L’avenir de la presse écrite en trois questions

Le paysage médiatique à travers le monde est en pleine mutation, forçant les entreprises de presse écrite à s’adapter. L’éditeur-directeur général de l’Acadie Nouvelle, Francis Sonier, a abordé la problématique lors d’un rassemblement de la communauté d’affaires à Dieppe, vendredi matin.

L’Acadie Nouvelle a connu de nombreux changements depuis la publication de sa première édition en noir et blanc, il y a 35 ans. Ces dernières années, le quotidien a procédé à un virage numérique et à une diversification de ses produits, avec des services comme AN Boutique (une boutique de vente en ligne), Distribution Plage (une entreprise de mise en marché de la musique acadienne qui a été vendue récemment) et les Éditions de la Francophonie.

Lors du déjeuner-causerie, des membres du Conseil économique du Nouveau-Brunswick ont posé des questions sur l’avenir du journal et des médias à l’éditeur-directeur général du seul quotidien francophone de la province.

Quel sera le sort de la version papier du journal d’ici 10 ans?

«C’est difficile à prévoir, mais ça fait 10 ans qu’on dit que les journaux vont disparaître et on en publie encore aujourd’hui. Vous êtes des gens d’affaires et vous le savez: vous allez vendre un produit tant et aussi longtemps qu’il est en demande. Au cours des trois dernières années, les abonnements sont demeurés relativement stables, mais on voit un transfert très important vers la version numérique.»

«Je suis président de l’Association de la presse francophone, qui comprend des journaux francophones à travers le pays, et tous vivent la même réalité. Les derniers sondages le démontrent: les gens s’accrochent beaucoup au papier ou à la plateforme numérique pour s’informer.»

Les journaux à travers le monde ont des difficultés, ce qui semblerait d’autant plus vrai pour un journal plus petit comme l’Acadie Nouvelle. Comment faites-vous pour vous en sortir dans un tel contexte?

«Si on a réussi de belles choses, il y en a d’autres qui n’ont pas aussi bien fonctionné. Il reste qu’on est juste assez grand et juste assez petit. On est assez grand pour essayer des trucs pour augmenter nos revenus, mais on est assez petit comme équipe pour pouvoir modifier nos plans rapidement si ça ne fonctionne pas, sans y perdre une fortune.»

«On essaie des choses, on prend quelques risques et quand ça ne marche pas, on recule. On regarde ce qui se fait ailleurs et on fait beaucoup de lecture en équipe. On essaie de s’adapter, que ce soit à la rédaction, au marketing ou au service à la clientèle.»

«Je pense qu’on réussit assez bien. On reçoit des appels d’autres groupes de presse qui nous demandent comment on y arrive.»

Comment gérez-vous la crise de crédibilité de l’information?

«Vous avez vu ce qui s’est passé aux États-Unis depuis l’arrivée de Donald Trump: les abonnements du New York Times ont explosé, même chose pour le Washington Post. Les gens veulent savoir ce qui se passe vraiment. M. Trump parle de “fake news”, mais justement, les gens n’en veulent pas. Ils se tournent donc vers les médias traditionnels.»

«L’automne dernier, l’instabilité politique au Nouveau-Brunswick et les enjeux linguistiques qui en ont découlé ont fait en sorte que notre nombre de visiteurs a augmenté sensiblement sur notre site web. Les gens veulent s’accrocher à quelque chose de solide. C’est beau les commentaires entre individus, ça fait des sujets de discussion intéressants. Mais les gens ont besoin de s’accrocher à quelque chose de solide et de crédible.»

«Nous, nous avons une Politique d’information et nous souscrivons à la Charte de la presse écrite de langue française en situation minoritaire au Canada. Avant publication, on s’assure qu’on est béton tout le temps: on ne sortira pas une histoire si on n’est pas certain des faits, c’est clair.»