Nouvel aréna de Saint-Arthur: Fredericton retire son financement

Le gouvernement provincial fait marche arrière et se retire du projet reconstruction de l’aréna de Saint-Arthur, a appris l’Acadie Nouvelle.

Alors que l’on célébrait en grandes pompes récemment l’ouverture du nouvel aréna de Richibuctou, plus au nord, à Saint-Arthur, il faudra visiblement se faire à l’idée: l’aréna n’est pas près d’être reconstruit.

Le gouvernement provincial vient en effet de retirer le financement qu’il avait mis de côté pour ce projet, soit un montant estimé à environ 1,6 million $. L’annulation de l’approbation provinciale a été émise le 5 novembre, soit trois jours après le renversement du gouvernement libéral et quatre avant l’arrivée au pouvoir des conservateurs. L’information a été confirmée par la Société de développement régional (SDR).

Le 21 mars, cela fera cinq ans que l’aréna a croulé sous les flammes à la suite de l’explosion d’un réservoir de propane. Depuis ce temps, la communauté de Saint-Arthur et des environs a déployé énormément d’efforts pour remettre sur pieds cette structure. À vrai dire, une partie des travaux a déjà effectué. Grâce à l’argent des assurances, d’un fonds de développement communautaire et de dons provenant de la collectivité, environ 2,4 millions $ ont déjà été engagés dans la construction de la coquille du bâtiment.

En accélérant le processus de reconstruction, on espérait que les gouvernements sautent à bord du projet pour régler les quelque 4,6 millions manquants. Le député provincial de Restigouche-Ouest, le libéral Gilles LePage, confirme que son gouvernement avait mis de côté sa part du financement. Ça, toutefois, c’était avant que son parti ne soit évincé du pouvoir.

En entrevue, ce dernier n’a pas caché sa surprise d’apprendre que le projet n’était plus dans les plans immédiats de la SDR.

«Encore la semaine dernière j’en ai parlé avec la ministre responsable (Andrea Anderson-Mason) et il n’a jamais été question que le projet ne cadrait plus dans les plans. Il était en réévaluation, mais il n’était pas mort et je vais continuer de pousser pour qu’il se réalise. Les fonds n’ont pas encore été relocalisés à d’autres projets puisque tout est sur la glace d’ici le dépôt du budget de la SDR, alors j’ai encore espoir de le voir revenir sur la table», dit le député.

Trop peu trop tard?

Du côté fédéral, l’éligibilité du projet à certains programmes d’infrastructure a longtemps été remise en question. C’est ce qui a tardé la reconstruction au cours des dernières années.

Accusé par plusieurs de ne pas avoir su livrer la marchandise, le député fédéral de Madawaska-Restigouche, René Arseneault, affirme au contraire que la reconstruction de l’aréna de Saint-Arthur a toujours fait partie de ses priorités.

«J’ai personnellement poussé pour l’ajout d’une exception dans le Fonds pour les petites collectivités afin qu’on réponde aux besoins des communautés de 5000 personnes et moins, car celles-ci étaient nettement désavantagées comparativement aux grands centres. Et j’ai eu gain de cause», explique le député.

Les nouveaux critères font en sorte que le fédéral aurait fournie non plus 33% du financement, mais bien jusqu’à 60% des fonds pour la reconstruction de l’aréna. Le projet avait d’ailleurs été approuvé depuis peu par Ottawa.

«L’aréna cadrait dans le programme. Désormais, c’est dans la cour à Blaines Higgs. Ça serait du jamais vu ici de voir un gouvernement reculer alors que son partenaire fédéral a accepté. Habituellement, on respecte les ententes», nous confiait d’ailleurs le député en début de semaine, avant de savoir que le provincial lui avait justement fait faux-bond.

Selon la nouvelle formule proposée, la portion fédérale pour la reconstruction serait d’environ 2,8 millions $.

«Sous le choc»

Le maire d’Atholville, Michel Soucy, a toujours cru dans la reconstruction de l’aréna de Saint-Arthur, tant dans sa faisabilité et sa viabilité. Cet optimisme a toutefois fléchi quelque peu jeudi matin lorsqu’il fut mis au courant de l’annulation de l’approbation provinciale.

«Je savais que le projet avait reçu récemment un drapeau rouge des fonctionnaires, mais j’ignorais qu’une décision avait été prise. Ce n’est vraiment pas la nouvelle à laquelle on s’attendait. Je suis sous le choc. C’est vraiment décevant pour la communauté», a-t-il confié à l’Acadie Nouvelle, lui qui misait beaucoup sur les récents développements à Ottawa pour enfin débloquer le dossier.

À savoir ce qu’il adviendra de l’édifice actuel, M. Soucy préfère ne pas spéculer, précisant que la municipalité n’est pas propriétaire des lieux.

Discorde régionale

Si plusieurs rêvent de voir l’aréna de Saint-Arthur renaître de ses cendres, d’autres estiment que la région devrait au contraire tourner la page. C’est le cas des deux villes voisines, Campbellton et Dalhousie, deux villes qui possèdent chacune leur aréna.

Dans une lettre envoyée à l’ex-premier ministre Brian Gallant en août durant la campagne électorale, les maires de ces deux communautés ont jeté du sable dans l’engrenage du projet de reconstruction de l’aréna de Saint-Arthur. Ils y exprimaient leurs inquiétudes face à la possibilité de voir le gouvernement provincial investir dans ce dernier. Ils faisaient valoir que leurs infrastructures – le Centre civique et le Palais des glaces (donc un total de trois surfaces de glaces intérieures) – suffisent amplement au besoin de la communauté.

Ils demandaient du coup une rencontre avec le premier ministre afin de discuter de ce dossier. Quel impact a eu cette lettre? La question demeure.

«Si on regarde la situation, on a encore beaucoup des temps de glace de disponibles à Campbellton et Dalhousie. Aucun de nos arénas ne fonctionne à plein régime. À quoi bon en ajouter un troisième?», a expliqué en entrevue le maire de Dalhousie, Normand Pelletier, qui dit toutefois comprendre la situation de son voisin.

«Je comprends que c’est important pour la communauté du grand Atholville, que ce n’est pas plaisant de perdre une infrastructure de cette envergure. Et je suis bien placé pour en parler, car on a perdu beaucoup ici. Cela dit, il faut regarder la situation dans son ensemble. Je crois qu’on devrait se concentrer sur des projets plus viables pour notre région», ajoute-t-il.

Au courant de l’intervention politique des deux villes restigouchoises, le maire d’Atholville dit déplorer l’ingérence de Campbellton et Dalhousie dans un dossier de développement communautaire et économique d’une municipalité voisine.