Faut-il revoir le mode de recrutement des médecins?

Le gouvernement Higgs souhaite abolir le système des numéros de facturation, qui contrôle le nombre de médecins qui ont le droit de travailler dans la province, mais aussi l’endroit où ils doivent travailler. Les communautés rurales doivent-elles s’inquiéter d’une telle décision? Éléments de réponse.

Une fois qu’un médecin a accepté une offre d’une régie régionale de la santé pour pratiquer au Nouveau-Brunswick, il doit se procurer un numéro de facturation d’Assurance-maladie afin d’obtenir le paiement des services de santé prodigués.

C’est le ministère de la Santé qui détermine chaque année combien de numéros de facturation seront attribués et dans quelles régions, mais ce sont les deux régies qui sont principalement responsables d’assigner ces numéros aux médecins.

Ce modèle a été abandonné par la plupart des provinces canadiennes, mais un système similaire existe toujours au Québec, sous le nom de plans régionaux d’effectifs médicaux (PREM).

Ces plans permettent de répartir l’ajout de médecins de famille entre chacune des régions et de déterminer une cible de recrutement par sous-territoire afin de les diriger vers les endroits où les besoins sont les plus criants.

Depuis plusieurs mois, la Société médicale du Nouveau-Brunswick dénonce ce mode de fonctionnement qu’elle juge «inflexible», et qui, selon l’organisation, empêche les nouveaux médecins de pratiquer là où ils le veulent, ce qui ne les incite pas à s’installer au Nouveau-Brunswick.

Lors de la campagne électorale, l’association professionnelle a publié une tribune à l’attention des partis dans laquelle elle proposait de se départir du système actuel pour le remplacer par des incitatifs financiers destinés aux recrues qui choisiront de s’installer dans les collectivités mal servies des régions rurales et du Nord de la province.

«Le Nouveau-Brunswick est enlisé dans le passé, écrivait le Dr Dharm Singh. Beaucoup de nouveaux médecins ont de la difficulté à trouver un poste au Nouveau-Brunswick en raison du système de numéros de facturation qui est restrictif.»

Le Parti progressiste-conservateur a intégré ces doléances dans sa plateforme, qui promettait de «recruter plus de médecins en éliminant le système de numéros de facturation désuet».

La question est désormais à l’ordre du jour à Fredericton. Des négociations sont en cours entre la province, les régies de santé et la Société médicale du Nouveau-Brunswick.

Du côté du Réseau de santé Vitalité, on se dit on tout cas ouvert à la discussion.

«Le modèle proposé par le gouvernement diffère du système actuel, mais pourrait, selon les modalités d’application, offrir certaines pistes de solutions en lien avec les différents défis du Réseau, affirme le PDG Gilles Lanteigne. Nous désirons aussi connaître l’opinion des différentes parties prenantes avant de bien évaluer le changement proposé.»

«Le modèle actueloffre certaines garanties»

Jean-Claude d’Amours, critique de l’Opposition officielle en matière de santé, appelle toutefois le gouvernement à faire preuve de prudence dans ce dossier.

Il craint que l’abolition des numéros de facturation, en donnant davantage de liberté aux nouveaux médecins, nuise au recrutement en dehors des grands centres urbains.

«Le modèle actuel offre certaines garanties, il permet de s’assurer que les médecins s’installent en région et permet une représentation équitable à travers la province. On ne peut pas le balayer du revers de la main», plaide le député d’Edmundston-Madawaska-Centre.

Le gouvernement devra améliorer le système pour le rendre plus flexible, tout en s’assurant que les gens soient bien desservis dans toutes les communautés, souligne Jean-Claude D’Amours.

«On vit déjà des défis pour trouver des médecins généralistes et des spécialistes, dit-il. Si on veut éliminer un système en place sans regarder les impacts pour les différentes régions, ça peut être dévastateur.»

Vaudrait-il mieux privilégier la carotte?

Le Dr Hubert Dupuis, président d’Égalité santé en français, n’est pas de cet avis. Selon lui, il est grand temps de refonder un modèle créé il y a près de 30 ans.

«Après toutes ces années, on doit en venir à la conclusion que ce système ne marche pas: on continue à avoir des problèmes en région où on manque de spécialistes et de médecins de famille», estime le Dr Dupuis.

«Ce système de numéros rend la province fermée à la profession. C’est un système qui n’a pas passé l’épreuve du temps, qui fait en sorte que beaucoup de médecins ont décidé d’aller ailleurs. Ça nous désavantage sur le plan du recrutement de la main-d’oeuvre médicale spécialisée.»

Le professionnel de la santé croit que la province devrait plutôt offrir des primes d’installation et de rémunération aux docteurs qui choisissent de pratiquer dans les localités mal desservies.

«Ça devrait être un système incitatif plutôt que coercitif. Ça devrait être un marché libre et on devrait créer des incitatifs pour inciter les médecins à s’installer dans les régions moins bien pourvues. Si on faisait ça, on réussirait à mieux remplir les postes vacants et à mieux desservir la population.»

Jean-Claude D’Amours voit quant à lui d’un mauvais oeil la mise en place d’un système d’incitatifs financiers.

«On sait que le gouvernement est en pleine révision budgétaire, il serait mal placé d’envisager des incitatifs quand on doit s’assurer que des services essentiels soient offerts à la population.»