Les médecins du N.-B. parmi les moins bien payés du pays

Un médecin néo-brunswickois gagne, en moyenne, 40 500$ de moins que ses collègues ailleurs au pays, selon le plus récent rapport de l’Institut canadien d’information sur la santé.

Le revenu moyen brut d’un médecin au Nouveau-Brunswick est de 301 782$ alors que la moyenne nationale est de 342 228$. En fait, le revenu des médecins néo-brunswickois est le troisième plus bas parmi les provinces canadiennes, après la Colombie-Britannique et Terre-Neuve-et-Labrador.

Chaque année, 30 étudiants entament leurs études au Centre de formation médicale du Nouveau-Brunswick, situé sur le campus de Moncton de l’Université de Moncton. Environ 90% de ceux qui s’y spécialisent en médecine familiale restent pratiquer dans la région.

L’attrait principal du Nouveau-Brunswick ce n’est pas le salaire, mais la région, note le Dr Michel Landry, doyen associé à la faculté de médecine de l’Université de Sherbrooke.

«Les gens vont revenir parce qu’ils aiment la région. Ceux qui regardent plus le salaire, c’est sûr qu’ils ne reviennent pas. Il y a eu des changements au cours des cinq dernières années. Il y a eu une très grande augmentation du salaire des spécialistes au Québec», a expliqué le Dr Landry.

Environ 67% des médecins spécialistes reviennent dans la région. Le Dr Landry affirme qu’un psychiatre peut gagner jusqu’à 140 000 $ de plus au Québec qu’au Nouveau-Brunswick.

«C’est beaucoup», a lancé celui qui est aussi médecin de famille.

C’est d’ailleurs pourquoi le Centre de formation médicale offrira deux places en psychiatrie dès juillet, cette année.

«On espère qu’avec notre programme de formation qu’ils passeront beaucoup de temps ici, qu’ils tomberont en amour avec la région et qu’ils voudront rester», dit-il.

Il y aurait sept ou huit postes vacants en psychiatrie dans le réseau de santé Vitalité.

Le salaire peut être un obstacle au recrutement, mais le taux d’imposition de la province en est un autre. Les médecins ne s’en plaignent pas. Ils sont conscients que leur revenu est beaucoup plus élevé que la moyenne familiale de 60 000$ au Nouveau-Brunswick.

Cependant, le revenu d’un médecin n’est pas son salaire. Avec une pratique, il y a beaucoup de dépenses. Il s’agit d’une petite entreprise avec des employés, de l’équipement et des assurances sans compter que les nouveaux médecins terminent parfois leur dizaine d’années d’études avec d’importantes dettes.

«C’est dommage, mais nous sommes une province avec un des taux d’imposition les plus élevés au pays, ce qui a un impact très important sur notre profession. En raison de notre salaire, nous tombons souvent dans le taux d’imposition le plus élevé, alors pour un nouveau médecin, c’est une barrière», a expliqué le Dr Serge Melanson, président de la Société médicale au Nouveau-Brunswick.

Lorsqu’un médecin se spécialise dans une discipline dont la formation n’est pas offerte au Nouveau-Brunswick, il est d’autant plus difficile de le faire revenir dans la province. À la fin de ses études, elle ou il est déjà en âge d’avoir fondé une famille.

La qualité et le coût de vie sont alors des arguments de poids pour les attirer.

«Le coût de la vie est nettement plus abordable ici qu’ailleurs au Canada», a précisé le Dr Melanson.

Au Nouveau-Brunswick il y a au moins 85 postes à pourvoir. Il manque, entre autres, plusieurs médecins de famille dans la Péninsule acadienne.

Vers une pénurie?

L’âge moyen d’un médecin au Nouveau-Brunswick est de 50 ans. Selon les données de l’Institut canadien d’information sur la santé, plus de 335 médecins ont obtenu leur doctorat il y a plus de 36 ans. Il y a donc des centaines de médecins en âge de prendre leur retraite. Se dirige-t-on vers une pénurie?

Pour le président de la Société médicale du Nouveau-Brunswick, le Dr Serge Melanson, il est évident qu’il y aura un grand besoin de médecins dans les années à venir.

«Oui, il y a des défis actuels pour le recrutement. On reconnaît certainement que notre population de médecin vieillit, comme ailleurs au pays, et il faut continuer avec nos stratégies de recrutement parce qu’on en aura besoin d’autres médecins, non seulement en médecine familiale, mais aussi en spécialités pour les décennies à venir», a avancé le Dr Melanson.

Le Centre de formation médicale du Nouveau-Brunswick à Moncton croit être en mesure de répondre à la demande, mais on reconnaît aussi que les temps changent.

«Les médecins qui sont dans la cinquantaine voyaient beaucoup plus de patients et travaillent plus d’heures. Les jeunes sont plus intéressés par la qualité de vie et familiale. Ce qui est très bien. Donc, ça prend plus d’heures. Il faut peut-être de 1,5 à 2 médecins pour remplacer un qui prend sa retraite», a expliqué le Dr Michel Landry, doyen associé à la faculté de médecine de l’Université de Sherbrooke.

Cependant, les médecins semblent prendre leur retraite plus tard que les gens qui exercent d’autres professions. Ils vont souvent continuer à travailler bien au-delà de leur 65 ans.

«Beaucoup de médecins vont travailler jusqu’à ce qu’ils soient dans les 70 ans. Les médecins ne prennent pas leur retraite tôt. Ce n’est pas vraiment une job. C’est une mission. Une carrière», a précisé le Dr Landry.

Après avoir perdu une cinquantaine de médecins de 2014 à 2016, les stratégies de recrutement de la province semblent fonctionner. De 2015 à 2017, le Nouveau-Brunswick a gagné 123 médecins pour un total de 1797.

Un peu plus de 25% des médecins qui pratiquent ici ont obtenu leur doctorat à l’international. À l’échelle nationale, comme au Nouveau-Brunswick, la majorité des médecins recrutés à l’international proviennent de l’Afrique du Sud et de l’Inde.

Au Nouveau-Brunswick, compte 236 médecins par 100 000 habitants. La moyenne nationale est de 234.