La démolition de l’église a débuté à Bas-Caraquet

Deux mois après l’annonce initiale, la démolition de l’église Saint-Paul de Bas-Caraquet a débuté mardi, en début d’après-midi. Plusieurs citoyens se sont regroupés pour assister à la scène, qui marque à la fois la fin d’une époque et d’un combat pour sauvegarder ce qui restait de l’édifice, incendié en juin 2018.

Yvon LeBouthillier regarde le flanc gauche affaissé de l’église, tombé sous la pelle d’une excavatrice. Les yeux rivés sur les ruines, il assiste à ce qui devait inévitablement arriver, selon lui. «Les assurances couvraient les coûts de la démolition. Ça coûtait beaucoup trop cher de garder la structure en place», estime-t-il.

Le résidant de Caraquet qui aimait bien assister à la messe à Bas-Caraquet. Pour lui, l’important est avant tout d’obtenir un nouveau lieu de culte pour les fidèles. «Avoir un lieu pour se rassembler, c’est ça l’important. On va pouvoir se retrouver dans un nouvel endroit pour se rassembler.»

Selon lui, la démolition ne pouvait pas attendre au printemps. «De mon point de vue, plus vite elle sera démolie, plus vite nous en aurons une nouvelle.»

Ce sont les assurances qui couvrent les coûts de la démolition. La construction d’une église plus modeste – environ 200 places – assortie d’un centre communautaire sera aussi financée grâce aux sommes versées par les assureurs. On parle d’un montant de 2,5 millions $.

Un résidant de Bas-Caraquet, qui désire garder l’anonymat, était un peu plus triste devant les restes de l’église. «C’est sur que ça nous fait un petit pincement au cœur de voir ça. C’est une grande partie de l’histoire du village qui s’envole, ici», déplore-t-il.

Une autre résidente du village abondait dans le même sens. «C’est toute une partie du patrimoine qui s’envole; une page de notre village qui s’efface. C’est triste. On y garde plusieurs souvenirs», a-t-elle exprimé à l’Acadie Nouvelle.

Isabelle Thériault, députée de Caraquet, a aussi réagi à la démolition de l’église sur les réseaux sociaux. «Perte immense pour l’Acadie. Mes pensées sont avec les gens de Bas-Caraquet et des environs qui perdent un lieu de rassemblement important, le cœur du village depuis plus d’un siècle», peut-on y lire.

L’un des responsables du Comité de sauvegarde, le Dr Gilbert Blanchard, n’a pas mâché ses mots sur les médias sociaux.

«Triste journée pour notre comité ainsi que pour ceux et celles qui nous ont soutenus depuis toutes ces années et qui ont cru à la sauvegarde de cet extraordinaire patrimoine. J’ai honte de ma religion. J’ai honte de mon évêque et de ceux et celles qui l’ont soutenu dans cette démarche ultime de démolition sans considérer d’autres options. Je ne regrette rien seulement d’avoir eu quelqu’un comme lui d’aussi machiavélique sur notre route.»

Selon nos informations, la démolition devait débuter mercredi, mais le travail a été devancé en raison du mauvais temps.

Les cloches de l’église ont été retirées mardi matin afin de les préserver. Plusieurs autres objets liturgiques, qui avaient été récupérés dans les décombres encore fumantes de l’église, auront aussi une nouvelle vie.

Une surprise

La démolition, qui devrait prendre environ deux semaines, semble avoir pris de court plusieurs intervenants impliqués dans le dossier. Dimanche, Mirila Boucher, présidente du comité de gestion de la paroisse Saint-Paul, avait tenté de calmer les esprits en affirmant au journal que «la démolition des ruines n’ira pas de l’avant dans l’immédiat».

«Avant de procéder avec la démolition, on est censé nous consulter. Je peux vous dire que personne ne nous a appelés à ce sujet pour le moment. Il n’y a rien de confirmé», avait-elle affirmé.

Mme Boucher croyait que la présence de l’excavatrice s’expliquait par le fait que le ministère de l’Environnement et des Gouvernements locaux du Nouveau-Brunswick devait vérifier si le terrain de l’église a été contaminé durant l’incendie.

Nous avons tenté, sans succès, de joindre Mme Boucher mardi.