Mort de Michel Vienneau: les deux policiers convoqués devant un arbitre

L’audience d’arbitrage des policiers Mathieu Boudreau et Patrick Bulger, impliqués dans la mort de Michel Vienneau le 12 janvier 2015 à la gare de Bathurst, se déroulera du 25 au 29 mars, devant le médiateur Joël Michaud.

La Commission de police du Nouveau-Brunswick étudiera le comportement des deux agents de la Force de police de Bathurst lors de ce jour fatidique. Elle cherchera à établir si la preuve est suffisante pour déterminer un «bris au code de conduite» à la suite de leurs agissements avant, pendant et après l’intervention qui a coûté la vie de l’homme d’affaires de Tracadie âgé de 51 ans.

L’audience d’arbitrage se déroulera à Bathurst et est ouverte au public, selon le code de déontologie professionnelle de la Loi sur la police. Tous les éléments de preuve seront alors connus. Elle vise à déterminer les mesures correctives relatives à la plainte de la Force policière de Bathurst contre les deux agents impliqués.

Les deux policiers sont passibles de mesures disciplinaires allant de la réprimande verbale au congédiement.

Autant la Force policière de Bathurst que la Ville de Bathurst n’ont voulu commenter la situation, lorsque jointes par le journal, cette semaine.

Le 12 janvier 2015, Michel Vienneau et Annick Basque revenaient d’un voyage en train de Montréal. Les deux policiers, habillés en civils, étaient à la gare de Bathurst à la suite d’un appel anonyme fait à Échec au crime, qui stipulait que M. Vienneau transportait un chargement de drogue. L’enquête qui a suivi a blanchi la victime de ces soupçons.

Les deux policiers se seraient approchés du véhicule ciblé. Selon le témoignage d’Annick Basque, le couple a cru avoir affaire à des criminels ou à des terroristes. Le véhicule du couple a avancé en direction du constable Bulger et l’aurait heurté à une jambe. Craignant pour la sécurité de son collègue, le policier Mathieu Boudreau a tiré quatre coups de feu en direction du conducteur.

En février 2017, la cour a abandonné les accusations d’homicide involontaire, d’agression armée et d’avoir braqué illégalement une arme à feu qui pesaient contre les deux policiers, à la suite de l’enquête préliminaire.

La famille du malheureux tente d’obtenir des réponses à ses questions depuis quatre ans. Elle cherche surtout à connaître l’identité du dénonciateur qui a contacté Échec au crime dans les heures précédant le drame.

Selon Nicolas Vienneau, le frère de Michel, cette audience d’arbitrage ne devrait pas donner à la famille les informations pertinentes qu’elle attend.

«Le dénonciateur à Échec au crime est la clé de l’histoire. C’est l’excuse pour tuer Michel. Notre famille vit une grande injustice. Nous pensons à Michel tous les jours», a-t-il confié.

À la veille de ce triste anniversaire, Sylvie Vienneau, la mère de la victime, trouve cette période difficile.

«On se demande toujours pourquoi et ça fait quatre ans maintenant… C’est triste. Ça réveille nos peines et nous avons besoin de réconfort. C’est arrivé pour rien», a-t-elle accepté de partager avec le journal.

L’entreprise Liaison électronique de Tracadie, qui appartenait à Michel Vienneau, sera fermée samedi afin de commémorer le quatrième anniversaire du décès.

Impossible de faire le deuil

Pour Camille McLaughlin, il sera impossible de faire totalement le deuil de Michel Vienneau tant qu’elle ne saura pas le fin fond de l’histoire par rapport aux événements tragiques du 12 janvier 2015.

Le représentant du groupe des Amis de Michel Vienneau se dit «extrêmement déçu» que, quatre ans plus tard, cet homme d’affaires de Tracadie ait été tué sans raison et que ce crime demeure toujours impuni.

«Et rien n’indique que le système judiciaire pourra suivre son cours pour que justice soit faite», estime-t-il, en ajoutant que la police est de connivence avec la justice pour camoufler cette injustice.

«Cette supercherie ou ce subterfuge pour ne rien faire dans ce dossier fait perdre la confiance du public envers la police et le système judiciaire. Michel n’a rien fait de mal. Il a été abattu comme un chien et le public doit trouver ça correct! C’est hallucinant et inquiétant de constater que certaines personnes ont dorénavant un permis pour tuer, alors qu’on nous a laissés croire pendant longtemps qu’il était illégal de tuer», poursuit-il dans un échange de textos avec l’Acadie Nouvelle.

M. McLaughlin avoue avec peine que rien ne ramènera Michel Vienneau et que les membres du groupe ne pourront jamais oublier.

Les Amis de Michel Vienneau ont déposé à la Chambre des communes à Ottawa, en juin, une pétition contenant plus de 1800 signatures. Elle demande une enquête publique visant à faire toute la lumière sur les événements du 12 janvier 2015.

«Nous (les signataires) prions le ministre de la Sécurité publique et de la Protection civile de contraindre tous délateurs et témoins en lien à cette affaire devant une commission d’enquête publique et d’exiger que la Gendarmerie royale du Canada dévoile toute information en sa possession relativement à cette affaire, notamment le nom et l’identité du délateur de la fausse dénonciation, toutes communications tenues avant, pendant et après la commission du meurtre de Michel Vienneau relativement à cette affaire, incluant l’opération policière malsaine, toute preuve impliquant toutes forces policières et toutes personnes et agences», soutient la pétition.

Qu’est-ce que la Commission de police du Nouveau-Brunswick?

La Commission de police du Nouveau-Brunswick est un organisme de surveillance civile indépendant qui fait enquête et se prononce au sujet des plaintes formulées par les citoyens à l’égard de la conduite des agents de police.

Elle a le mandat d’assurer la capacité adéquate des services de police dans l’ensemble de la province. La Commission peut, de sa propre initiative ou à la demande d’un comité ou d’un conseil, enquêter sur toute question concernant tout aspect des services de police au Nouveau-Brunswick.

Elle a la charge de surveiller la gestion du processus de traitement des plaintes publiques concernant la conduite d’agents de police, ainsi que des services et des directives des services de police municipaux et régionaux du Nouveau-Brunswick.

La Commission de police s’acquitte de son mandat d’une façon transparente et accessible en s’assurant que les plaignants et les agents de police visés par une plainte sont traités de façon équitable, impartiale et respectueuse.

L’un des principaux dossiers sur lesquels la Commission effectue des recherches et qu’elle peaufine est celui de la responsabilité à l’égard du public.

La Commission cherche constamment à établir un équilibre entre les intérêts relatifs à la vie privée des agents de police qui font l’objet d’un processus disciplinaire en vertu de la Loi sur la police et ceux du public relativement à la transparence des enquêtes et à la surveillance civile des services de police.