes, la ventilation n’est pas adéquate. »

Depuis 2010, le code national du bâtiment rend obligatoire l’installation de détecteurs de monoxyde de carbone dans les nouvelles maisons, mais cette norme ne s’applique pas aux maisons plus anciennes.

Mais M. Lewis rappelle que pour 25 $ à 70 $, on peut sauver une vie. « Tout type d’appareils de chauffage (alimentés par des) combustibles dégage du monoxyde de carbone, notamment le bois, le mazout, le gaz naturel, le propane, le charbon et le diesel. »

Mercredi, la plateforme de location de logements Airbnb a souhaité que davantage de ses immeubles locatifs soient munis de détecteurs de fumée et de monoxyde de carbone. La société installée à San Francisco préviendra dorénavant ses clients si le logement offert en ligne n’est pas muni d’un détecteur de fumée ou de monoxyde de carbone.