Méditation en classe: moins d’anxiété et de meilleurs résultats

Les pratiques de «pleine conscience» – une forme simple de méditation – font leur apparition dans les écoles du Sud-Est. Les enseignants des 55 classes participantes remarquent une amélioration de la concentration et de la compassion de leurs élèves.

Devant une vingtaine d’enfants aux yeux grands ouverts de l’école Anna-Malenfant de Dieppe, Roseline Bezeau présente une série d’objets.
Les élèves de la première année lui donnent leur pleine attention alors qu’elle fait grossir et rapetisser une sphère de Hoberman, expliquant que leur «ventre doit faire comme ce ballon en prenant de grandes respirations».

Elle leur montre des sabliers de différentes tailles. En tenant un des plus gros, elle explique qu’à leur âge, ils ont la capacité de maintenir leur attention environ cinq minutes. Dans quelques semaines, elle pourrait atteindre 10 minutes.

Elle sort une cloche et demande aux enfants de fermer leurs yeux. Elle les invite à lever la main quand ils n’entendent plus son bruit.

Elle donne ensuite un sablier de 30 secondes à une élève et lui demande de l’avertir quand le sable se sera écoulé. Tous ferment les yeux et prennent de grandes respirations pendant la moitié d’une minute.

«On prend un moment pour revenir à sa respiration et on prend un moment de gratitude. Ça ne dure pas longtemps. Pour les élèves de la maternelle à la 2e année, on parle d’une à deux minutes, maximum.»

En cinq petites minutes, Mme Bezeau a initié la classe aux concepts de base de la pleine conscience, une forme de méditation où l’on donne notre attention à un objet comme la respiration. L’enseignante de l’école L’Odyssée anime depuis des mois des sessions semblables dans des dizaines de classes dans sept écoles, de Richibucto à Fredericton.

L’animatrice reviendra dans la classe à trois reprises au cours de la journée. Après la pause du matin, les élèves feront deux minutes de poses de yoga en prenant de grandes respirations. Après la pause du midi, le yoga sera remplacé par deux minutes de tai-chi. À la fin de la journée, les enfants partageront quelque chose qui les a rendus fiers durant la journée.

«Avec un mot de gratitude en début de journée et un mot sur ce qui s’est bien passé en fin de journée, je trouve que ça commence bien et finit bien la journée. C’est du positif le matin et du positif en après-midi.»

Mme Bezeau retourne dans chaque classe une fois par mois afin de leur présenter d’autres concepts et suivre leur progrès. Entretemps, les 55 enseignants participants prennent la relève en guidant leurs élèves dans un moment de concentration silencieux après les récréations.

En pratiquant 8 à 10 minutes de pleine conscience par jour pendant 5 à 8 semaines, les élèves «se sentent mieux, vivent moins d’anxiété et réussissent mieux à l’école», selon Mme Bezeau.

Les enseignants suivent le progrès de leurs élèves en remplissant une grille d’évaluation sur la confiance, la capacité d’attention, les relations avec les autres et la compassion. Les résultats à ce jour sont prometteurs.

Une étude menée par des chercheurs de l’University of British Columbia sur un projet semblable a trouvé que les élèves pratiquant la pleine conscience étaient meilleurs à gérer leur stress et plus optimistes. Ils étaient aussi mieux aimés par leurs collègues de classe et plus performants en mathématiques.

«Plus des trois quarts des enseignants qui ont pratiqué avec leurs élèves quotidiennement ont vu une amélioration de 50%. J’ai une classe de maternelle où seulement 5% des élèves avaient un crochet à la case “compassion”, et là ils sont rendus à 80%.»

La semaine dernière, le projet de Mme Bezeau a été cité par la directrice générale du District scolaire francophone Sud, Monique Boudreau, comme une des initiatives visant à améliorer la performance académique des élèves de la grande région.

Si tout se déroule comme prévu, le programme sera offert aux élèves de la 3e à la 8e année au cours des prochaines années.

Des outils pour les élèves anxieux du secondaire

Le projet de pleine conscience à l’école de Roseline Bezeau a commencé il y a quelques années quand son frère et ancien directeur de l’école L’Odyssée, Alain Bezeau, et le conseiller en orientation Régis Cyr ont créé un cours pour les élèves anxieux et stressés de la 9e année.

La première année, deux classes de 14 élèves ont suivi le cours. Il comprenait de nombreux exercices de méditation et plusieurs discussions entourant l’anxiété et le bien-être. M. Bezeau a demandé à sa soeur – enseignante à l’école L’Odyssée – de donner le cours après sa retraite. Elle a accepté sans hésiter.

Elle a alors élaboré le plan de cours et effectué des démarches afin de le faire approuver par le ministère de l’Éducation et du Développement de la petite enfance. Il y a cinq ans, la pleine conscience s’est ajoutée à la liste de cours optionnels offerts à l’école.

C’est durant un de ces cours que Mme Bezeau a eu l’idée de lancer un projet pour les plus jeunes.

«Un finissant m’a demandé pourquoi on n’offrait pas aux élèves du primaire des sessions sur la relaxation et la visualisation. Il m’a mentionné qu’au primaire, il n’était pas un élève facile, qu’il intimidait beaucoup ses collègues. Il a dit que ça l’aurait beaucoup aidé d’avoir des outils pour gérer sa colère.»

Mme Bezeau a commencé son propre «cheminement de pleine conscience» il y a une dizaine d’années en suivant des formations en Reiki – une méthode de soins non conventionnels d’origine japonaise.

Petit à petit, elle a amélioré sa capacité à vivre dans le moment présent, que ce soit en sirotant une tasse de café le matin ou en faisant attention aux détails de son entourage en conduisant au travail.

Les années suivantes, elle a incorporé de nombreuses pratiques comme le yoga et la méditation à ses habitudes.

«J’aimais mon travail, mais je trouvais que tout allait trop vite. Après une fin de semaine avec le niveau 1 de Reiki, j’ai vu à quel point c’est important de s’arrêter, de respirer et d’être au moment présent. J’avais vécu des émotions et du silence intérieur, et j’en voulais d’autres.»