Une machine développée à Moncton permet de dépister le cancer… dans l’haleine

Certaines études ont démontré que les chiens peuvent détecter un cancer chez un patient avec une très grande précision grâce à leur sens aigu de l’odorat. Une entreprise de Moncton tente de reproduire cette aptitude canine dans une de ses inventions.

Picomole, une entreprise de Moncton dont le conseil d’administration est majoritairement acadien, a reçu une contribution de près de 820 000$ du gouvernement fédéral. Les fonds serviront à mettre au point le prototype de l’appareil et de continuer les essais cliniques.

Le dispositif que développe la compagnie peut détecter rapidement un cancer en analysant l’haleine du patient.

Les machines, déjà testées dans des hôpitaux du réseau Horizon, obtiennent des résultats prometteurs.

«Les résultats nous confirment que nous pouvons faire la différence entre l’haleine d’un patient atteint du cancer du poumon et celle d’une personne en santé. Ces résultats sont aussi bons ou même meilleurs que ceux de nos compétiteurs ailleurs dans le monde», a avancé le Dr Stephen Graham, président-directeur général de Picomole.

La méthode utilisée est non intrusive, c’est-à-dire qu’aucune intervention chirurgicale n’est nécessaire. Il suffit de souffler dans un tube. L’haleine récoltée par la machine est ensuite envoyée en laboratoire pour être analysée. De là, un diagnostic peut être posé par un médecin.

Mais comment peut-on dépister un cancer dans l’haleine?

«Lorsque vous avez un cancer, votre métabolisme change et dépose des composés dans votre circulation sanguine. Les plus petites molécules peuvent se rendre jusqu’à votre bouche. Les chiens, lorsqu’ils sont dressés correctement, peuvent détecter le cancer dans l’haleine avec un taux de précision de 93%. L’idée, c’était d’inventer une machine qui peut faire la même chose», a expliqué le Dr Graham.

Les cofondateurs de l’entreprise sont les physiciens John Cormier et Dennis Dufour. Ils ont développé le concept. L’entreprise espère maintenant percer les marchés canadiens et américains.

«Le patient pourrait fournir son échantillon d’haleine dans un centre de santé de sa communauté. Ça prend environ 15 minutes. L’échantillon serait ensuite envoyé à nos laboratoires et quand nous serons prêts, nous serons en possibilité de fournir les résultats en 48 heures.»

Pour le moment, Picomole se concentre sur les détections du cancer du poumon, mais la technologie pourra être adaptée pour d’autres types de cancer.

«Picomole met au point une technologie qui aidera grandement au diagnostic de cancer», selon la ministre fédérale de la Santé, Ginette Petitpas Taylor.

L’entreprise compte faire plus d’essais cliniques aux États-Unis et au Canada afin d’améliorer la technologie développée. Déjà, Picomole embauche des jeunes d’ici. C’est le cas de Jérémie Gautreau, de Memramcook.

Celui qui a étudié en génie électrique à l’Université de Moncton ne pensait pas trouver un emploi dans son domaine dans la région et encore moins un emploi qui lui permettrait de contribuer au développement de technologies ayant le potentiel de sauver des vies. Il gère aujourd’hui les opérations chez Picomole.

«C’est vraiment excitant. Je ne pensais pas tomber sur une entreprise comme celle-là aussi tôt dans ma vie. C’est vraiment bien. C’est intéressant», a confié l’ingénieur âgé de 33 ans à l’Acadie Nouvelle.

L’entreprise entame une nouvelle ronde de sollicitation auprès des investisseurs. Pour le président du conseil d’administration, Louis Babineau, l’annonce de lundi permettra d’accomplir de grandes choses et de gagner la confiance de ces potentiels bailleurs de fonds.

«Avec ce que nous sommes en train de faire, nous allons devenir un centre mondial avec notre technologie qui est très intéressante pour les quatre coins de la planète», a-t-il indiqué.

Picomole avait déjà obtenu près de 900 000$ du Conseil national de recherches, un programme du gouvernement fédéral, pour le développement de son prototype.