NCLEX-RN: l’U de M claque la porte au nez de l’association des infirmières

L’Université de Moncton digère mal d’avoir été blâmée par l’Association des infirmières et infirmiers du Nouveau-Brunswick (AIINB) pour les taux d’échecs élevés des francophones à l’examen NCLEX-RN. L’institution a annoncé mardi son retrait d’un processus de facilitation visant à régler cet épineux dossier.

Le processus en question avait été lancé l’année dernière par le gouvernement libéral de Brian Gallant après le dépôt d’un rapport accablant du Commissariat aux langues officielles du Nouveau-Brunswick.

Dans la foulée du dévoilement de la réponse officielle de l’AIINB à ce rapport, il y a quelques jours, l’U de M a décidé de ne plus participer au processus. Le recteur de l’institution postsecondaire acadienne, Jacques Paul Couturier, l’a annoncé mardi dans une déclaration écrite.

Il explique qu’à son avis, «l’AIINB est déterminée à conserver l’examen N-CLEX-RN comme examen d’entrée à la profession infirmière au Nouveau-Brunswick».

Cette position va à contresens de celle de l’institution, qui prône plutôt «l’utilisation d’un examen d’entrée bilingue et canadien» qui permettrait aux finissants francophones et anglophones d’avoir accès aux mêmes ressources afin de se préparer à subir l’examen.

Des tensions qui ne datent pas d’hier

Pour comprendre cette décision de l’Université de Moncton de tourner le dos à l’AIINB, il faut remonter à mai 2018.

La commissaire aux langues officielles du Nouveau-Brunswick, Katherine d’Entremont, avait  alors rendu un rapport accablant sur l’examen d’accès à la profession infirmière, le fameux NCLEX-RN.

Elle avait alors tranché que l’AIINB a enfreint la Loi sur les langues officielles en adoptant cet examen en 2015 parce que ce dernier «défavorise nettement les candidats francophones».

L’un des problèmes majeurs avec cet examen était le fait qu’il existe beaucoup plus de ressources préparatoires commerciales – telles que des simulations d’examen et des banques de questions – en anglais qu’en français.

Plus tôt cette semaine, on a appris que l’AIINB a répondu officiellement à ce rapport le 7 janvier.

Dans la lettre d’une dizaine de pages, l’AIINB défend bec et ongles l’adoption du NCLEX-RN. Elle précise que le fournisseur de l’examen offre désormais – à sa demande – un examen de simulation bilingue.

Selon elle, les taux d’échecs plus élevés parmi les candidats francophones ne sont pas attribuables à l’examen ou au matériel préparatoire, mais bien à des «variables autres que la langue» telles que les critères d’admission du programme, aux compétences linguistiques des candidats et à leur réussite universitaire.

Cette critique visait clairement, sans la nommer, l’Université de Moncton.Cette institution est la seule institution universitaire francophone à former des infirmières en français au Nouveau-Brunswick.

La réponse de l’Université de Moncton

Dans sa déclaration écrite de mardi, Jacques Paul Couturier répond à l’AIINB. Il affirme que le programme de science infirmière de l’institution est accrédité (entre autres par l’AIINB) et qu’il «répond aux plus hautes normes de formation».

Il n’a visiblement pas digéré de voir l’AIINB remettre en question la qualité de la formation et les critères d’admission au programme de science infirmière.

«Comme établissement, nous sommes toujours à l’écoute de suggestions pour améliorer nos programmes d’études. Par contre, nous déplorons les propos de l’AIINB qui témoignent, à notre avis, d’un manque de respect envers nos étudiantes et nos étudiants, notre corps professoral et notre programme d’études en science infirmière.»

Jacques Paul Couturier rappelle qu’il reste toujours «un écart considérable» quant aux ressources préparatoires disponibles en français et en anglais. Cela désavantage les finissants francophones, selon lui.

«Par ailleurs, le commissaire aux langues officielles en arrive sensiblement à la même conclusion dans sa réponse définitive à l’AIINB qui a aussi été rendue publique. Le commissaire estime que la question de l’écart quant aux ressources préparatoires à l’examen N-CLEX-RN demeure entière», lit-on dans sa déclaration.