L’aéroport de Charlo cherche à devenir une base permanente pour l’ambulance aérienne

L’utilisation croissante de l’ambulance aérienne pour le transport d’urgence de patients du nord de la province relance le débat sur la pertinence d’y emménager une base permanente.

L’aéroport de Charlo dans le Restigouche a publié récemment ses données d’utilisation. Dans l’ensemble, le trafic aérien a augmenté et, fait intéressant, l’administration aéroportuaire rapporte une augmentation de 5% du nombre de vols d’ambulances aériennes.

«Pour nous, c’était un nombre record l’an dernier. Et quand on compare à il y a cinq ans, on se rend compte que ç’a presque doublé. C’est passé de 88 appareils en 2014 à 158 en 2018.* C’est donc un service en forte demande», estime la directrice générale de l’aéroport, Stéphanie Clark.

Pour elle, cette augmentation est définitivement un signe qu’Ambulance NB devrait considérer son site comme base permanente.

«Ça fait partie de nos priorités pour 2019. C’est notre objectif à court terme que de pouvoir offrir ce service sur une base permanente», confirme Mme Clark, notant que stratégiquement et géographiquement, l’aéroport de Charlo constituerait le point central par excellence pour dispenser ce service.

Des chiffres qui parlent

Selon les données fournies par Ambulance NB, l’ambulance aérienne est atterrie à 100 reprise sur la piste de l’aéroport de Charlo, en 2018, afin d’y ramasser un patient. Ce même nombre passe à 128 pour l’aéroport de Bathurst. On comptabilise également 42 utilisations à l’aéroport de Pokemouche et 24 à celui de Saint-Jacques.

Le nombre d’embarquements de patients dans l’ambulance aérienne se chiffre à 294 à l’intérieur des quatre aéroports du nord de la province sur un total provincial de 504. C’est donc dire que la grande majorité des utilisateurs de l’ambulance aérienne – trois sur cinq – proviennent du nord.

À l’inverse, on ne compte que 31 transferts de patients en partance de Moncton, 55 de Saint-Jean et 13 de Fredericton, les trois principaux centres urbains de la province.

Et où vont les patients une fois à bord de l’ambulance aérienne? En grande partie vers l’hôpital de Saint-Jean, là où se trouve le centre de traumatologie provinciale ainsi que l’expertise en cardiologie. On y répertorie 237 dépôts de patients. Viennent ensuite la région de Moncton (70 atterrissages de patients) et Halifax (56 atterrissages, principalement pour l’hôpital pour enfants IWK).
Logique
L’idée de doter l’aéroport de Charlo d’une base permanente pour l’ambulance aérienne ne date pas d’hier. Plusieurs politiciens ont tenté de convaincre les différents joueurs par le passé, mais sans grand succès.

Pour le président de la Commission de services régionaux du Restigouche, Denis Savoie, toutes ces données démontrent sans l’ombre d’un doute que l’ambulance aérienne est majoritairement utilisée pour le transfert des patients du nord.

«Les centres médicaux spécialisés sont dans le sud de la province. Les gens de Moncton, de Fredericton et de Saint-Jean sont déjà près de ceux-ci. C’est donc ici que l’on a besoin de transférer rapidement nos gens par la voie des airs. Ce serait normal, afin de sauver du temps, d’avoir le système en place ici, prêt à décoller, plutôt que d’attendre l’appareil en provenance de Moncton», estime ce dernier.

M. Savoie l’avoue, avec tous les récents dossiers régionaux qui ont monopolisé l’attention des élus de la CSR-Restigouche, au cours des derniers mois – comme la santé, les routes, les ambulances (routières) –, ceux-ci en avaient plein les bras, si bien que peu d’effort ont été mis celui du service d’ambulance aérienne. N’empêche, l’organisation milite toujours en faveur de la mise en place d’une base permanente dans le nord.

«Ça n’a peut-être pas été au coeur de nos discussions récemment, mais ça demeure néanmoins toujours un de nos souhaits. C’est un service de première ligne très important pour notre population. On estime que ce serait tout simplement logique de l’avoir ici», dit-il.

Statu quo?

Chez Ambulance NB, on explique qu’une évaluation approfondie du meilleur emplacement pour l’ambulance aérienne a été effectuée en 1996, soit avant l’implantation du programme.

Tous les facteurs avaient alors été examinés, notamment la météo, la capacité d’utilisation de l’aéroport, la dotation, les pilotes, etc. Selon les constats de l’époque, la capacité d’utilisation de l’aéroport de Moncton – donc le temps pendant lequel un aéronef peut atterrir et décoller d’un aéroport – surpassait celle des autres aéroports de la province.

«Partout au pays, on considère comme une pratique exemplaire d’établir les bases d’ambulances aériennes à proximité des centres d’excellence, où l’on trouve la masse la plus critique de professionnels de la santé. Le personnel infirmier recruté dans les centres d’excellence nécessite, dans l’ensemble, moins de formation pour travailler dans le milieu de soins critiques des ambulances aériennes», a-t-on indiqué au journal par écrit. Laissant du coup sous-entendre qu’il y avait peu de marge de manœuvre pour un changement de direction.

 

*Ce chiffre comprend non seulement la quantité de vols ayant atterri à l’aéroport pour prendre possession d’un patient nécessitant un transfert d’urgence vers l’extérieur de la région, mais aussi les vols venus déposer un patient en provenance d’un autre établissement. Également, une petite quantité de ces vols provenaient d’autres juridictions, donc hors du contrôle d’Ambulance NB.