Gaz de schiste: l’industrie pétrolière réagit

L’industrie pétrolière du Québec réagit aux «campagnes de désinformation» menées par les opposants aux gaz de schiste.

L’industrie pétrolière du Québec n’y va pas par quatre chemins. Tout récemment, l’Association pétrolière et gazière du Québec (APGQ) a publié un communiqué titré La fracturation hydraulique n’est pas dangereuse pour la santé.

Le communiqué a été publié en réaction à une tournée, dans l’est de la province, de l’Association canadienne des médecins pour l’environnement. Tournée au cours de laquelle, le docteur Éric Notebaert a dénoncé les risques pour l’environnement et la santé.

L’APGQ laisse entendre que les opposants à la fracturation hydraulique approchent la question de façon malhonnête.

«Ce que l’on voit ici, ce sont des gens qui ont décidé à l’avance que la fracturation est dangereuse et qui s’appuient sur des études secondaires pour l’affirmer», affirme le porte-parole, Éric Tetrault.

L’industrie pétrolière avance qu’en affirmant que «la production de gaz naturel est nocive pour la santé» les opposants nient le résultat de 134 études effectuées par ou pour le gouvernement du Québec. Elle ajoute que son point de vue est appuyé par l’Étude environnementale stratégique (EES) du ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques du Québec, ainsi que les conclusions de l’Environmental Protection Agency (EPA) des États-Unis.

«Le gouvernement du Québec et l’EPA sont les références. Jamais ces organismes publics ne cacheraient les risques pour la santé. Si certains refusent toujours de le croire, nous les invitons à nous montrer leurs études et nous y répondrons avec plaisir», mentionne M. Tetrault dans son communiqué publié juste avant Noël.

L’APGQ ajoute qu’en dépendant entièrement des produits pétroliers importés de l’extérieur de la province, le Québec émet 330% plus de gaz à effet de serre.

Des possibilités réelles de contamination

L’Acadie Nouvelle s’est penchée sur le rapport de l’EES, publié en janvier 2014, ainsi que sur un rapport de l’EPA traitant de la fracturation hydraulique et de l’eau potable, rendu public en novembre 2018.

Les deux affirment que la fracturation hydraulique pose un risque à l’eau potable.

«Les possibilités de contamination des eaux souterraines et de surface sont réelles. De telles contaminations sont survenues à la suite d’accidents au moment de la fracturation avec le rejet des boues et des produits de fracturation, lors d’une fuite de gaz due à la défaillance des infrastructures et pendant les opérations normales», peut-on lire dans le rapport québécois.

«Les impacts identifiés ont généralement eu lieu près des puits de gaz et de pétrole extraits par fracturation hydraulique. Ils varient en importance, allant d’un changement temporaire dans la qualité de l’eau à la contamination rendant des puits privés d’eau potable inutilisable», mentionne le rapport de l’agence américaine.

L’EPA ajoute que les risques sont plus élevés là où l’accès à l’eau est limité et dans les cas où il y a des erreurs humaines liées à l’exploitation. Elle mentionne aussi que des manques de données rendent difficile la tâche d’évaluer avec certitude les risques à l’eau potable.

L’organisme américain et les auteurs de l’étude québécoise ne suggèrent pas un moratoire sur la fracturation hydraulique, mais recommandent l’implantation de règles et de normes pour limiter les risques.

«L’encadrement de l’industrie et le resserrement de la législation et des mesures d’urgence et de surveillance s’avèrent des moyens efficaces de prévention et d’atténuation des accidents environnementaux», affirme-t-on dans le rapport de l’EEA.

L’Acadie Nouvelle a tenté d’obtenir la réaction de l’APGQ, mercredi, mais au moment de mettre sous presse, aucune réponse ne nous était parvenue.

1300 études qui les contredisent

Denise Melanson, porte-parole de l’Alliance anti-gaz de schiste du Nouveau-Brunswick, rappelle que si les porte-paroles de l’industrie du pétrole du Québec se vantent d’avoir 134 études qui les appuient, son équipe en a plus de 1300 qui les contredisent.

«C’est la propagande de l’industrie, mais ce n’est pas fondé dans les faits. Lorsqu’on fait des études sur la santé, on trouve que si on a le malheur de vivre près d’une exploitation de gaz de schiste, on a beaucoup plus de chance d’être malade que si on vit ailleurs. On voit des problèmes chez les personnes asthmatiques, chez les bébés naissants et au niveau des problèmes cardiaques.»

Mme Melanson voit 2019 d’un bon oeil. Elle croit que, malgré les discours du gouvernement progressiste-conservateur voulant que la fracturation hydraulique sera permise dans les régions où les citoyens le veulent, il n’y a pas de chance réelle que le moratoire sera levé.

«Je suis peut-être folle, mais j’ai l’impression que cette affaire-là ne va pas marcher. J’ai l’impression qu’on rêve en couleurs. J’ai l’impression que la population ne va pas le permettre: il n’y a personne qui veut ça dans sa communauté.»