Bilinguisme: une idée du maire Simard fait son chemin

L’idée du maire d’Edmundston de créer une commission sur l’éducation et le bilinguisme au Nouveau-Brunswick fait son chemin à Fredericton.

Cyrille Simard a rencontré jeudi le ministre de l’Éducation et du Développement de la petite enfance, Dominic Cardy, et ses deux sous-ministres, pour discuter de sa proposition pour faire avancer le bilinguisme dans la province.

M. Simard s’était d’abord tourné vers Twitter le 1er janvier pour proposer la création d’une «commission stratégique» sur l’éducation et le bilinguisme à l’occasion du 50e anniversaire du bilinguisme officiel dans la province.

«Comment peut-on mettre en branle une démarche publique qui touche le bilinguisme et l’éducation de façon stratégique (…) pour faire en sorte que dans 20 ans nous puissions nous s’installer et dire que nous avons fait des progrès substantiels parce que nous avons posé des gestes structurants qui ont réglé une partie des problèmes que l’on rencontre sur une base régulière et récurrente dans notre province?», explique-t-il en entrevue.

À son avis, il serait possible de se servir du système d’éducation, mais aussi de l’éducation dans son sens large, pour avoir plus de citoyens bilingues, plus de mobilité et de partage entre les communautés, plus d’entreprises qui réussissent à cause du bilinguisme et «plus de paix sociale».

«Les francophones ne déménageront pas à l’extérieur et les anglophones non plus. C’est donc la question du vivre ensemble et de la paix sociale», résume Cyrille Simard.

Même s’il admet qu’il s’agit d’un sujet sensible qui n’est pas à l’abri des dérapages, M. Simard croit que ce n’est pas une raison suffisante pour glisser la question sous le tapis.

«Après 50 ans, j’espère que nous avons suffisamment d’acquis pour pouvoir aborder la question avec un regard neuf en 2019. On ne peut pas faire la promotion de la stagnation.»

«Je ne m’attends pas à ce que nous remettions en cause les droits linguistiques. Pour moi, ce sont des assises fondamentales sur lesquelles il faut bâtir.»

Projet de société

Dominic Cardy avait déjà commencé à travailler sur un concept similaire lorsqu’il a aperçu la proposition du maire d’Edmundston. Le ministre de l’Éducation n’a donc pas hésité à saisir l’occasion.

«C’est clair pour moi que l’une des choses dont il faut vraiment s’occuper dans le système d’éducation, c’est le fait qu’il y a encore des divisions linguistiques et culturelles dans la province», avance M. Cardy.

«On a vu les résultats des élections, c’est très clair. Et on ne gagne rien si on ne discute pas des choses difficiles.»

Si les contours de la commission stratégique sur l’éducation et le bilinguisme sont encore loin d’avoir été définis, MM. Cardy et Simard s’entendent tous les deux pour dire qu’elle devrait être différente des commissions qui se content de parler à des experts avant de produire un long rapport qui se retrouvera sur une tablette.

Les deux hommes misent notamment beaucoup sur la participation des citoyens.

«À mon avis, ce dont on a besoin c’est d’un projet de société sur le système d’éducation, explique Dominic Cardy. Comment allons-nous utiliser le système d’éducation pour créer le Nouveau-Brunswick que nous voulons pour les décennies qui arrivent.»

«Si nous n’arrivons pas à avoir un système d’éducation qui réussit à bien former nos enfants dans les deux langues dans un niveau que nous pouvons communiquer l’un à l’autre (…) comment est-ce que nous allons faire (pour y arriver)?»

Le ministre de l’Éducation assure lui aussi que l’objectif n’est pas de remettre en question les acquis de la minorité francophone.

«Je veux dire très clairement à la communauté francophone que ses droits ne sont pas menacés avec cet exercice. Si c’était le cas, je ne participerais pas au programme.»

D’autres partis intéressés

Le Parti libéral et le Parti vert sont tous les deux ouverts à l’idée de Cyrille Simard malgré le stade très préliminaire des discussions.

«Nous sommes favorables aux propositions du maire Simard et à n’importe quelle initiative qui peut vraiment mener à une meilleure réalisation du bilinguisme et de l’application de la Loi sur les langues officielles», assure le député libéral Robert McKee.

Le chef du Parti vert, David Coon, voit d’un bon oeil la proposition et l’imagine déjà d’une façon plus concise.

«À la fin, le but d’une commission comme ça, ça doit être de faire des recommandations pour augmenter la proportion de gens au Nouveau-Brunswick qui parlent les deux langues officielles», dit-il.

Le leader de l’Alliance des gens, Kris Austin, a quant à lui indiqué à CBC que le Nouveau-Brunswick n’avait pas besoin d’une commission sur le bilinguisme et l’éducation.

«Honnêtement, je pense que toute cette affaire de langue c’est beaucoup de problèmes inventés qui n’existent pas», a-t-il dit.

Les propos de M. Austin sont «surprenants», selon Cyrille Simard, puisque que l’Alliance «existe à bien des égards parce qu’il y a des défis et des problèmes à relever».

«C’est étonnant de voir un chef de parti dire que la raison pour laquelle son parti existe n’existe pas.»