Assemblée nationale de l’Acadie: Robert Melanson soulève des questions

Le président de la SANB, Robert Melanson, dit avoir de nombreuses questions sur le projet d’Assemblée nationale de l’Acadie. Il se demande notamment quelle est sa légitimité et si les Acadiens le souhaitent vraiment.

C’est à la fin novembre 2018 que cette initiative d’autonomie régionale acadienne dans les provinces de l’Atlantique a été officiellement lancée. Elle vise à développer un nouveau modèle de gouvernance, qui comprendra entre autres une assemblée élue.

Le 1er décembre dernier, à Halifax, l’instigateur du projet, Daniel LeBlanc (qui a entre autres été le directeur général fondateur des Sentinelles Petitcodiac, un organisme environnementaliste) a fait une présentation aux membres du conseil d’administration de la Société Nationale de l’Acadie. Il était accompagné de l’avocat Michel Cyr (ancien président de la SNA).

Les quatre organismes porte-parole de la région – la SANB, la SSTA, la FFTNL et la FANE – étaient présents. Nous les avons contactées au cours des derniers jours pour voir comment ils ont accueilli la présentation du projet d’Assemblée nationale de l’Acadie et si l’idée fait son bout de chemin à l’extérieur du Nouveau-Brunswick.

Les organismes de Terre-Neuve-et-Labrador et de l’Île-du-Prince-Édouard ont décliné notre demande puisqu’ils n’ont pas encore pris le temps de discuter du projet. Quant à la FANE, sa porte-parole nous a dit que «la Fédération acadienne ne se prononcera pas sur le sujet».

La Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick a été la seule à répondre à notre demande et à dépêcher son président, Robert Melanson, pour nous dire ce qu’il pensait de la présentation du 1er décembre, à Halifax.

«Nous, on a posé beaucoup de questions. Beaucoup de questions auxquelles on n’a pas eu de réponse. On voulait savoir évidemment qui étaient les gens qui étaient autour de ça et on n’a pas eu de réponse formelle, à part des deux personnes qui étaient devant nous», dit-il d’entrée de jeu en entrevue téléphonique.

Pas de position officielle

Robert Melanson veut tout d’abord mettre une chose au clair: il n’a pas de position officielle le projet d’Assemblée nationale de l’Acadie.

«Je ne dis pas que le projet est bien ou est mal», affirme-t-il.

S’il choisit de ne pas se positionner, c’est qu’il estime qu’il s’agit d’un projet politique et que le rôle de la SANB n’est pas de se mêler d’un tel dossier.

«Ce sont des individus qui ont décidé qu’ils voulaient avoir un projet et nous, on l’a considéré comme un projet politique. C’est-à-dire que ni la SNA, ni la SANB on est des organismes qui se mêlent de politique active. On n’appuie aucun parti politique. Nous, notre job c’est de défendre les droits et les intérêts des Acadiens.»

Cela n’empêche pas Robert Melanson de s’interroger sur la démarche mise en branle par Daniel LeBlanc, notamment en ce qui a trait à sa légitimité démocratique.

«Il y a une grande question: quelle est la légitimité de ce projet-là? Et dans quelle mesure les Acadiens veulent ce projet-là? Comment va-t-on faire pour légitimer une telle action? Parce que c’est politique, veut veut pas.»

Robert Melanson estime que c’est le genre de projet d’envergure qui pourrait faire l’objet de discussions sérieuses lors d’un grand rassemblement d’Acadiens, par exemple lors d’états généraux rassemblant des milliers de personnes.

«Il va falloir à un moment donné qu’ils aient une légitimité. Tu ne peux pas changer des façons de fonctionner démocratiquement, tu ne peux pas enlever des pouvoirs à des assemblées législatives de quatre provinces sans qu’il y ait tout un démarchage par en dessous et que ça obtienne un appui légitime quelconque de la part de la population.»

Une première commission avant la fin de janvier

Pour construire son projet, Daniel LeBlanc prévoit s’entourer de collaborateurs qui vont oeuvrer au sein de commissions.

En entrevue avec l’Acadie Nouvelle, il affirme qu’il aura des nouvelles à annoncer à ce sujet très prochainement.

«On a espoir de pouvoir annoncer avant la fin janvier la première commission, qui devrait être celle de la gouvernance.»

Cette commission aura le mandat de s’intéresser aux options qui ont déjà été présentées par le passé afin de donner plus d’autonomie aux Acadiens.

«Parce que ça fait quand même 25, 30 ans que des propositions de gouvernance sont amenées en Acadie et puis la plupart d’elles n’ont pas eu de succès. Donc le but en premier lieu est de faire une revue de la littérature pour comprendre ce qui a marché, ce qui ne marchait pas et ensuite de trouver des options.»

Lorsqu’on lui demande qui va choisir les personnes qui seront nommées afin de siéger aux commissions, il affirme que cette responsabilité reviendra aux membres du bureau de direction de l’organisme qui pilote le projet.