Restigouche: l’entretien des routes soulève une tempête de critiques

Le mois de janvier tire à sa fin et il aura laissé des traces. À tout le moins sur les routes du Restigouche, et ce, d’une extrémité à l’autre du comté.

Des automobilistes qui effectuent des sorties de routes. Des camionneurs qui entrent en collisions. Des conducteurs d’autobus qui n’osent plus s’aventurer à certains endroits…

La qualité de l’entretien des routes du Restigouche fait l’objet de nombreuses critiques depuis quelques jours sur les médias sociaux ainsi que dans la communauté en général.

Les axes routiers majeurs, comme la 11, la 17 et 134 sont, entre autres, largement pointés du doigt. Et pour cause, par endroits, ce sont de véritables patinoires.

Si tout le monde s’entend pourdire que la météo des dernières semaines n’a certes pas été favorable au maintien de routes dégagées et déglacées, plusieurs se questionnent néanmoins sur le fait que la situation persiste aussi longtemps.

Si la situation affecte les automobilistes en général, elle inquiète également le District scolaire francophone Nord-Est. Cette semaine, certains conducteurs d’autobus scolaires ont carrément refusé d’emprunter certains tronçons de route (secondaires cette fois) en raison de l’état de ceux-ci, notamment dans le secteur Val-d’Amour.

«Il y a des régions névralgiques où la conduite est plus difficile et nous, on a confiance au professionnalisme et au jugement de nos conducteurs. S’ils décident de ne pas prendre une route ou de ne pas tenter de monter une cote avec leur autobus, c’est qu’ils ont de bonnes raisons de croire que cela pourrait devenir un problème de sécurité. C’est arrivé cette semaine et nous sommes entièrement derrière eux», explique Éloi Doucet, directeur des services éducatifs et financiers du DSF-NE.

Dans les faits, M. Doucet admet avoir contacté le ministère des Transports afin de lui faire part de l’état de certaines routes.
«C’est une procédure habituelle lorsqu’une situation perdure. On n’a pas le contrôle sur la météo, mais la condition des routes par contre, faudrait y voir», exprime-t-il.

Des maires inquiets

En raison de son travail au sein du bureau du Shérif, le maire de Dalhousie, Normand Pelletier, est constamment sur la route, au Restigouche comme ailleurs en province. Il est à même de témoigner de la piètre condition des routes restigouchoises.

«Dès que tu franchis les limites de Jacquet River, tu vois la différence. C’est le jour et la nuit», indique-t-il.

Selon lui, les conditions routières actuelles sont tout à fait inacceptables.

«C’est un véritable danger pour nos citoyens et tous ceux qui empruntent nos routes. Il faut que ça change et vite. Je ne sais pas si le ministère a peur de mettre de sel ou de sortir quelques déneigeuses supplémentaires lors des tempêtes, mais là on parle de la vie des gens.

Il me semble qu’on a le droit d’aller travailler sans avoir peur constamment de perdre le contrôle de notre véhicule», déplore l’élu.

La mairesse de Kedgwick, Janice Savoie, en a aussi long à dire sur la qualité de l’entretien des routes par la province. Dans son secteur, la 17 est toujours partiellement glacée, et ce, une semaine après la tempête qui a apporté de la pluie verglaçante dans le secteur.

Mercredi, une quinzaine de centimètres additionnels devaient s’abattre sur la région. Elle a donc préféré reporter deux rendez-vous prévus à son agenda – dont l’un à Campbellton – plutôt que de prendre le risque de s’aventurer sur les chemins.

«En temps normal, la neige ne m’aurait pas arrêtée. On est un pays d’hiver après tout. Mais de la neige par-dessus les routes glacées que nous avons en ce moment? Non merci», dit-elle.

Mme Savoie ne mâche pas ses mots et parle d’un dangereux laisser-aller.

«Les routes étaient vraiment mauvaises l’an dernier, mais je crois qu’on vient d’atteindre un nouveau sommet», souligne-t-elle.

Selon ses dires, plusieurs citoyens ont contacté la municipalité, au cours des dernières semaines, afin de se plaindre des mauvaises conditions qui persistent sur la route 17.

«J’ai des citoyens qui m’ont appelé pour me dire qu’ils venaient de porter plainte au ministère. Nous, à la municipalité, on a fait la même chose», relate-t-elle.

Déplacements obligatoires

Pour Mme Savoie, le gouvernement a une responsabilité additionnelle envers le Restigouche, particulièrement à l’heure où l’on demande de plus en plus aux citoyens d’aller dans les régions voisines pour obtenir des services, notamment en matière de soins de santé.

Dans les faits, on apprenait tout récemment que le Réseau de santé Vitalité redirigeait (sur une base volontaire) vers Bathurst les patients du Restigouche en attente d’un examen d’échographie, faute de personnel à Campbellton.

«On nous force à prendre la route, mais on ne l’entretient pas de façon adéquate. Trouvez l’erreur», soutient l’élue.

Victimes des compressions?

Pour sa part, le député libéral de Campbellton-Dalhousie, Guy Arseneault, ne remet aucunement en cause le travail et le professionnalisme des équipes de déneigement du Restigouche. Cela ne l’empêche toutefois pas – comme tout le monde – de se demander où est le problème.
«Je suis vraiment déçu des conditions routières actuelles, c’est clair. À mon sens, ça vient de plus haut. C’est un problème de gestion au ministère des Transports. On coupe constamment dans l’entretien des routes. À un moment donné, ça finit par se ressentir», exprime-t-il.
Ce dernier estime que le gouvernement devrait remettre l’entretien des routes au cœur de ses priorités.

Plaintes reçues

Au niveau du ministère des Transports, on confirme que plusieurs plaintes ont été reçues pour les régions de Restigouche et Chaleur, en lien avec les mauvaises conditions routières.

«Le temps froid survenu immédiatement après les dernières tempêtes a beaucoup compliqué la tâche de déglacer les routes. Le sel n’est pas aussi efficace quand la température est en-dessous de -10°C. Cela dit, le ministère travaille pour améliorer la situation», rassure Jeremy Trevors, porte-parole du ministère.

Ce dernier ajoute par ailleurs qu’il n’y a pas eu de réduction dans le budget hivernal et que les effectifs sur les routes n’ont pas été réduits. Il précise également que le sel est conforme aux exigences du ministère.

«C’est le même que celui utilisé en Nouvelle-Écosse, à Terre-Neuve, à l’Île-du-Prince-Edouard et au Québec», ajoute le porte-parole.