Un rapport critique le travail des travailleurs sociaux dans un cas de négligence

Un rapport portant sur un cas de négligence grave envers cinq enfants de moins de neuf ans indique que les travailleurs sociaux du Nouveau-Brunswick n’ont pas réussi à respecter les normes de protection de la jeunesse.

Le défenseur des enfants, des jeunes et des aînés, Norman Bossé, a déclaré que les travailleurs sociaux devaient utiliser leur autorité pour entrer dans une maison et en faire sortir un enfant susceptible d’être en danger.

M. Bossé a présenté son rapport, lundi, sur une famille de la région de Saint-Jean dont l’histoire avait fait les manchettes en 2016, lorsque les enfants, qui vivaient dans des «conditions abjectes», ont été découverts par les autorités dans la résidence familiale.

«Les murs sont couverts d’excréments humains et animaux, des meubles sont brisés dans plusieurs pièces, du matériel de consommation de drogues est laissé à la portée des enfants et il n’y a pas de nourriture», peut-on lire au sujet de la résidence dans le rapport intitulé Derrière les portes closes: un cas de négligence.

Lors de l’intervention des autorités, les enfants étaient âgés entre six mois et huit ans.

Les travailleurs sociaux qui se sont succédé dans le dossier ont été dans «l’incapacité (…) de répondre aux exigences minimales» du ministère du Développement social en raison notamment de leur charge de travail, explique Norman Bossé dans son rapport.

L’un d’eux a fait onze tentatives en deux mois pour visiter la famille, «mais n’est jamais parvenu à entrer dans la maison».

Lors des mois et des années précédant la visite des shérifs dans la résidence familiale, «de nombreux problèmes» ont été signalé au ministère par différentes sources, dont l’école fréquentée par les deux enfants les plus âgés.

Ils étaient absents de l’école «plus de la moitié du temps» et lorsqu’ils étaient présents, ils étaient «affamés», «sales» et portaient toujours les mêmes vêtements qui sentaient l’urine.

Malgré les nombreux signalements, «nous avions l’impression que le ministère ne s’en souciait pas», souligne un intervenant dans le rapport.

Protéger les enfants

«Le gouvernement du Nouveau-Brunswick doit en faire plus pour protéger les enfants durant les premières années de vie contre les risques de négligence et de maltraitance chronique», constate le défenseur des enfants.

M. Bossé rappelle aux travailleurs sociaux qu’ils ont «l’autorisation légale» d’entrer dans n’importe quel lieu pour retirer un enfant s’ils ont des «motifs raisonnables» de croire que leur sécurité ou leur développement est menacé.

Il demande aussi au ministère du Développement social d’évaluer la charge de travail des travailleurs sociaux pour assurer qu’ils «ont le temps nécessaire pour gérer efficacement les cas qui leur sont confiés.»

Citant «l’incapacité des services gouvernementaux à travailler de concert», Norman Bossé recommande une meilleure intégration des services à l’enfance et un plus grand partage des renseignements afin d’offrir «un soutien global» aux enfants et de privilégier leur «intérêt supérieur».

M. Bossé demande aussi au ministère de mettre fin à la centralisation dans les services à l’enfance au profit de la prise de décision locale par les travailleurs sociaux qui connaissent le mieux leurs clients.

Les changements qu’il propose, ainsi que ceux du consultant George Savoury présentés la semaine dernière, vont nécessiter beaucoup de temps, et probablement beaucoup d’argent, a prévenu Norman Bossé.

«Est-ce que ça va coûter de l’argent à la province? Absolument, mais il faut le faire.»

Le travail déjà entamé

La ministre du Développement social, Dorothy Shephard, s’est engagée à agir dans le sillage des deux rapports.

Le travail a d’ailleurs déjà été entamé pour que le Nouveau-Brunswick emboîte le pas à l’ensemble des autres provinces canadiennes et se dote d’une Loi sur la protection de l’enfance, a-t-elle déclaré, lundi.

«Nous avons besoin de plus de travailleurs sociaux et ils doivent être capables de clairement faire leur travail.»

À moins de 60 jours avant le dépôt du premier budget du nouveau gouvernement progressiste-conservateur, la ministre promet de se «battre» pour obtenir ce dont son ministère a besoin.

«Je n’arrive pas à imaginer comment le ministère pourrait perdre du financement sans que les services en souffrent», a indiqué Dorothy Shephard.

«Je vais discuter avec le ministre des Finances, Ernie Steeves, au sujet des ressources dont nous allons avoir besoin et comment nous allons y arriver.»

Condamnés à deux ans de prison

En avril 2018, les parents des cinq enfants ont été condamnés à deux ans de prison pour avoir omis de leur fournir les choses nécessaires à l’existence et avoir mis leur vie en danger.

Selon Norman Bossé, les enfants vivent dorénavant avec leurs grands-parents et «font des progrès sur le plan physique, social et émotionnel.»

Le plus vieux des enfants, qui est maintenant âgé de 11 ans, est celui qui semble avoir le plus souffert de ces années de négligence.

«Il s’en veut encore parce que ses parents ont été envoyés en prison. Pourra-t-il s’en remettre complètement? Ça reste encore à voir.»

  • Avec des extraits de La Presse canadienne