Une microferme en plein coeur de Moncton!

Il n’est jamais trop tard pour se lancer dans un nouveau projet de vie. Mark et Francine Day avaient déjà vu neiger lorsqu’ils ont décidé de créer Codiac Organics, une microferme urbaine en plein coeur de Moncton.

Après que Mark ait connu un grave problème de santé en 2008, le couple a décidé de changer radicalement son alimentation en se tournant vers des aliments biologiques, plus sains et nutritifs. Quelques années plus tard, Mark et Francine Day ont fait le pari de convertir leur terrain, situé sur la rue Ryan, dans le nord de la ville, en petite exploitation agricole.

«On n’avait aucune expérience dans le domaine de l’agriculture, on a fait beaucoup de recherche pour apprendre à cultiver la terre», se souvient Francine.

Partis de zéro, le couple a suivi les conseils d’expert du ministère de l’Agriculture, Aquaculture et Pêches, et participé aux ateliers offerts par l’Atlantic Canadian Organic Regional Network (ACORN). En 2015, ils ont vendu leur bateau, leur roulotte et ont consacré leurs économies à cet ambitieux projet.

Première étape, défrichez une partie du terrain pour aménager deux arpents de terres cultivables. Deuxième étape, installez une serre de 100 pieds de long qui permet de faire pousser des légumes douze mois par année.

Après des mois d’efforts et plusieurs inspections, la ferme est devenue la seule exploitation agricole certifiée biologique à l’intérieur des limites de la ville. On y cultive de tout: carottes, artichauts, ail, courges, betteraves, bleuets, épinards, kale, bette à carde, cerises de terre, choux, tomates, brocolis, haricots, radis, laitue, et melons.

De l’agriculture bio, exigeante et écolo

La certification écologique proscrit le recours à la plupart des produits chimiques de synthèse. Il s’agit là d’une garantie de qualité pour le consommateur et un choix plus sécuritaire pour le producteur, souligne Francine Day.

«Les fermiers ne se mettent pas à faire de l’agriculture biologique seulement pour l’argent, c’est aussi une question de santé, dit-elle. Beaucoup sont tombés malades et suspectent que les produits qu’ils ont utilisés dans leurs champs sont responsables.»

Ici, on maximise chaque centimètre carré de terre. Francine et son mari plantent en rang serré et favorisent une rotation rapide des légumes.

Les apprentis fermiers se sont nourris des écrits de l’Américain Eliot Coleman, pionnier du modèle d’agriculture biologique intensive, qui consiste à tirer le maximum de rendement sur de petites surfaces, sans engrais ni pesticides. Le Québécois Jean-Martin Fortier et son modèle de ferme maraîchère sur petite surface les ont aussi beaucoup inspirés.

Ils fertilisent leurs sols aussi souvent que possible en recourant à l’«engrais vert». Plus concrètement, cela consiste à faire pousser sur certaines sections de l’avoine, des pois des champs ou des trèfles des prés qui serviront à enrichir le sol en nutriment.

Cette approche respectueuse de l’environnement les amène à revenir à des techniques traditionnelles comme la rotation des cultures, l’application du compost ou la jachère.

La ferme abrite aussi une centaine de poules pondeuses, qui fournissent la clientèle en oeufs frais. Toutes les céréales qu’ils leur distribuent doivent être elles aussi d’origine biologique.

Une relation directe avec le consommateur

Pas de grande distribution, pas d’intermédiaire, tous les fruits et légumes de la ferme sont vendus sur place. Les clients ont ainsi l’assurance de pouvoir se ravitailler en produits fraîchement récoltés à deux pas de chez eux.

«Une bonne partie de notre clientèle a connu le cancer ou d’autres problèmes de santé, ce sont des gens qui voient les bénéfices de manger bio», mentionne la propriétaire.

L’été dernier, Codiac Organics a lancé un système de paniers de légumes biologiques. Il coûte au consommateur 350$ pour recevoir un panier hebdomadaire pour deux personnes, pendant 20 semaines.

En payant une partie des coûts de production, les clients aident les deux agriculteurs à couvrir les frais de démarrage nécessaires au début de la saison.

«Ça nous assure un revenu et on évite tout gaspillage, explique Francine Day. On est certain d’investir du temps et de l’argent dans un produit qui va finir dans l’assiette.»

Pas question pour elle de jeter quoi que ce soit!

«Lorsqu’on a des surplus et que les produits sont en bon état, je les donne à la banque alimentaire ou à des personnes qui en ont besoin. Sinon, on les donne aux poules tout simplement!»

Portés par leur passion

Le couple a commencé petit, mais compte bien continuer de faire progresser sa production. L’été dernier, la ferme a embauché quatre employés, dont deux à plein temps. Bientôt, trois nouvelles serres seront installées.

«La première année, on a cultivé seulement les deux tiers d’un arpent, la deuxième c’était l’arpent au complet, précise l’agricultrice. On commence juste à rembourser nos investissements, mais c’est plus un projet de coeur qu’un projet pour l’argent…»

Les nouveaux agriculteurs sont en tout cas convaincus d’avoir trouvé leur voie.

«On voulait aider les autres à avoir accès à des produits santé. On ne regrette rien, on adore ça!»

Ceux qui voudraient se lancer dans l’aventure de l’agriculture biologique devront surmonter plusieurs défis, prévient Mme Day. Les frais associés à la certification sont assez élevés et le travail à la ferme demande beaucoup de temps.

«Ce n’est jamais facile, mais si tu as la mentalité de vouloir mener ce projet et que tu y mets de l’ouvrage, tu vas réussir!»