Qualité de l’eau à la plage Parlee: «La situation a été exagérée»

Le problème de la qualité de l’eau à la plage Parlee a été «exagéré» en 2016, en raison de mauvaises pratiques de collectes de données, selon un environnementaliste local.

«Comment se peut-il qu’un article de CBC dise que l’eau est mauvaise près de 60% du temps en 2016, mais que les deux années suivantes la qualité de l’eau est bonne à 95% du temps?»

Voilà la question que s’est posée à maintes reprises Rémi Donelle, gérant à l’Association du bassin versant de la baie de Shediac.

Celui qui étudie les cours d’eau de la région depuis de nombreuses années est arrivé à la conclusion qu’il n’y avait probablement pas de problème de pollution à la plage Parlee en 2016 et les années précédentes. Il y avait plutôt, selon lui, un problème de protocole de surveillance.

Les bactéries E. Coli et les entérocoques ont une durée de vie très limitée dans l’eau salée et non stagnante. Quand le taux de pollution est élevé la plupart du temps, on doit identifier une ou des sources chroniques d’émissions de coliformes fécaux.

Depuis l’instauration des tests quotidiens de surveillance, en 2017, on remarque cependant que les épisodes de mauvaise qualité d’eau sont peu fréquents et de courte durée.

«Pour que ça soit contaminé à une telle fréquence (60% du temps en 2016), il aurait dû y avoir une source de pollution constante, ce qui n’est pas le cas», affirme M. Donelle.

Les tests hebdomadaires et les tests quotidiens

Comment expliquer la l’amélioration importante et soudaine de la qualité de l’eau selon les données du gouvernement provincial, de 2016 à 2017?

Jusqu’en 2016, on effectuait des tests hebdomadaires de la qualité de l’eau à la plage Parlee, explique M. Donelle. Si un test détectait une qualité d’eau médiocre, on supposait qu’elle continuait de l’être jusqu’à ce qu’un nouveau test démontre le contraire.

Ainsi, trois ou quatre tests consécutifs présentant un niveau de bactéries élevés laissaient conclure que l’eau était polluée jusqu’à 28 jours de suite.

En 2017 et 2018, des tests ont été effectués quotidiennement. Depuis, il n’y a jamais eu plus de trois journées consécutives d’interdiction de baignade liée au résultat d’un échantillonnage.

«La situation à la plage Parlee a été exagérée. La plage Parlee était mal testée en 2016. Elle n’est probablement pas la pire plage du Nouveau-Brunswick», assure M. Donelle.

«Avant, si tu avais un mauvais test et qu’il y avait un test par semaine, toute la semaine était considérée mauvaise. S’il y a une chose que les données quotidiennes de 2017 et 2018 ont démontrée, c’est que même si on a un mauvais test le mardi, la situation peut s’améliorer le mercredi ou jeudi. Si la situation était si problématique en 2016, c’est peut-être à cause que les tests étaient hebdomadaires et pas quotidiens», ajoute le maire de Shediac, Roger Caissie.

M. Donelle reconnaît que la météo a été favorable en 2017 et 2018. Il estime que dans une mauvaise année, 85% à 90% des tests sur la qualité de l’eau auront des taux de coliformes fécaux inférieurs aux limites permises pour la baignade par Santé Canada.

Selon des chiffres du ministère de Tourisme, Patrimoine et Culture, obtenus par des citoyens en vertu de la Loi sur le droit à l’information et publiés par CBC en janvier 2017, seulement 40% des tests affichaient des taux inférieurs aux limites permises en 2014 à 2016.

L’ancien ministre de l’Environnement et des Gouvernements locaux, Serge Rousselle, avait présenté des chiffres semblables en mars de la même année.

«Il y aura des années où la météo mènera à des résultats moins bons que 95%, mais on parle de 90% ou 85%.»

Il croit que si on avait utilisé les nouvelles méthodes de surveillance de 2014 à 2016, les résultats auraient été «à peu près semblables» à ceux des deux dernières années.

Les militants pas convaincus

Arthur Melanson, vice-président du comité Red Dots, milite pour la protection de la plage Parlee. Il estime qu’il est trompeur de considérer que la qualité de l’eau a été bonne 95% du temps en 2017 et 2018. Selon lui, Fredericton fait une erreur en utilisant une trop grande période de données.

Il estime qu’on doit seulement s’intéresser aux statistiques de juillet et août, et non pas celles de mai à octobre. Il explique que, durant ces deux mois d’été, les températures élevées créent un environnement plus propice à la survie des bactéries E. coli.

De plus, c’est durant cette période que la plage est la plus achalandée. Il rappelle qu’il y a eu une période au début du mois d’août 2018 où le taux de pollution a dépassé les normes de Santé Canada 9 jours sur 17.

«Pourquoi y a-t-il eu des journées de taux de coliformes fécaux élevé en août? On se fait accuser de regarder une période trop restreinte, mais on regarde le temps où il y a le plus de monde est sur la plage. Les touristes sont là en juillet et août, non pas en mai et septembre.»

L’Acadie Nouvelle a consulté les données en question sur le site Internet de surveillance des plages du gouvernement provincial (plages.gnb.ca). En juillet et août 2017, le taux de bactéries était sous la limite de Santé Canada 90% du temps. En 2018, la qualité de l’eau était bonne 52 des 62 jours en question (84%).

M. Melanson maintient que le système d’égout à la plage Parlee est problématique. L’an dernier, un important projet d’amélioration a eu lieu.

«S’ils ont dépensé près de 4 millions $ pour améliorer le système d’égout à la plage, il doit y avoir une raison. Ils n’ont pas seulement fait ça pour nous satisfaire.»

L’Association Red Dots surveillera les données de 2019 de près pour voir si la situation est réglée.

Un rapport du gouvernement provincial publié en avril 2018 a identifié quatre sources potentielles de contaminants dans le bassin versant de la baie de Shediac, soit les ruissellements, les exploitations agricoles, les chiens et les fosses septiques.

Le maire Roger Caissie affirme que le gouvernement provincial doit s’assurer qu’un suivi ait lieu et que des mesures de redressement soient prises.