NCLEX-RN: des organismes appellent le gouvernement à se mouiller

Des organismes acadiens appellent le gouvernement Higgs à s’activer pour régler l’épineux dossier de l’examen d’accès à la profession infirmière. Le ministre de la Santé ne semble cependant pas du tout porté à s’aventurer dans le fossé qui sépare les deux camps.

Les relations entre l’Université de Moncton et l’Association des infirmières et infirmiers du Nouveau-Brunswick (AIINB) ne vont pas en s’améliorant ces derniers temps.

En janvier, les tensions ont monté d’un cran lorsque l’AIINB – dans sa réponse à un rapport accablant du Commissariat aux langues officielles – a défendu bec et ongles sa décision d’adopter l’examen NCLEX-RN en 2015.

Mais ce qui a vraiment mis le feu aux poudres, c’est qu’elle a remis en question la qualité du programme de formation de l’Université de Moncton et le sérieux de ses finissants. Selon l’Association, ces facteurs (et pas l’absence de ressources préparatoires en français) pourraient expliquer le faible taux de réussite des francophones à l’examen.

Ces commentaires ne sont passés inaperçus. L’U de M a réagi en disant qu’ils «témoignent d’un manque de respect».

L’institution a décidé de claquer la porte du processus de facilitation mis en branle par le gouvernement libéral en 2018 afin de tenter de l’amener à régler ses différends avec l’AIINB. Elle a aussi réitéré qu’elle souhaite que le NCLEX-RN – développé en anglais aux États-Unis et traduit en français – soit remplacé par un examen bilingue et canadien.

«Fredericton doit agir»

Maintenant que ce processus est tombé à l’eau, des voix se lèvent dans la société civile acadienne pour pousser le gouvernement Higgs à cesser de suivre l’action des lignes de côté.

C’est le cas de la Fédération des étudiantes et étudiants du campus universitaire de Moncton (FÉÉCUM), qui devrait lancer une offensive à ce sujet dans les réseaux sociaux mercredi.

Dans des publications, dont l’Acadie Nouvelle a obtenu copie mardi, la FÉÉCUM demande au premier ministre et ministre responsable des Langues officielles, Blaine Higgs, «de prendre en main ce dossier et de venir en aide aux étudiant.e.s. francophones en Science infirmière».

Rappelons que la FÉÉCUM s’est alliée à la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick pour lancer une poursuite judiciaire contre l’AIINB, en 2018. Ces démarches sont toujours en cours.

La SANB exhorte elle aussi le gouvernement provincial à s’impliquer pour régler le dossier NCLEX-RN.

Son directeur général, Ali Chaisson, rappelle dans un courriel à l’Acadie Nouvelle que les pouvoirs d’autoréglementation de la profession infirmière détenus par l’AIINB ne sortent de nulle part. Ils lui ont été délégués par le gouvernement du Nouveau-Brunswick, note-t-il.

«Selon nous le gouvernement a donc une responsabilité de s’assurer que toute association professionnelle respecte la Loi sur les langues officielles et la Charte des canadienne des droits et libertés.»

«Nous n’avons pas vraiment de poulain dans cette course»

Le ministre de la Santé, Ted Flemming, salue le processus de facilitation mis en branle en 2018 par son prédécesseur libéral, Benoît Bourque.

Il précise cependant que si l’Université de Moncton et l’Association des infirmières et infirmiers du Nouveau-Brunswick ne souhaitent pas continuer à dialoguer, il ne peut pas leur tordre le bras.

«Je ne peux pas forcer les gens à se parler. J’aimerais qu’ils le fassent et je suis certain que l’ex-ministre Bourque a tout fait dans son pouvoir pour faire en sorte que ça se produise. Mais au final, on peut nommer des facilitateurs, on peut encourager les discussions, on peut essayer de rassembler les gens. Mais il y a seulement un nombre limité de choses qui peuvent être faites.»

Ted Flemming explique que si sa marge de manoeuvre est limitée dans ce dossier, c’est parce que l’AIINB est une association professionnelle indépendante, au même titre que le Barreau du Nouveau-Brunswick ou le Collège des médecins et des chirurgiens.

«Il faut prendre un peu de recul et comprendre ce à quoi on a affaire. L’Association des infirmières – comme de nombreuses associations – est une entité d’autoréglementation. Et je n’ai pas quelque juridiction que ce soit. Et le gouvernement n’a pas la moindre juridiction entre l’Université de Moncton et l’Association des infirmières», dit-il.

Il ne souhaite donc pas prendre parti dans le conflit qui oppose l’Université de Moncton à l’AIINB et se contente de les encourager à reprendre les discussions.

«Nous n’avons pas vraiment de poulain dans cette course. Nous aimerions seulement voir la question réglée de façon satisfaisante et favorable.»

Le ministre a mis fin à l’entretien abruptement, disant être à court de temps, avant que l’on puisse lui demander quelle est sa position sur l’avenir de l’examen NCLEX-RN au Nouveau-Brunswick et ce qu’il compte faire pour dénouer l’impasse actuelle.
Nous avons contacté son porte-parole pour avoir des précisions là-dessus. Nous attendons de ses nouvelles.

L’AIINB dit avoir tourné le dos à la facilitation en décembre 

Fidèle à son habitude, l’Association des infirmières et infirmiers du Nouveau-Brunswick n’a pas souhaité nous donner d’entrevue sur le dossier NCLEX-RN, mardi.

Sa porte-parole, Jennifer Whitehead, s’est contentée de nous répondre que l’AIINB «ne peut malheureusement pas parler du processus de facilitation ou répondre aux questions sur ce qui va se produire à compter de maintenant».

Elle nous a cependant fait part d’une information nouvelle. Selon elle, l’AIINB a avisé le gouvernement provincial qu’elle ne participerait plus processus de facilitation à la fin décembre, «en raison du manque de progrès».

La facilitation mise en branle par les libéraux étaient donc vraisemblablement déjà tombée à l’eau lorsque l’Université de Moncton a annoncé son retrait du processus, fin janvier.