LGBTQ+: une députée veut interdire la «thérapie de conversion»

Une députée du Parti vert veut interdire les thérapies qui visent à «transformer» ou à «soigner» les membres de la communauté LGBTQ+.

Megan Mitton a l’intention de déposer une motion à l’Assemblée législative du Nouveau-Brunswick pour que les élus demandent au gouvernement de bannir la «thérapie de conversion».

L’élue de Memramcook-Tantramar veut aussi que Fredericton empêche l’aiguillage des individus vers ce genre de thérapie à l’extérieur de la province.

Mme Mitton souhaite aussi que le gouvernement proscrive l’utilisation de fonds publics pour donner accès ou soutenir la thérapie de conversion au Nouveau-Brunswick ou ailleurs.

«L’idée que faire partie de la communauté LGBTQ+ ce n’est pas correct et que ce n’est pas la bonne façon d’être, cela a des conséquences sur la santé mentale des gens», déclare la députée.

La thérapie de conversion, aussi appelée «thérapie réparatrice», vise à changer l’orientation sexuelle d’une personne pour la rendre hétérosexuelle.

Selon la Société canadienne de psychologie, «la recherche scientifique nie l’efficacité» de ce genre de thérapie qui peut «entraîner des résultats négatifs, comme la détresse, l’anxiété et la dépression».

La Société canadienne de pédiatrie affirme que la thérapie de conversion «est contraire à l’éthique» et que les médecins ne devraient pas offrir ce genre de thérapie ou orienter leurs patients vers celle-ci.

En 2015, l’Ontario a adopté une loi pour interdire la thérapie de conversion chez les enfants et exclure cette pratique du régime de l’assurance-maladie. L’an dernier, la Nouvelle-Écosse s’est dotée d’une loi similaire et une motion en ce sens a été adoptée par les députés de l’Île-du-Prince-Édouard.

Pas toujours pratiquée au grand jour

Charles MacDougall de l’organisme Rivière de la fierté du Grand Moncton se réjouit de voir cette question apparaître dans l’espace public au Nouveau-Brunswick grâce à la motion de Megan Mitton.

«Non seulement (la thérapie de conversion) ne fonctionne pas, mais on donne à ces gens qui sont vulnérables des propos qui sont dangereux et qui pourraient les blesser», affirme-t-il.

Souvent effectuée pour des motifs religieux, la thérapie de conversion existe bel et bien dans la province même si elle n’est pas toujours pratiquée au grand jour, assure M. MacDougall.

«Ça se fait beaucoup dans l’ombre et ce n’est pas souvent que les gens vont vouloir en parler, mais ça se passe au Nouveau-Brunswick.»

Une question qui n’a pas encore été débattue

Le Collège des médecins et des chirurgiens du Nouveau-Brunswick n’a pas de politique particulière en matière de thérapie de conversion.

«Ce n’est jamais une question qui est soulevée chez nous», indique le registraire du collège, Dr Ed Schollenberg.

«Toutefois, nous nous attendons à ce que les médecins suivent les approches qui sont générales acceptées. Puisque ceci n’en est pas une, on le décourageait si on nous posait la question.»

Le Collège des psychologues du Nouveau-Brunswick souscrit à la directive de la Société canadienne de psychologie en ce qui concerne la thérapie de conversion. Un psychologue qui offre ce genre de thérapies pourrait s’exposer à des sanctions, selon le registraire du collège, Dr Jacques Richard.

La motion de l’Assemblée législative pourrait d’ailleurs «faciliter (la) capacité» du collège à «exercer des sanctions», dit-il.

Toutefois, «à notre connaissance, aucun psychologue au Nouveau-Brunswick ne pratique ce genre de thérapie.»

Des sanctions

Le leader parlementaire du gouvernement, Glen Savoie, a indiqué que les progressistes-conservateurs seraient libres de voter comme ils le souhaitent sur cette question puisqu’il ne s’agit pas d’un vote de confiance ou d’un élément de leur plateforme électorale.

Le président du caucus du Parti libéral, Jean-Claude D’Amours, a confié que la question n’avait pas encore été débattue à l’interne par les députés, mais que ce genre de thérapie n’était «absolument pas» dans les valeurs du parti.

Le chef de l’Alliance des gens, Kris Austin, a indiqué que son parti voterait pour la motion de Megan Mitton.

Puisque le Parti vert ne détient que trois sièges à l’Assemblée législative, le temps qui est alloué au débat sur ses motions et ses projets de loi est très limité. Plusieurs mois pourraient donc s’écouler après la reprise des travaux en mars avant que la motion ne soit soumise à un vote.