Bathurst veut plus de nouveaux arrivants

Les nombreux efforts entrepris par la Ville de Bathurst, au cours des dernières années, pour redynamiser la vie communautaire et l’économie auront une portée minime si la municipalité ne parvient pas à trouver une solution permanente à ses problèmes démographiques, estime le maire Paolo Fongemie. Il espère attirer davantage de nouveaux arrivants dans la région.

De 2011 à 2016, la population de Bathurst est passée de 12 275 à 11 897 personnes. Depuis quelques années, afin de renverser cette tendance, le conseil municipal multiplie les initiatives pour rendre l’endroit plus attirant pour les familles, que ce soit pour des gens originaires de la région qui voudraient y revenir ou pour de nouveaux arrivants.

En plus d’être maire, Paolo Fongemie est aussi directeur du Collège communautaire du Nouveau-Brunswick, campus de Bathurst. Son double chapeau lui permet de connaître de nombreux entrepreneurs de la région Chaleur. Ceux-ci n’hésitent pas à lui parler de leurs défis actuels et futurs.

«J’entends souvent parler que les entreprises n’ont pas de succession. Elles ont besoin de relève. Il y a aussi des entreprises qui connaissent des défis au niveau de recrutement d’employés de première ligne», dit-il.

D’autres projets de développement, comme celui de Maritime Iron à Belledune, promettent de créer jusqu’à 1000 emplois durant la phase de construction.

«Où vont-ils trouver 1000 employés? Même si on rapatrie l’ensemble du monde de Bathurst qui travaille dans l’Ouest, je ne pense pas qu’on aura 1000 personnes. Il nous faut une croissance démographique.»

Un bon taux de rétention

Le conseil municipal de Bathurst entend travailler de près avec le gouvernement provincial pour qu’il développe une stratégie précise sur la croissance démographique dans le nord de la province.

«On dirait qu’en ce moment, le gouvernement se concentre principalement sur les grands centres plutôt que sur nos régions.»

Le conseil municipal travaille à l’élaboration d’un nouvel arrêté pour inciter plus de gens, y compris des nouveaux arrivants, à s’installer à Bathurst.

«Bathurst est déjà bonne dans ce qu’elle fait. On a un bon taux de rétention des nouveaux arrivants. Parmi ceux qui sont arrivés il y a 3 ans, 96% sont encore ici. Le problème c’est qu’on n’a pas le volume. Pour moi, l’enjeu le plus important est la croissance de la population et l’immigration.»

Chaque année, plus d’une trentaine de personnes et de familles choisissent de s’installer dans la région Chaleur.

Stratégie provinciale de croissance démographique

À Fredericton, Trevor Holder, nouveau ministre de l’Éducation postsecondaire, de la Formation et du Travail, souligne que son ministère travaille à l’élaboration d’une nouvelle stratégie de croissance démographique. La version la plus récente de la stratégie a été mise en place en 2014.

«Au cours des prochaines semaines, je rencontrerai les divers partenaires de la communauté impliqués dans la croissance démographique et l’immigration pour savoir comment nous pouvons travailler ensemble pour renforcer les bases de la croissance démographique et économique du Nouveau-Brunswick.»

De Marseilles à Bathurst

Antoine Attard figure parmi les histoires de réussite du programme La Ruche.

L’entrepreneur originaire de Marseilles, en France, est propriétaire de Pizza 13. La pizzeria est située au centre-ville de Bathurst et partage ses locaux avec la brasserie Au Bootlegger, qui est à son tour dirigé par Katherine Lanteigne, Éric Boudreau et Michael Petrovici, trois jeunes entrepreneurs.

«À la base, je suis venu au Canada pour monter mon entreprise. Je suis quelqu’un qui aime relever les défis et pourquoi monter quelque chose là où y a déjà tout, comme dans une plus grande ville? Pourquoi ne pas redynamiser une région qui a besoin de personnes et de nouveaux entrepreneurs? De plus, je viens de Marseilles, où il y a la mer, et moi, il me faut toujours une vue sur la mer.»

Antoine Attard reconnaît que c’est sa rencontre initiale avec Kim Chamberlain, lors d’un salon d’immigration à Paris, qui l’a incité à venir découvrir le Nouveau-Brunswick.

«Kim a fait la différence. Elle nous a parlé amoureusement et honnêtement de sa région. De plus, elle nous a décrit tout ce que ça pouvait représenter de vivre dans une petite région. Kim Chamberlain a été franche avec nous.»

Le Marseillais est bien heureux de participer, à sa façon, au renouvellement du centre-ville de Bathurst.

«Quand je vois des gens comme Michael Petrovici, Katherine Lanteigne, Éric Boudreau, Kim Chamberlain et Paolo Fongemie se battre tous les jours pour redynamiser le centre-ville et la région Chaleur, ça me fait plaisir de faire ça avec eux plutôt que de me trouver dans une grande ville où je ne connaîtrais même pas mon voisin ou qui fait quoi à la mairie.»

Des candidats éduqués et en bonne santé financière

Kim Chamberlain est responsable de La Ruche, un programme de mentorat pour les entrepreneurs immigrés. En quelques années seulement, le programme a mené à la création d’une trentaine de nouvelles entreprises dirigées par des nouveaux arrivants dans le nord-est de la province.

Mme Chamberlain prévoit que plusieurs autres s’ajouteront à la liste. Chaque année, elle travaille de près avec des candidats à l’immigration qui envisagent de devenir entrepreneurs dans la région Chaleur.

Si, au départ, les démarches visaient surtout à recruter de nouveaux arrivants francophones, l’automne dernier, Mme Chamberlain s’est déplacée aux Émirats Arabes Unis et en Égypte pour rencontrer de potentiels immigrants anglophones.

«On m’a invité à présenter ce que nous avons à offrir dans le nord de la province. C’était la première fois que j’allais du côté anglophone. Normalement, j’étais en France, en Suisse et je suis aussi allée au Maroc.»

Avant de déposer leurs valises de façon permanente au Nouveau-Brunswick, les immigrants doivent répondre à une longue liste de critères.

«Souvent, les gens vont dire que les nouveaux arrivants viennent prendre nos emplois. (…) Les gens avec qui je travaille sont des gens éduqués et en bonne santé financière. Pour les faire venir ici, c’est un très long processus qui peut prendre jusqu’à trois ans.»

Avant de choisir le Nouveau-Brunswick, les potentiels immigrants sont encouragés à venir faire une visite exploratoire de 7 à 10 jours. L’an dernier, une soixantaine de personnes ont effectué des visites exploratoires à Bathurst.