C’est officiellement la fin pour Brian Gallant à la tête du Parti libéral du N.-B.

Brian Gallant est fier d’être resté fidèle à ses convictions en matière de langue durant la campagne électorale même si celles-ci lui ont peut-être coûté le pouvoir. L’ex-premier ministre admet cependant qu’il aurait pu être plus proche de ses députés et de la population en général durant son mandat.

C’est officiellement la fin pour Brian Gallant à la tête du Parti libéral du Nouveau-Brunswick. Les députés libéraux se choisiront un nouveau chef par intérim mardi en attendant le congrès à la direction du parti en juin.

Le comité éditorial de l’Acadie Nouvelle l’a rencontré récemment pour discuter des élections et des semaines tumultueuses qui ont précédé la chute de son gouvernement.

Après avoir perdu sa majorité lors du scrutin du 24 septembre, le gouvernement de Brian Gallant a été défait à l’Assemblée législative le 2 novembre.

Selon M. Gallant, deux décisions «de principes» liées à la langue et aux droits linguistiques ont en partie précipité la chute de son gouvernement.

M. Gallant a notamment annoncé avant même le jour du scrutin qu’il ne collaborerait pas avec l’Alliance des gens, un parti antibilinguisme, pour se maintenir au pouvoir en cas de gouvernement minoritaire.

«Je ne vous le cacherai pas, il y a des personnes qui m’ont dit “pourquoi as-tu fait ça? Si tu n’avais pas fait ça tu aurais peut-être pu avoir leur appui ou travailler avec eux’’. Mais je ne voulais pas former le gouvernement en allant à l’encontre de mes principes et des principes fondamentaux du Parti libéral», explique-t-il.

Au lendemain des élections, les libéraux se sont retrouvés à devoir miser sur l’appui du Parti vert et la défection d’au moins un progressiste-conservateur pour demeurer au pouvoir alors que le Parti progressiste-conservateur n’avait besoin que du soutien de l’Alliance des gens ou des verts pour former le gouvernement.

Au final, les alliancistes ont voté contre le discours du Trône de Brian Gallant et pour celui de Blaine Higgs qui est devenu premier ministre.

Révision judiciaire

La détermination de Brian Gallant à aller en révision judiciaire de la décision controversée de l’arbitre en relation de travail John P. McEvoy sur le bilinguisme des travailleurs paramédicaux a aussi contribué à la défaite de son gouvernement, croit-il.

«Dans les 48 heures dernières heures avant le vote de confiance pour notre gouvernement, c’était le sujet qui était en train d’être discuté. Les conservateurs ont dit qu’ils arrêteraient McEvoy et qu’ils arrêteraient les exigences en matière de bilinguisme sur une base régionale pour Ambulance NB», se rappelle M. Gallant.

«On parle du bilinguisme, des droits linguistiques, et de la Loi sur les langues officielles comme de la raison qui a été donnée pour faire tomber notre gouvernement et prendre le pouvoir. C’est assez sérieux quand on y pense comme ça.»

Après leur arrivée au pouvoir, le gouvernement de Blaine Higgs a décidé d’aller de l’avant avec la révision judiciaire tout en éliminant l’obligation que toutes les ambulances offrent un service dans les deux langues officielles sur l’ensemble du territoire néo-brunswickois.

Un mois plus tard, les progressistes-conservateurs ont fait volte-face en réinstaurant la règle du bilinguisme dans chaque ambulance.

«(Les progressistes-conservateurs) ont fait tomber notre gouvernement, ils ont gagné la confiance de l’Assemblée législative et là ils ont changé leur position», résume M. Gallant.

Défense des droits linguistiques des francophones

Brian Gallant a aussi été critiqué à plus d’une reprise durant son mandat par ceux qui pensaient qu’il n’en faisait pas assez pour défendre les droits linguistiques des francophones.

«Je pense que notre gouvernement a essayé de (promouvoir le bilinguisme) un peu plus sous le radar et à la fin de la journée ça n’a pas porté ses fruits. Nous aurions dû en parler davantage (avant les élections)», constate-t-il aujourd’hui.

La pénurie du personnel chez Ambulance NB est devenu «un symbole dans la province pour des personnes qui disent que les droits linguistiques vont trop loin», déplore-t-il tout en soulignant que les défis du système ambulancier n’ont rien à voir avec la langue.

«C’est malheureux parce que ce n’était pas basé sur des faits. C’était basé sur des faussetés avancées par des personnes qui essayaient de jouer sur les émotions des personnes qui se sentent délaissées d’une façon ou d’une autre par le système.»

Un leader éloigné

Depuis qu’il a annoncé qu’il quitterait les rênes de son parti, Brian Gallant a fait l’objet de certains reproches de la part de ses troupes.

Les anciens ministres Donald Arseneault et Denis Landry l’ont notamment dépeint comme un leader éloigné de son caucus et de la population en général.

M. Gallant admet qu’il aurait peut-être dû passer moins de temps plongé dans ses dossiers et davantage avec ses députés et ses concitoyens.

«J’étais beaucoup dans le jus des politiques et c’était malheureusement au détriment du temps que je pouvais aller prendre des cafés avec le caucus pour comprendre un peu ce qui se brassait de leur côté», dit-il.

«C’était aussi au détriment d’aller dans les communautés et de m’asseoir au Tim Hortons pour jaser avec le monde. Je pense que je les fais, mais ils pensent que j’aurais dû le faire plus et honnêtement c’est un bon point.»

Les députés libéraux vont choisir leur chef par intérim mardi avant-midi à Fredericton. Celui-ci ou celle-ci doit s’adresser à la presse vers midi.

Les membres du Parti libéral choisiront leur nouveau chef lors d’un congrès à la direction à Saint-Jean le 22 juin.

Brian Gallant a été premier ministre du Nouveau-Brunswick de 2014 à 2018. Lors des dernières élections, son parti a remporté 37,8% des voix et a fait élire 21 députés contre 31,9% des voix et 22 députés pour le Parti progressiste-conservateur.

M. Gallant entend demeurer député de Baie-de-Shediac-Dieppe pour le moment.