Le manque de main-d’œuvre fait mal aux entreprises de Moncton

La situation est «critique». Même si plus de 80% des entrepreneurs du Grand Moncton croient que l’économie de leur région se porte bien, faire croître leur entreprise devient de plus en plus difficile. Le problème: il y a des postes vacants, mais il n’y a personne pour les combler.

La chambre de commerce du Grand Moncton (CCGM) a pris le pouls de ses membres encore une fois, et ce, afin de dresser un portrait de l’économie de la région. Leur plus grand défi, pour une deuxième année consécutive, est le manque de main-d’œuvre dans une proportion de 37,7%.«I

y a plusieurs raisons. La plus grande est le défi démographique de la province. La province vieillit. Il y a donc moins de gens en âge de travailler (16-64). L’autre aspect est que l’économie, spécialement dans le Grand Moncton, est robuste. Il y a donc une demande qui est peut-être plus importante dans notre région pour des employés», a expliqué John Wishart, directeur général de la CCGM.

Le problème est si grand que le président-directeur général de 3+, la corporation de développement économique de la région, estime que la population active du Nouveau-Brunswick pourrait perdre jusqu’à 100 000 travailleurs dans un peu plus de 10 ans.

«On risque de perdre ici, au Nouveau-Brunswick, d’ici 2030 de 40 000 à 100 000 personnes dans la force de l’âge. D’après moi, les scénarios les plus négatifs et les plus raisonnables tournent autour de 60 000 à 75 000 travailleurs, si on n’arrive pas à doubler ou à tripler le nombre d’immigrants», a confié Frédéric Gionet, conseiller principal en développement des affaires chez Entreprise Grand Moncton.

Il n’y a pas que les centres d’appels qui embauchent, quoique ce secteur cherche plusieurs centaines d’employés. Les programmeurs, les infirmières, les administrateurs et les camionneurs sont en forte demande.

«Le domaine de la santé, parce que notre population vieillit. On n’a qu’à demander à n’importe quelle personne qui opère un foyer de soins. Il est difficile de trouver de la main-d’œuvre. Tout le secteur des technologies de l’information. Moncton a beaucoup développé entre autres le secteur des technologies dans le domaine des finances. Il y a eu beaucoup de croissance dans ces secteurs. Un autre gros domaine en plein essor est celui du camionnage et du transport», a précisé M. Wishart.

La situation est urgente selon M. Gionet. Il faut attirer plus de gens dans la région et inciter les gens d’ici à y rester. Le Grand Moncton accueille un peu moins de 1000 immigrants par année. Pour ne pas freiner la croissance économique de la région, il faudra en recevoir plus de 2000 annuellement.

«Il existe un sentiment d’urgence. Si on veut continuer à croître, c’est certain qu’il faut s’attarder à développer la main-d’œuvre davantage et optimiser ce qu’on a parce que c’est certain qu’on ne renversera pas 50 ans de changements démographiques», a lancé M. Gionet.

«Déjà les sondages indiquent que plusieurs entreprises annulent ou retardent des projets d’expansion de leur compagnie en raison du manque de main-d’œuvre», a-t-il ajouté.

Le Grand Moncton doit se doter d’une nouvelle machine économique. Un plan est en construction. La corporation 3+ compte le présenter en mai. Il vise à concerter les efforts de chaque comité et organisme afin d’avoir une stratégie solide en matière de recrutement de la main-d’œuvre. Une stratégie qui doit être mise en place d’ici deux ans.

«Si on manque le cap de ces deux ans, on sera probablement plus assujetti aux forces démographiques qui s’en viennent d’une façon ou d’une autre. On n’aura peut-être pas les moyens de contrer cette vague-là aussi bien.»

L’exemple de l’industrie du camionnage

L’industrie du transport est très importante dans le Grand Moncton. Elle est en expansion, mais sa croissance est ralentie par un manque criant d’employé selon l’Association du camionnage des provinces de l’Atlantique.

Jean-Marc Picard est le directeur général de l’ACPA. Il prévoit qu’il manquera jusqu’à 5000 conducteurs en Atlantique d’ici 2025. La pénurie se fait déjà sentir et s’empire.

«C’est rendu à un point que des compagnies refusent des contrats parce qu’elles n’ont pas de personnel pour livrer la marchandise. C’est du jamais vu dans notre industrie: tu ne refuses pas des contrats! Écoutes! Si quelqu’un arrive et offre 50 cargaisons Moncton-Montréal… Personne ne voudra investir dans 50 camions parce qu’ils ne savent pas s’ils pourront trouver les gens pour les conduire», a affirmé M. Picard.

Les entreprises représentées par l’ACPA ne cherchent pas que des chauffeurs de camion, mais aussi des mécaniciens et des gens en administration. Principalement, par contre, elles cherchent des camionneurs.

L’association a même embauché une personne en 2018 pour intéresser plus de gens au domaine. Les écoles sont visitées pour parler du métier aux élèves, mais comme les autres secteurs, ils doivent recruter à l’international. La formation pour devenir conducteur de camion n’est que de 12 semaines et la personne qui la complète est assurée d’obtenir un emploi ou presque.

«Tout le monde se place. À moins d’être un danger sur la route, 99% des gens qui suivent la formation et qui font le stage avec une entreprise restent avec cette compagnie. Nous sommes donc obligés d’aller chercher des immigrants pour pourvoir des postes. Nous n’avons pas le choix», a indiqué M. Picard. Environ 20 000 camions circuleraient sur les routes, au Nouveau-Brunswick seulement.