Le N.-B. délaisse les petites voitures

Les appels à réduire la consommation d’essence ne trouvent que peu d’échos au Nouveau-Brunswick. Les ventes de véhicules électriques ne décollent pas, celles de voitures compactes dégringolent, alors que les acheteurs se tournent de plus en plus vers les véhicules utilitaires sport 4X4 et les pickups.

C’est un renversement complet du marché qui s’est opéré ces dernières années. Pour la première fois au Canada, les ventes des camions légers ont dépassé les 70,9 % en 2018, contre seulement 29,1 % pour les voitures. En 1990, les voitures représentaient une part de marché frôlant le 70%.

Le Nouveau-Brunswick n’échappe pas à la tendance, nous confirme Nancy Poirier, directrice générale du concessionnaire Lounsbury Dalhousie.

«Les camions et les VUS sont plus populaires c’est certain, dit-elle. Ça représente entre 65% et 70% de nos ventes ici.»

Lynda Belleville, directrice des ventes chez Edmundston Honda, constate elle aussi le boom des véhicules utilitaires sport. «Dans le cas du CR-V, un de nos VUS compacts, nos ventes ont doublé, lance-t-elle. Le marché a changé. Dans le temps, on voulait des gros moteurs qui accélèrent, aujourd’hui on cherche plus la technologie et l’ergonomie.»

Il est vrai que les «petites» voitures ont vu également fondre leur avantage en termes d’économies de carburant, car la consommation de certains nouveaux VUS est désormais très comparable à celle d’une voiture.

Par exemple, la Chevrolet Malibu est censée consommer 9 litres aux 100 km en ville, soit quasiment autant que la Chevy Equinox, un VUS ne coûtant qu’environ 2000 $ de plus.

Chez Hatheway Ford Tracadie, les VUS et les camions représentent désormais plus de 90% des ventes de véhicules neufs.

«Je pense que ça va rester comme ça, estime le directeur général, Dominic Chiasson. La plupart des constructeurs se dirigent vers des petits VUS pour remplacer leurs petites voitures, avec une option électrique ou hybride.»

Confronté à l’effondrement de la demande pour les voitures compactes, le constructeur Ford a d’ailleurs décidé d’éliminer presque toutes les voitures de son portfolio nord-américain, en raison «du déclin de la demande et à cause de la rentabilité de ces produits».

Seules la Ford Mustang et la nouvelle version de la Focus Active resteront commercialisées en Amérique du Nord.

Sécurité et confort avant tout

Nancy Poirier observe que la consommation d’essence ne figure pas parmi les principales préoccupations de sa clientèle à Dalhousie.

«Les gens cherchent la sécurité et le confort avant tout, avec la neige qu’on a dans la région ils se sentent plus en sécurité dans un véhicule avec quatre roues motrices.»

Ce constat est partagé par Dominic Chiasson de Tracadie.

«La plupart du monde préfère conduire dans un petit VUS, plus en hauteur, avec quatre roues motrices, pour un prix un peu plus élevé. C’est une question de sécurité et de confort», assure-t-il.

D’après un sondage mené par la firme DesRosiers auprès de 4500 acheteurs au Canada, l’espace est la qualité numéro un recherchée dans un VUS pour 69% des répondants. Vient ensuite la capacité de rouler en toute quiétude, peu importe les conditions météorologiques (62,5% des réponses).

En troisième place, la sécurité est l’argument qui motive l’achat (57,1%). En revanche, la consommation de carburant est le dernier critère en jeu quand vient le temps de choisir son VUS.

Toujours au point mort

Alors que le Royaume-Uni et la France ont annoncé la fin de la vente de voitures à essence ou au diesel dès 2040, on ne semble pas aussi proche d’accomplir une telle transition de ce côté de l’Atlantique.

En 2009, le Canada s’était donné pour objectif de mettre au moins un demi-million de voitures électriques sur les routes d’ici la fin de 2018. Dix ans plus tard, le compte n’y est pas, moins de 100 000 voitures électriques étaient en circulation au pays le mois dernier.

Et le Nouveau-Brunswick est encore plus en retard, les ventes de ces voitures sont presque exclusivement limitées aux trois provinces – l’Ontario, le Québec et la Colombie-Britannique – qui ont instauré des remises en argent pour rendre les voitures comparables en coût initial avec des voitures à essence.

«Il n’y a pas vraiment de demande pour des véhicules électriques, reconnaît Nancy Poirier. On n’a pas de rabais du gouvernement et les consommateurs ne veulent pas payer plus cher qu’au Québec.»

Les véhicules ne percent pas non plus à Edmundston, note Lynda Belleville.

«On est conscient qu’il faut s’en aller vers ça. Les gens sont prêts à aller vers l’électrique, mais ils ne veulent pas payer la différence.»

«Quand je vois les gros pickups sur la route j’imagine les signes de piasses qui s’échappent du pot d’échappement», ajoute-t-elle à la blague.

«Ce n’est pas important pour les gens, ils veulent avoir de gros véhicules!»