Saint-Quentin veut agrandir son territoire

La Ville de Saint-Quentin cherche à agrandir ses limites territoriales de sorte à inclure dans son giron deux des principales entreprises de la région.

Pour ce faire, il lui faut toutefois gruger un peu de terrain au DSL voisin, celui de Saint-Quentin.

Ce n’est pas la première fois que Saint-Quentin discute avec ses voisins immédiats afin d’élargir ses frontières. Des pourparlers ont eu lieu par le passé avec les DSL de Saint-Quentin et Saint-Martin, mais ils s’étaient soldés par des échecs.

Cette fois-ci par contre, le projet est à plus petite échelle, à beaucoup plus petite échelle.

«On est loin de parler de regroupement. Ce n’est pas du tout la même chose. Il n’est question ici que de 58 résidences», confirme la mairesse de Saint-Quentin, Nicole Somers.

Mais on y retrouve surtout deux entreprises majeures, le Groupe Savoie et la North American Forest Products, qui sont la raison même de la proposition. Car, bien que dépeints comme étant de Saint-Quentin, ces deux compagnies à succès du Restigouche-Ouest sont bel et bien situés dans le DSL voisin tout comme leurs revenus fonciers.

Mme Somers joue d’ailleurs cartes sur table et ne cache pas ses intentions. Le projet est d’ordre strictement financier. Il vise, rien de moins, qu’à augmenter les revenus de la Ville en faisant main basse sur la taxe foncière des deux géants de l’industrie forestière, ainsi que de 58 résidences.

«On aimerait avoir ces deux industries chez nous et, bien entendu, récolter leurs revenus fiscaux.»

«Financièrement, nous avons besoin de ces revenus si on veut pouvoir continuer de se faire avancer notre économie. Car depuis quelques années, on joue sensiblement avec les mêmes fonds, les mêmes budgets. Ça varie très peu et ça nous limite dans notre capacité à faire du développement.»

À titre d’exemple, elle cite notamment le dossier de l’heure dans cette région, celui de l’immigration.

«L’industrie nous aide, on aide l’industrie. C’est du donnant-donnant. Si on veut aider l’industrie à attirer et garder des gens ici, ça prend des fonds pour que nous puissions améliorer nos infrastructures, mettre en place des programmes. Et c’est certain qu’avoir plus de revenus fonciers nous aiderait», souligne Mme Somers.

Selon elle, les deux industriels visés ont démontré jusqu’à présent beaucoup d’ouverture envers la proposition. Cela dit, rien n’est joué pour autant.

«On doit bien étudier la situation d’un côté comme de l’autre. Pour eux, on parle de dépenses additionnelles, alors il faut voir si ça cadre avec leur capacité de payer. De notre côté, un tel élargissement engendrera également des coûts, ne serait-ce qu’au niveau de l’entretien des routes, la collecte des déchets. On doit donc vérifier l’impact économique de ce projet, si ça nous occasionne plus de dépenses que de revenus. Peut-être que c’est nous, au final, qui reculerons», explique l’élue.

Un comité a été mis en place afin d’évaluer le projet. Ce dernier ne s’est rencontré qu’à une reprise jusqu’à présent, mais d’autres rencontres sont imminentes, le but étant de formuler le plus tôt possible une demande pour la tenue d’une étude de faisabilité.

Pour sa part, le président du DSL de Saint-Quentin, Alain Martel, estime que le projet n’est pas gagné d’avance non plus, en dépit de la volonté des entreprises de participer.

«Il doit recevoir l’assentiment des résidents concernés et ça, ce n’est pas assuré. De ce que j’entends, ils devraient payer davantage pour, dans le fond, pas plus de services. Il faudra attendre de voir l’étude de faisabilité pour voir si les citoyens estiment cela intéressant», indique ce dernier, qui donne néanmoins sa chance au projet.

Le taux foncier actuel de Saint-Quentin est de 1,45$. Celui du DSL visé est de 1,03$.

Pas de regroupement en vue

Ce projet survient alors que cela fait cinq ans à quelques semaines près, soit en 2014, que la proposition de créer une grande communauté rurale composée de la ville de Saint-Quentin et des DSL de Saint-Quentin et Saint-Martin a été rejetée par toutes les parties impliquées.

Le comité menant le projet à l’époque avait jeté l’éponge suite à l’opposition de la population de Saint-Quentin qui tenait mordicus à conserver son statut de ville plutôt que de se convertir en communauté rurale, ainsi qu’à celle des deux DSL qui trouvaient trop dispendieux de se regrouper au sein d’une ville.

Pour Mme Somers, le projet actuel d’élargissement est le seul envisagé. Aucune discussion n’a cours pour la création d’une grande communauté qui engloberait les DSL dans leur totalité.

«Ce fut tellement une mauvaise expérience la dernière fois qu’on ne veut même plus en parler. On y reviendra peut-être un jour, mais à ce moment-ci, on ne regarde pas à cela du tout», explique-t-elle, tout en ne fermant pas la porte définitivement.

«On va commencer avec ce projet-ci, et on verra où ça nous mène. Ce pourrait être une première étape pour quelque chose de plus vaste. Car on le dit depuis toujours, c’est un avantage que d’être regroupé, d’avoir une représentation, un mot à dire dans le développement de ta région», exprime la mairesse sans toutefois vouloir brusquer les choses.