Ottawa torpille la visite d’un groupe de nageurs colombiens au Restigouche

Un chirurgien d’origine colombienne tente – non sans difficultés – de faire venir au Restigouche une douzaine de jeunes nageurs de son pays d’origine dans le cadre d’un stage de perfectionnement. L’aventure s’avère toutefois plus compliquée que prévu.

Le Club de natation Aquatika, de Campbellton, est passé bien près d’accueillir, l’automne dernier, une douzaine de jeunes nageurs de Santeder de Quilichao, un petit village situé dans un secteur peu fortuné du sud de la Colombie, en Amérique du Sud.

Ces jeunes nageurs, âgés de 14 à 17 ans, font partie du club Orcas. Ils ont été invités à venir au Canada pour une durée de deux semaines, question de parfaire leur entraînement.

Ces jeunes athlètes colombiens nagent dans une piscine extérieure beaucoup plus petite que celle du Centre civique, toujours bondée de monde et qui n’est pas très bien entretenue.

«Malgré cela, tous les jours ils se présentent à l’entraînement et accomplis­sent de petits miracles en terme de performance», explique le Dr Emmanuel Rozental.

Chirurgien suppléant à Campbellton depuis plus d’une quinzaine d’années, le Dr Rozental fait régulièrement la navette entre la Colombie et le Canada. Lors de ses visites dans la région, il fréquente assidûment la piscine du Centre civique de Campbellton, d’où lui est venue l’idée de ce jumelage.

S’il s’agit avant tout d’un projet sportif lié à l’entraînement, M. Rozental veut également en faire un lieu d’échange culturel, social et humain. En fait, il veut contribuer à la création de liens entre les nageurs des deux pays et ainsi bâtir des ponts entre son ancienne patrie et cette région du Nouveau-Brunswick qu’il considère pratiquement comme sa seconde demeure.

Accueil positif

Son idée de jumeler les deux clubs de natation a reçu un accueil très positif au Restigouche. Plusieurs familles se sont même offertes pour loger et nourrir les athlètes durant leur séjour, réduisant ainsi de beaucoup les dépenses.

Alexandre Savoie est l’entraîneur du club Aquatika. Il voit les bénéfices réciproques d’une telle aventure. D’abord, des conditions de nage optimisées et un entraînement différent pour les jeunes colombiens. Puis pour les jeunes du Restigouche, une chance de s’ouvrir sur le monde.

«Pour moi, ce serait un très beau défi que d’accueillir ces athlètes et certainement une grande source de motivation pour nos nageurs. L’idée c’est de donner à tous ces jeunes l’occasion de se rencontrer afin de voir et de vivre quelque chose de différent. Tout ça avec, en toile de fond, leur passion commune qu’est la natation», exprime-t-il.

La communauté restigouchoise s’est ralliée au projet, des fonds ont été amassés, et ce, tant par des particuliers que par des clubs sociaux.

Uniquement en transport, on parle ici d’une aventure de plusieurs milliers de dollars, un rêve autrement impensable pour les jeunes nageurs colombiens considérant la pauvreté de leur région.

En eaux troubles

Mais voilà, le projet se bute à un obstacle de taille: l’immigration canadienne.

Les procédures allaient pourtant bon train, le projet est passé près de se concrétiser en septembre, mais pour des raisons administratives – et en dépit d’une invitation formelle du club Aquatika –, les jeunes nageurs et leurs accompagnateurs adultes se sont vus refuser leur visa d’entrée au pays.

Dans sa réponse, l’ambassade canadienne de Colombie dit craindre que les jeunes décident de rester au pays à l’expiration de leur séjour.

La nouvelle a eu l’effet d’une douche froide pour le chirurgien.

«Ç’a été un choc pour moi, mais surtout pour les enfants qui étaient vraiment très enthousiasmés par cette aventure. Ils ont tellement travaillé fort pour récolter des fonds aussi de leur côté. Ils étaient dévastés d’apprendre la nouvelle du refus des visas de séjour», raconte M. Rozental.

Pour ce qui est des raisons évoquées pour justifier le refus, ce dernier estime qu’elles n’ont aucun sens.

«Quels parents laisseraient partir leur enfant comme ça en courant le risque de ne plus jamais les revoir? Je ne comprends pas pourquoi l’ambassade canadienne a été si stricte. Ces jeunes ne sont en rien une menace. J’espère qu’elle révisera sa position, car c’est tellement une belle expérience qui n’a rien à voir avec la politique, l’immigration ou quoi que ce soit d’autre. Ils veulent venir ici nager, un point c’est tout», dit le docteur.

Une deuxième demande de visas

Malgré ce premier échec, le projet n’est pas noyé pour autant.

Le Dr Rozental et le club de natation – toujours avec l’appui d’organisations et de nombreux citoyens de la région – continuent leurs efforts pour faire venir les jeunes athlètes colombiens au Restigouche.

Le processus pour une seconde demande de visa est en cours, un processus coûteux, soit environ 250$ par personne. Pour des gens déjà peu fortunés, il s’agit d’une somme considérable. Le Club Rotary de Campbellton a d’ailleurs déjà pris l’engagement de défrayer le montant des nouvelles demandes.

«On travaille vraiment fort pour que ce projet se concrétise le plus rapidement possible», explique Alexandre Savoie.

«On a fait des démarches auprès de nos députés afin de voir comment est-ce qu’on pourrait renforcir notre demande, nous assurer que la prochaine fois sera la bonne et que la candidature des jeunes sera suffisamment solide. On ne voudrait pas que la situation se répète», dit-il.

Des lettres d’appuis au projet provenant des municipalités environnantes ont également été greffées à la demande.

Pour sa part, le Dr Rozental se croise les doigts pour que cette fois soit la bonne.

«On aimerait vraiment pouvoir aller de l’avant dès ce printemps», souhaite-t-il.