Les trottoirs chauffants: rêve ou réalité?

Un conseiller municipal échaudé par les intempéries espère faire revivre une idée qui a été testée et abandonnée dans de nombreuses villes canadiennes: des trottoirs chauffants.

Sandy Hickman a demandé aux ingénieurs de St. John’s, à Terre-Neuve-et-Labrador, de chauffer un petit tronçon de trottoir du centre-ville dans le cadre d’un projet pilote.

Le tronçon en question devait de toute façon subir des réparations.

«Nous sommes une ville enneigée», dit M. Hickman. C’est quelque chose que nous devrions au moins étudier.»

M. Hickman a été inspiré par d’autres villes qui ont été charmées par l’idée par le passé: économiser de l’argent sur le déneigement et aménager un centre-ville plus hospitalier.

Holland, une ville du Michigan, a lancé son système de «fonte des neiges» à la fin des années 1980.

Le système pompe de l’eau chaude à travers un ensemble de tuyauterie sous les trottoirs de la ville. Il a depuis été étendu pour couvrir 600 000 pieds carrés de la chaussée de la ville.

La Ville de Hollande estime que son système de chauffage lui permet d’économiser de l’argent, affirmant qu’il réduit le nombre de glissades et de chutes, ne nécessite pas de déneigement, de sel ou de sable tout en réduisant la durée de vie de la chaussée.

Reykjavik, en Islande, chauffe certaines de ses rues avec de l’énergie géothermique souterraine, tandis que d’autres villes nordiques, comme Oslo, utilisent le chauffage électrique.

Au Canada, l’idée a été étudiée, mais rarement mise en oeuvre.

Saskatoon a envisagé l’idée dans le cadre d’un projet de réaménagement de son centre-ville, mais les responsables ont laissé tomber.

À Montréal, le rêve a été présenté puis abandonné après un changement d’administration.

La Ville avait annoncé son plan en 2015. Le système devait faire circuler un mélange d’eau chauffée et de glycol chauffé à l’électricité sous un tronçon de 670 mètres de la très achalandée rue Sainte-Catherine.

L’idée a été abandonnée en raison de problèmes de coûts.

Ahmed El-Geneidy, professeur au département de planification urbaine de l’Université McGill, à Montréal, se dit sceptique quant à la rentabilité et à la capacité des trottoirs chauffants.

M. El-Geneidy a déclaré que l’idée semblait trop coûteuse pour une petite surface de trottoir et qu’elle pourrait poser des problèmes d’entretien qui perturberaient l’utilisation des trottoirs à l’avenir.

«On ne peut pas le faire pour chaque trottoir. Ce serait fou», a déclaré le professeur.

«Nous voulons que les gens soient actifs et marchent dans toute la ville, actifs dans les banlieues, actifs partout, nous devons donc déblayer la neige partout», souligne-t-il.

M. El-Geneidy suggère plutôt d’inciter les chercheurs de tout le Canada à proposer des solutions de déneigement chimiques moins chères et respectueuses de l’environnement, ou d’investir dans davantage de machines de déglaçage pour libérer une plus grande partie de la ville plus rapidement.

Sandy Hickman n’est toutefois pas du même avis. Il croit que des trottoirs chauffés pourraient permettre de réduire le budget considérable de déneigement de St. John’s, qui avoisine les 15 millions $ par an.

M. Hickman pense que le chauffage des trottoirs pourrait aussi permettre de gagner du temps et de l’argent. Si le système fonctionne, il espère qu’il pourra être mis en place dans d’autres quartiers de la ville très fréquentés par les piétons.

Il a demandé au personnel technique de la Ville d’examiner ce qui a été fait ailleurs, de cibler les meilleures pratiques et de présenter un devis dans les prochains mois.

Si les coûts s’avèrent exorbitants, le projet pilote sera abandonné, mais M. Hickman pense que le jeu en vaut la chandelle si les trottoirs doivent de toute façon être réparés.