Les Jeux de la Francophonie sont annulés

Le gouvernement du Nouveau-Brunswick met sa menace à exécution et se retire de l’organisation des Jeux de la Francophonie qui devaient avoir lieu à Moncton et Dieppe en 2021.

Le premier ministre Blaine Higgs en a fait l’annonce, mercredi matin, citant le refus du fédéral de couvrir plus de la moitié des contributions provenant du secteur public (et plus de 35% du coût total de l’événement).

«Ce n’a pas été une décision facile, mais sans financement supplémentaire de la part du gouvernement fédéral, qui a beaucoup plus de ressources financières qu’une petite province comme le Nouveau-Brunswick, la hausse des coûts a toujours été une côte très abrupte à remonter.»

Plus tôt ce mois-ci, Fredericton avait donné jusqu’au 30 janvier à Ottawa pour trouver une façon de financer les Jeux en minimisant les coûts pour la province sans quoi l’événement serait annulé.

«Nous espérions pouvoir travailler avec les partenaires pour trouver d’autres solutions de financement pour couvrir ces frais, mais ce n’est malheureusement pas arrivé», a dit M. Higgs.

La province a l’intention de nommer bientôt de nouveaux membres au conseil d’administration du comité organisateur pour remplacer ceux qui ont démissionné avant les Fêtes et entamer le processus d’annulation.

Le gouvernement progressiste-conservateur avait jeté un pavé dans la mare peu de temps après son arrivée au pouvoir l’an dernier en dévoilant que les coûts anticipés pour l’événement étaient rendus sept fois plus élevés que les 17 millions $ prévus au départ par le précédent gouvernement libéral.

M. Higgs avait alors dit qu’il ne dépenserait pas plus que les 10 millions $ prévus, laissant le soin à Ottawa d’éponger le reste de la facture.

Le gouvernement fédéral a affirmé quant à lui dès le départ que sa propre règle de financement des événements de ce genre ne lui permettait pas de couvrir plus de la moitié de l’enveloppe provenant du secteur public (municipalités, province et fédéral).

«Je pense que (les Jeux) sont importants pour le Canada et pour le Nouveau-Brunswick., mais il doit y avoir un modèle qui fonctionne sur le plan financier», a indiqué Blaine Higgs.

La formule de financement fédéral n’est pas équitable pour les plus petites provinces comme la sienne, a-t-il dit.

À son avis, le Nouveau-Brunswick ne devrait pas non plus avoir à se présenter seul pour obtenir la présentation des Jeux à titre de pays hôte malgré son statut de membre à part entière de l’Organisation internationale de la Francophonie.

«Je pense que ça a du sens de regarder le Canada comme une nation qui participe à ces jeux et les organiser dans plusieurs provinces. Je pense que ça pourrait être une façon excitante d’améliorer l’ensemble du processus», a confié le premier ministre.

Blaine Higgs n’exclut pas la possibilité que les Jeux se déroulent tout de même au Nouveau-Brunswick en 2021, à condition qu’Ottawa se charge de l’organisation et des coûts.

Durant les dernières semaines, le coût des Jeux a été révisé à la baisse à plusieurs reprises, passant de 130 millions $ à 80 millions $, puis mardi, à 62 millions$.

M. Higgs a cependant émis de sérieux doutes sur cette dernière proposition du comité organisateur, citant les possibles dépassements de coût lors de la tenue de l’événement.

Le premier ministre a admis que l’annulation de l’événement devrait engendrer des coûts pour la province, mais a précisé qu’ils ne devraient pas être très «importants».

La ministre fédérale des Sciences et des Sports, Kirsty Duncan, a indiqué par courriel que son gouvernement était «déçu» de la décision du Nouveau-Brunswick de «laisser passer la date limite qu’il s’était imposée» sans lui présenter de plan d’affaires.

«Nous étions impatients d’avoir d’autres discussions sur une proposition de financement, si jamais nous en avions reçu. Encore une fois, le gouvernement Higgs laisse des fonds fédéraux sur la table», a déploré la libérale.

Le député Kevin Arseneau du Parti vert. Photo: Mathieu Roy-Comeau.

Le député Kevin Arseneau du Parti vert s’est dit «extrêmement déçu» de la décision du gouvernement Higgs. Selon lui, les progressistes-conservateurs n’ont pas vraiment essayé de sauver les Jeux.

«Cette décision a été prise longtemps à l’avance par ce gouvernement. Il n’y avait aucune volonté de la part du gouvernement de discuter avec les autres paliers de gouvernement», a-t-il commenté.

«Il y a des efforts qui ont été faits pour sauver ces Jeux, mais le gouvernement provincial n’a jamais été à la table.»

M. Arseneau a aussi déploré l’absence lors de la conférence de presse du vice-premier ministre du Nouveau-Brunswick, Robert Gauvin, qui est aussi ministre responsable de la Francophonie et le seul député acadien du gouvernement.

Notre demande d’entrevue avec le ministre Gauvin est restée lettre morte.

La députée libérale Monique LeBlanc a accusé les progressistes-conservateurs d’utiliser les Jeux de la Francophonie «pour instrumentaliser l’opinion publique et en faire un jeu politique» alors que le climat linguistique est loin d’être au beau fixe avec la présence de trois députés «d’un parti qui n’est pas très chaud au bilinguisme» à l’Assemblée législative et l’élection du gouvernement de Doug Ford en Ontario.

Mme LeBlanc n’a toutefois pas voulu dire si son parti avait fait une erreur lorsqu’il était au gouvernement en présentant la candidature du Nouveau-Brunswick pour les Jeux avec un budget de seulement 17 millions $.