Baleine noire: la zone de fermeture sera réduite dans le golfe du Saint-Laurent

L’une des mesures les moins populaires mises en place par Ottawa l’an dernier pour protéger les baleines noires fait l’objet d’un ajustement majeur. Cette année, la taille de la zone de fermeture statique dans le golfe du Saint-Laurent sera réduite d’environ 63%.

Environ 90% des baleines observées l’an dernier ont été aperçues dans la nouvelle zone révisée, qui se trouve au large de la Péninsule acadienne. L’an dernier, une région de 14 000 km carrés dans le golfe du Saint-Laurent a été fermée à la pêche.

Cependant, la zone de protection globale reste la même. Ainsi, si une baleine noire est observée dans ces eaux, des zones pourraient être assujetties à des fermetures temporaires de 15 jours.

Plusieurs autres mesures ont été annoncées jeudi à Shippagan par Jonathan Wilkinson, ministre des Pêches, des Océans et de la Garde côtière canadienne, et Marc Garneau, ministre fédéral des Transports.

Par exemple, du 28 avril au 15 novembre, les navires de 20 mètres (65 pieds) ou plus seront soumis à une restriction de vitesse obligatoire d’un maximum de 10 nœuds lorsqu’ils se déplacent dans l’ouest du golfe du Saint-Laurent.

Les navires pourront aussi continuer de se déplacer à des vitesses opérationnelles sécuritaires dans certaines parties au nord et au sud de l’île d’Anticosti lorsqu’aucune baleine noire n’est observée dans la région.

Afin de minimiser les répercussions sur les communautés qui dépendent des livraisons par bateau ainsi que sur l’industrie de la croisière, le fédéral ajustera les restrictions de vitesse obligatoire dans certaines zones en tenant compte des observations de baleines noires.

Ottawa entend aussi mettre en place des mesures pour s’attaquer aux problèmes d’empêtrement dans les engins de pêche. Le fédéral est cependant ouvert à procéder à quelques changements qui profitent aux pêcheurs.

Finalement, la pêche à engins fixes non surveillés dans des eaux de moins de 20 brasses (120 pieds) de profondeur ne sera soumise à des protocoles de fermeture temporaire que si une baleine noire est observée à ces profondeurs. Si le protocole doit être mis en place, les homardiers pourront pêcher à l’intérieur de 10 brasses

Des changements à cet égard avaient été réclamés par les pêcheurs de homard.

La simple présence d’une baleine noire dans les zones dynamiques, qui entouraient les îles Lamèque et Miscou, les a contraints à retirer leurs casiers de l’eau pendant au moins 15 jours. Un tel scénario s’est produit à la mi-juin dans la région de Miscou. Une soixantaine de pêcheurs ont dû lever leurs casiers et s’entasser au même endroit.

«Si cette nouvelle mesure avait existé l’an dernier, il n’y aurait pas eu de problème», a commenté Louis Ferguson, de l’Union des Pêcheurs des Maritimes.

12 baleines mortes

Les ministres Wilkinson et Garneau estiment que les nouveaux règlements permettront de protéger la baleine noire – une espèce en voie de disparition – durant la saison de pêche de 2019, tout en soutenant le développement économique dans l’est du pays.

L’an dernier, le gouvernement fédéral s’est vu obligé d’intervenir après que 12 décès de baleines noires aient été signalés dans les eaux canadiennes en 2017. Les collisions avec les navires et l’empêtrement dans les engins de pêche ont été ciblées comme étant les deux principales menaces du cétacé.

Le fédéral craignait que le statu quo ait un impact négatif sur l’économie canadienne et entraîne une fermeture du marché américain en raison d’une loi fédérale, le Marine Mammal Protection Act.

«La protection de la biodiversité est extrêmement importante pour nous, mais aussi notre capacité d’entretenir des relations commerciales avec les Américains en ce qui concerne les produits de la mer. Nous avons travaillé fort pour que nos décisions soient supportées par des données scientifiques», a indiqué le ministre Wilkinson.

Aucune baleine morte n’a été répertoriée en 2018. La naissance de quatre baleineaux dans les eaux américaines a même été confirmée au cours des derniers mois. Pour le gouvernement fédéral, il s’agit d’une preuve que les mesures ont eu un impact positif sur le mammifère marin.

Le fédéral rappelle qu’il pourrait y avoir des ajustements en cas d’un changement de cap majeur, comme une augmentation soudaine du nombre de baleines dans les eaux fréquentées par les pêcheurs.

«Il va falloir être aux aguets des changements qui pourraient survenir. Il faudra voir s’il y a des mesures qui doivent être adaptées. On verra. Il faut être flexible», ajoute M. Wilkinson.

Accueil positif

Après avoir fait l’objet de nombreuses critiques en 2018, le gouvernement canadien a multiplié les rencontres avec des organismes de pêcheurs des Maritimes et du Québec pour solliciter leur avis sur la question.

Jusqu’à maintenant, ils semblent satisfaits de la nouvelle approche du gouvernement Trudeau.

«Globalement, les choses sont positives», dit Louis Ferguson, de l’Union des Pêcheurs des Maritimes.

Jean Lanteigne, directeur général de la Fédération régionale acadienne des pêcheurs professionnels, qui regroupe l’Association des pêcheurs professionnels crabiers acadiens, se dit également satisfait.

«On n’a pas eu tout ce qu’on demandait. On avait donné au ministère une liste d’épicerie de suggestions, mais on au moins le sentiment d’avoir été entendu.»

L’organisme basé à Shippagan espérait notamment que la fermeture de la zone statique du golfe du Saint-Laurent entre en vigueur seulement après qu’une baleine noire soit aperçue.

«Le ministère a dit non. Baleine ou pas, à compter du 28 avril, la zone statique sera mise en place. La dimension de la zone étant beaucoup plus petite, ça nous permet quand même d’aller pêcher là où il y a la ressource.»

Delphine Durette Morin, de l’Institut canadien de la baleine, sur l’île Campobello, estime elle aussi que le Canada vient de faire un pas dans la bonne direction.

«Je pense que les mesures annoncées sont une solution viable qui permet à l’industrie de la pêche de coexister avec les baleines.»

Au cours des derniers mois, les scientifiques ont pu accumuler les données nécessaires en faisant de la surveillance par aéronefs et par navire, mais aussi avec de la technologie acoustique.