Quel avenir pour le Centre en santé mentale pour jeunes?

Le rapport de l’ombud déposé jeudi suggère au gouvernement provincial de reconsidérer l’implantation à Campbellton du Centre d’excellence en santé mentale pour jeunes. Mais voilà, la construction du centre est pratiquement terminée. Faut-il déménager ou suivre le plan original?

Dur lendemain de veille au Restigouche à la suite du dépôt du rapport l’ombud, Charles Murray, un document qui entache sévèrement la réputation du Centre Hospitalier Restigouche (CHR). Mauvais traitements, soins inadéquats, manque chronique de personnel… Le constat de l’ombud en est un d’échec.

M. Murray va même jusqu’à remettre en question l’avenir dans cette région du Centre d’excellence en santé mentale pour jeunes, édifice voisin du CHR et dont la construction est terminée à 90%.

Selon l’ombud, si ce centre venait à ouvrir, il y a fort à parier qu’il serait rapidement confronté à la même réalité de recrutement que le CHR. Il suggère plutôt de trouver une nouvelle vocation à l’édifice.

Les propos de M. Murray ont trouvé une oreille attentive en la personne du ministre de la Santé, Ted Flemming. Dans son point de presse suivant le dépôt du rapport, il a indiqué qu’un changement de vocation du nouveau centre pour jeunes de Campbellton était une avenue envisageable, qualifiant au passage de hautement politisé le choix de son emplacement.

«Pourquoi cet établissement est-il là? L’ancien ministre de la Santé a dit ne le placez pas là, ça ne va pas là. L’ancien Défenseur des enfants et des jeunes a dit ne le placez pas là, c’est le mauvais endroit. Mais on l’a mis là de toute façon», a indiqué le ministre.

Vendredi, le premier ministre Blaines Higgs abondait dans le même sens apportant, toutefois, plus de nuances.

«Nous savons que la décision de choisir le Restigouche était une décision politique. C’est clair. Maintenant que c’est dit, le centre est là et nous devons nous assurer d’en faire un endroit sécuritaire», a-t-il exprimé à l’occasion d’une mêlée de presse.

Selon lui, le gouvernement a besoin de plus d’informations à ce stade-ci pour remettre en question l’emplacement du centre.

«Nous allons continuer notre examen et nous déciderons, à partir de là, si c’est possible de gérer un établissement fiable et sécuritaire. Espérons que la réponse sera positive», a-t-il ajouté.

Un mauvais choix au départ

L’annonce en 2015 du choix de Campbellton comme futur site d’accueil du centre pour jeune avait soulevé l’ire de l’ancien défenseur des enfants, Bernard Richard. Aujourd’hui, il voit la recommandation incluse dans le rapport de l’ombud comme une conclusion logique à une décision illogique. Il est d’ailleurs toujours d’avis que la région de Moncton s’avère un choix plus approprié.

«Puisqu’on parlait d’un centre d’excellence, notre conclusion était de le bâtir près des universités ainsi que d’autres établissements de santé spécialisés. La rétention et le recrutement de personnel étaient aussi un facteur important à considérer. Mais malgré tout, le gouvernement de l’époque en a décidé autrement. C’est une décision qui m’a beaucoup choqué et qui me choque toujours», explique M. Richard.

Même si la construction du centre est pratiquement terminée à Campbellton, il ne voit aucun problème à déménager l’expertise.

«Je suis moins préoccupé par les bâtiments que par la qualité des soins offerts aux jeunes du Nouveau-Brunswick. En 2015, malheureusement, on a perdu de vue que les jeunes devaient être au cœur de cette décision et non les millions en investissements et la création d’emplois. Il y a beaucoup d’argent qui a été investi dans le centre (de Campbellton) et je crois qu’on doit faire une croix dessus, mais il pourrait facilement servir à d’autres fins reliées aux soins de santé», dit-il.

Une grande respiration

Interpellé sur la recommandation du rapport Murray, l’ancien député libéral de Campbellton-Dalhousie, Donald Arseneault, maintient pour sa part que la décision prise à l’époque était la bonne.

«On nous accuse d’avoir pris une décision purement politique et c’est complètement faux. Le ministère du Développement social a eu son mot à dire, le Réseau de santé Vitalité également. On voyait notamment d’un très bon œil le fait d’avoir de nombreux experts en psychiatrie qui travaillent à proximité. Dire que c’est une décision politique, c’est discréditer le travail de nombreux intervenants», note-t-il.

M. Arseneault suggère au ministre de laisser la poussière retomber.

«En écoutant le ministre (Flemming), j’ai vraiment l’impression qu’il a pris sa décision, mais j’espère fortement me tromper. Je crois qu’il faut prendre du recul face à tout cela, et, surtout, ne pas prendre de décision trop rapidement, sur un coup de tête. On a un centre avec beaucoup de potentiel au Restigouche et il faut lui donner une chance», dit-il.

Actuel député de l’endroit, Guy Arseneault croit lui aussi que le ministre devrait attendre les conclusions du rapport qu’il a demandé à un expert indépendant (Weber) avant de parler de déménager le centre.

«Je suis quelqu’un de positif de nature, j’ai donc bon espoir que l’on verra les qualités de cette institution et la pertinence de l’avoir ici dans notre région», a-t-il commenté.

Pour la mairesse de Campbellton, Stéphanie Anglehart-Paulin, il serait impensable de voir le centre déménager à ce stade-ci de sa construction.

«Ce serait désolant si ça venait qu’à se produire, car on a l’expertise en raison de la présence du CHR. J’ai peur malheureusement que certaines personnes utilisent ce prétexte (rapport de l’ombud) à des fins politiques, qu’on tente de faire du centre un dossier nord-sud. L’emplacement n’a pas été choisi au hasard, c’est parce qu’il convenait à ce projet, point à la ligne», indique la mairesse.

Déjà en fonction

Le PDG de Vitalité, Gilles Lanteigne, est pour sa part d’avis qu’on doit donner la chance au centre avant de parler de déménagement. Dans les faits, même s’il est toujours en construction, le centre d’excellence existe informellement depuis quelques mois. Des employés ont été embauchés, y compris des spécialistes, et des programmes sont offerts aux jeunes patients provisoirement installés dans une aile libre du CHR.

«Ce serait une erreur que de déménager le centre. Le travail est bien enclenché, les équipes sont en train de se bâtir, des partenariats ont été établis. Ce serait un défi logistique considérable que de tout recommencer. De plus, on a des infrastructures modernes prêtes à accueillir ce service. Ne pas les utiliser à cette fin serait un énorme recul», croit M. Lanteigne.

Le PDG confirme par ailleurs ne pas avoir reçu de consignes du ministère de la Santé d’arrêter les travaux et de mettre le projet sur la glace.

«Pour le moment, tout continu. La programmation est en développement et on poursuit vers notre objectif initial», dit-il.

– Avec la participation du journaliste Mathieu Roy-Comeau